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CHAPITRE XI

Le général Marquez débouche de la montagne 8ur le plateau d'Aculcingo. — Combat de la Batranca Seca. — Le général de Lorencez accourt avec une colonne légère. — Admirable attitude de la garnison de la Vera Cruz et de la marine. — Le colonel Hennique reprend au général de La Llave les positions du Ghiquihuite. Les communications avec la Vera Cruz sont rétablies. — Difficulté d'approvisionner le corps expéditionnaire. — Arrivée du général F. Douay, nommé commandant en second au Mexique. — Un de nos convois détruit dans les terres chaudes. — Saragoza paraît dans la vallée du Rio Blanco- — Lettre du général Ortega à M. de Saligny. — Lettre de Saragoza au général de Loi^encez. — Réponse du commandant du corps expéditionnaii^e. — Orizaba mis en état de défense. — L'armée mexicaine devant Orizaba.

CependantMarquez, annoncé depuis longtemps, a fini par se frayer un chemin jusqu'à nous. Après s'être séparé de Zuloaga, général conservateur rallié au gouvernement de Juares, — comme tant d'autres chefs, — depuis notre débarquement au Mexique, Marquez^ le seul qui, avec le

général Mejia, eût répondu à l'appel du général

Almonle, avait quitté M atamoros, emmenant avec lui 2,500 cavaliers.

Pour échapper aux troupes mises à sa pour* suite par Saragoza, aussi bien que dans Fespoir de rallier la colonne française en temps utile, Marquez s'était jeté dans la montagne. Malheureusement ses hommes et ses chevaux étaient exténués par la fatigue et les privations, et il savait parfaitement que, malgré ses efforts, il déboucherait dans la vallée de Rio Blanco après que nous y aurions déjà passé. Cette conviction acquise, le général mexicain n'hésita pas à confier le commandement de sa cavalerie à un de ses aides de camp et à s'élancer dans la direction d'Orizaba. Le 17, il arrive à Tekamalucan, y rencontre le général de Lorencez, lui expose sa situation, lui fait part de ses angoisses et obtient de lui la promesse qu'il sera secouru sans retard s'il est attaqué.

Les pressentiments de Marquez ne l'avaient pas trompé; le lendemain, 16 mai, pendant que nous parcourions la distance qui nous séparait encore d'Orizaba, il recevait la nouvelle que Saragoza avait envoyé Tapia avec 4,000 hommes pour prendre position au pied des Gumbres et empêcher les dissidents mexicains de faire leur jonction avec nous. La nouvelle était grave, mais Marquez ne fiit pas long à prendre une

résolution. Il prévint immédiatement notre commandant en chef, et partit au galop pour rejoindre ses troupes et se mettre à leur tête.

Pendant ce temps, le général de Lorencez arrêtait à JEl Ingenio, village distant d'Orizaba de 6 kilomètres, les deux bataillons du 99' de ligne avec une batterie de montagne, et il chargeait le colonel L'Hériller de défendre cette position qui commandait la vallée du Rio Blanco, et de tenir prêt un de ses bataillons pour le porter au secours du général Marquez. Ces dispositions prises, il continua sa marche sur Orizaba, où il arriva dans la matinée.

L'ordre donné au colonel L'Hériller ne devait pas tarder à recevoir son exécution. Le même jour, à trois heures, le général Tapia, en observation depuis le matin avec 500 cavaliers, près de Tendroit où le sentier par lequel Marquez devait arriver aboutit à la route de Tekamalucan, ayant reçu un renfort de 1,500 faut assins^ se rua sur les cavaliers harassés de Marquez, chercha à refouler ceux qui débouchaient sur le plateau, et faisant passer à quelques bataillons la Barranca Seca, profond ravin qui sépare le plateau d' Acul-

* Les soldats mexicains étaient, au temps de l'intervention française, en majeure partie des Indiens. Le recrutement de I*armée régulière se faisait par cuerdo ou levée. L'uniforme du soldat se composait d'une veste de toile blanche à petites

cingo de la route de Tekamalucan, il leur enjoignit de couper la retraite à tous ceux qui s'étaient déjà engagés sur cette route. On se battit pendant deux heures avec rage. Marquez sentant qu'il fallait tenir bon, coûte que coûte, jusqu'à l'arrivée du secours attendu; Tapia comprenant que s'il n'avait pas raison de son ennemi avant un retour offensif des Français, son succès était compromis et son détachement peut-être anéanti. Pourtant, bien qu'il se fût prodigué sur tous les points du champ de combat, Marquez voyait ses troupes fléchir de toutes parts, quand tout à coup au milieu de la fusillade résonna le clairon du bataillon Lefèvre, du 99% sonnant la charge. Le commandant, qui avait quitté Ingenio à trois heures, entrait en action à cinq heures avec deux colonnes formées à la hâte et composées chacune de 3 compagnies. La première s'élance dans la direction du plateau, franchit le ravin qui l'en sépare et aborde l'ennemi à la baïonnette; la seconde gravit sous un feu très-vif les pentes rocailleuses d'un mamelon auquel Tapia appuie

basques, d'un pantalon de même étoffe et d*un petit shako en cuir noir, lis marchaient les pieds nus ou chaussés de guaraclies, sortes de sandales. Leur armement consistait en un fusil et une baïonnette ; un ceinturon de cuir noir soutenait le fourreau de baïonnette et une grande g^iberne.

Les officiers étaient des blancs ou métis. Une yeste sans

sa droite, et l'en déloge. Ce double mouvement rapidement conçu et vigoureusement exécuté dégage Marquez. Celui-ci en profite pour charger avec intrépidité les troupes de Tapia, qui ont lâché pied, et achever leur déroute. A six heures un quart, Faction est terminée, l'ennemi est en fuite.

Dans ce combat de la Barranca Seca, brillant fait d'armes qui mettait en relief la vaillance du bataillon Lefèvre autant que le coup d'œil et la vigueur de son chef, le détachement envoyé par Saragoza laissa sur le champ de bataille 100 morts, 200 blessés, et entre nos mains 600 prisonniers et un drapeau; — le général Marquez perdit environ 200 cavaliers; le bataillon du 99' eiit 2 tués et 26 blessés.

Mais la journée n'était pas finie ; après la lutte restaient les soins à donner aux blessés et les dispositions à prendre pour se rapprocher le soir , même d'El Ingenio, où l'on savait trouver un point d'appui en cas d'attaque. Le commandant Lefèvre se mit donc en mesure de quitter ses positions à huit heures; à onze heures du soir, il établissait son bivouac à Tekamalucan.

ëpaulcttes, avec attentes ou boutons de métal sur les épaules, un pantalon de fantaisie, une casquette ronde de fantaisie, un shako dimension du képi ou un sombrero composaient leur uniforme. Les officiers supérieurs et les généraux conservaient presque tous la tenue bourgeoise*

iS2 AU MEXIQUE.

La journée du 18 mai a été si rude pour les vainqueurs que le camp ne tarde pas à être plongé dans un profond sommeil. I^es sentinelles seules veillent; et quand le 19, vers le matin, le {général de Lorencez, qui est accouru avec une colonne légère formée des trois armes, se présente aux avant-postes, il y est reçu par un sonore : u Qui vive? >* témoignant qu'on fait bonne garde.

Le général avait craint que Saragoza n'attaquât dès Taube le bataillon du 99*; mais le général mexicain ne paraît pas, et les troupes françaises précédées des cavaliers de Marquez rentrent à El lugenio et à Orizaba sans avoir été inquiétées. Ce n'est pas que Tennemi soit loin, ni qu'il renonce à nous attaquer; seulement, le combat de la Barranca Seca lui a donné à réfléchir, et le commandant en chef de l'armée d'Orient, dont le plan est de forcer le corps expéditionnaire à quitter Orizaba, de le rejeter dans les terres chaudes et de Tacculer à la mer, ne se sent pas assez fort pour entreprendre seul une pareille campagne. Il préfère attendre le concours de la division Ortega, partie récemment de Zacatecas et réputée la meilleure troupe du Mexique. D'ailleurs, le général mexicain sait mettre le temps à profit et porter son attention partout où le sentiment de patriotisme qui l'anime peut rencontrer un écho

et exciter le fanatisme des défenseurs de la république. Sachant à quel point la route de la Vera Cruz nous est nécessaire, il recommande au général La LIave, qui commande les {][uerrilleros des terres chaudes, de redoubler d'énergie et de surveillance, de couper au corps expéditionnaire cette artère indispensable à son existence, en attaquant et en brûlant ses convois, en faisant sauter les ponts, en harcelant ses détachements et en le contraignant à séjourner le plus longtemps possible dans la région du vomito et des fièvres pernicieuses. Saragoza pense, non sans raison, que la fatigue, la maladie et le feu sont des alliés sur lesquels il doit compter pour affaiblir, abattre et lui livrer peut-être un jour le corps expéditionnaire.

Mais le général La Llave n'avait pas besoin d'encouragements ; il avait si bien organisé le service de ses colonnes de guerrillas depuis notre marche sur Puebla qu'il avait intercepté toutes les communications entre les troupes françaises et Vera Cruz, c'est-à-dire avec la France. Il en était résulté que M. le capitaine de vaisseau Roze était resté pendant tout ce temps dans la plus complète ignorance des faits accomplis devant Puebla, et que, de son côté, le général de Lorencez n'avait pas connu les rudes épreuves qu'avaient traversées les vaillants défenseurs de notre

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première base d'opérations, presque journcUemeat attaqués par les f;uerrillas jusque dans l'enceiute de la ville, et en butte à tout instant aux coups foudroyants du vomito. Celui-ci avait déjà fait 194 victimes, dont 14 officiers et 180 marins, sur un effectif de 600 hommes. Les trois coiirriei^s indiens que Ton avait décidés au prix de 300 piastres (1,500 francs) à porter au commandant Roze un simple billet chiffré \ s'étaient laissé prendre et avaient été exécutés sommairement ; quant au commandant de la Vera Gruz, ayant pour unique cavalerie la troupe de Galves, qui défendait, à la Tejeria, la tête du chemin de fer, il lui avait été impossible de distraire cette cava- Jerie de sa mission. Il n'avait pas songé davantage à exposer seule, sur la route d*Orizaba, la petite troupe de partisans de M. Steckhn, ingénieur suisse, dont le général de Lorencez avait autorisé l'organisation et dont la décision et le courage lui avaient rendu de très-bons services.

Ce ne fut donc qu'au retour de Puebla que le général de Lorencez put songer à rétablir ses communications avec la mer. Cette importante opération fut confiée au colonel Hennique de l'infanterie de marine, qui partit pour le Chi-

* Ces bUlets étaient ^généralement roulés en forme de

quibnite à la tête d'une colonne composée de 1,500 hommes et de 4 pièces d'artillerie de marine.

Cet officier supérieur attaqua le général La Llave dans ses positions, l'en délogea, répara les ponts détruits et rétablit la sécurité dans ces parages. En même temps, et pour assurer cette sécurité surtout le parcours entre le Cbiquihuite et Orizaba, notre commandant en chef fit occuper Cordova par 2 bataillons et un peloton de chas* seurs d'Afrique, le Fortin et le Potrero par des détachements mexicains. Grâce à cette précaution, le capitaine Foucauld, commandant l'escadi'on de chasseurs d'Afrique, put descendre à la Vera Cruz le 27 mai avec notre courrier, et en revenir le 4 juin sans avoir rencontré d'obstacles. Le capitaine s'était hâté; il savait combien étaient impatiemment attendus les courriers de France arrivés au Mexique pendant notre marche sur Puebla. Il rapportait, en outre, une somme d'argent importante destinée à payer l'achat de denrées que les fournisseurs ne consentaient plus à livrer que conti*e deniers comptants. Cette difficulté de s'approvisionner surgissant dans des circonstances aussi critiques, et précisément quand, chaque jour, la diminution des vivres

petites cigarettes, et les Indiens les dissimulaient dans leurs vêtements, dans leurs cheveux ou dans leur bâton de. voyage.

s*accentuait, a*était pas un des moindres sujets de préoccupation du commandement. A sa prévoyance s'imposait ce grave problème de savoir comment on nourrirait le corps expéditionnaire si, d'une part, l'armée mexicaine parvenait à faire le vide autour d'Orizaba, et si, du côté des terres chaudes, les pluies devenaient un obstacle à la marche de nos convois.

Vainement Tintendance et l'état-major avaientils mis tout en œuvre pour faire descendre du plateau d'Anahuac, sous la protection de nos reconnaissances, quelques approvisionnements de farine et de grains, et pour faire enlever à l'abri de nos tirailleurs d'assez grandes quantités de paille et d'orge réunies dans les haciendas voisines de Tekamalucan et d'Encinal. Ces efforts, bien que couronnés de succès, n'assuraient pas l'avenir. Encore quelques jours, et la farine allait nous manquer.

Le quartier général était tout à ces préoccupations, quand la nouvelle lui arriva du débarquement du général de brigade Félix Douay, et de son départ de la Vera Gruz à la tête d'un grand convoi d'administration. Envoyé au Mexique pour prendre le commandement en second du corps expéditionnaire, le général y était arrivé le 10, précédé de la grande réputation qu'il s'était acquise sur les champs de bataille d'Afrique, de

Crimée et d'Italie *, et il se dirigeait en ce moment sur Orizaba avec quarante-sept voitures. 80 chasseurs à pied et 70 soldats du train , pris parmi les 300 honimes débarqués avec lui, escortaient le convoi. Le reste du détachement avait été laissé à la Vera Gruz pour combler les vides de la (][amison décimée par le vomito. Le général avait lui-même payé un douloureux tribut à cette implacable épidémie, car il avait perdu deux officiers de choix emmenés avec lui de France : le capitaine d'état -major Demiau, son aide de camp, et le lieutenant de cavalerie

* Engagé comme matelot en 1835, Félix Douay quittait la marine trois ana après pour entrer dans l'armée de terre, et en 1863, il était général de division. Il n'avait que quarante-sept ans ! Tous ses grades furent conquis à la pointe de l'épée : en Afrique, en Crimée, en Italie, au Mexique. On peut dire que, de 1835 à 1861, il ne s'est pas tiré un coup de fusil sans que le général Douay y eût sa part. Sur tous les champs de bataille il paya bravement de sa personne, et fut cité trois fois à l'ordre du jour. La guerre de 1870-71 le trouva à Belfort; infatigable, manquant de tout, il parvint néanmoins à organiser à peu près le 7* corps, qu'il conduisit de Belfort à Beims et de Beims à Sedan ! — Son corps d'armée entra le premier dans Pans, grâce à Ducatel, — au second siège de la capitale* Il épargna à la ville de grands malheurs*

A la bravoure du soldat, le général Douay joignait les qua* lités qui font l'officier de marque : connaissances étendues, coup d'oeil, résolution, prévoyance, qualités rehaussées chez lui par la modestie la plus rare. Sa mort a été pour la France une grande perte, profondément ressentie.

Marion, son officier d'ordonnance. Marion avait succombé à la Vera Cruz; Demiau, parti avec le germe de la maladie, avait pu atteindre Cordova, mais pour y mourir.

Le 10 juin, le général et sa colonne arrivaient à Orizaba. Le même jour, nous apprenions qu'un de nos convois chargé de munitions avait été détruit dans les terres chaudes par une troupe de 500 guerrilleros, et son escorte massacrée. Trente-neuf personnes avaient péri; parmi les victimes se trouvaient deux cantinières de zouaves, sur lesquelles les bandits s'étaient livrés aux actes les plus sauvages. Un lieutenant et son ordonnance étaient seuls parvenus à s'échapper.

Cette nouvelle ne fut pas la seule grave qui nous arriva le 10 juin; dans la soirée du même jour, le général reçut l'avis du colonel L'Hériller que les troupes mexicaines se montraient dans la vallée du Bio Blanco. En effet, Saragoza, rallié par le général Ortega, qui lui avait amené un contingent de 6,000 bons soldats, s'était décidé à descendre les Cumbres et à s'avancer dans la plaine.

Nous étions, à n'en pas douter, à la veille d'une attaque. Cependant, avant de « recommencer les li opérations », le général Ortega crut devoir faire auprès du ministre de France, avec lequel il avait

entretenu de bonnes relations, une tentative tt d'arrangement ».

Dans une lettre datée de San-Augustin de Palmar (le 10 juin), et adressée à M. de Saligny, le général Ortega l'adjure de faire tous ses efforts pour empêcher la continuation de la guerre. Il lui rappelle « que la nation u entière a repoussé toute idée tendant à Tétau blissement d'une monarchie et au renverse- «( ment du système gouvernemental que le u Mexique a librement et spontanément choisi... « qu'elle est restée ferme vis-à-vis de l'excitation « produite en faveur de l'établissement d'une (( monarchie et de la réussite du plan de Cordova, u excitation soutenue de fait et moralement par u une des nations les plus puissantes du monde. . . tt II engage vivement le représentant de la grande « France qui a toujours dit que son drapeau M suivait la justice, la marche du siècle et l'opiu nion des peuples, à terminer d'une manière « avantageuse pour la France et pour le Mexique, u par les voies diplomatiques, la guerre où les « deux nations sont malheureusement entraitt nées... n

liC général Ortega affirme que « M. de Saligny « et le gouvernement qu'il représente ont été u trompés par les hommes et par les choses, « et que reconnaître cette erreur serait un

•< acte qni sauverait le beau nom de la France, «< qai honorerait le diplomate et mettrait sa «< responsabilité i couvert vis-à-vis de la na*-^ « tion...

« Je ne voos écris point », dit-il en terminant, i< par ordre de mon goavemement, ni par ordre tf do général en chef de Tannée d'Orient. Si vous « agréez mes avis, j*espère que vous me le ferez M savoir le plus tôt possible; en ce cas, quoique M notre armée soit aux portes d*Orizaba, j*userai u de mon influence près du général en chef pour tf qu un armistice soit proclamé et qu'un plénitt potentiaire soit envoyé à votre camp pour s'entf tendre avec vous. »

La lettre du général Ortega ne manquait ni d'àpropos ni de vérité ; elle était même conçue dans des termes habiles, trop habiles peut-être. Toujours est-il que le général de Lorencez, considérant qu'il n'était ni de son devoir ni de sa dignité d'engager des pourparlers avec Tennemi, se garda d'y répondre. Il était d'autant plus autorisé à ce silence que le général Ortega ne s'adressait pas à lui.

Mais, deux jours plus tard, le colonel Colum«* bres, chef des ingénieurs de l'armée mexicaine, se présentait aux avant-postes, porteur d'une lettre de Saragoza pour le général de Lorencez. Voici le contenu de cette lettre, datée de l'ha-

cienda de Tekamalucan, située à quatorze kilomètres d'Orizaba :

<c J'ai des raisons de croire que vous, chef et u officiers de la division sous vos ordres, vous u avez adressé une protestation à l'Empereur « contre la conduite du ministre de Saligny, pour tt vous avoir engagés, en vous trompant, dans u une guerre contre le peuple du monde le plus u ami des Français.

u Cette circonstance, la connaissance de la ce situation difficile où vous êtes avec votre « armée, et le désir de vous procurer une retraite tf honorable, me décident à vous proposer une u capitulation dont la base principale sera Tévatf cuation dans un temps voulu du territoire u mexicain. Je crois que mon gouvernement ne u désapprouvera pas ce nouvel appel à la paix ; u sans sortir de mes attributions, je crois devoir u éviter de répandre le sang des enfants des deux u pays, que la tromperie et Finlrigue ont seules M pu rendre momentanément ennemis.

u Cette idée a été celle du gouvernement M constitutionnel depuis le début de Tinvasion. u Si vous n'acceptez pas cette offre que je fais à u ceux des Français qui sont venus de bonne foi, « j'aurai rempli mon dernier devoir dans la voie « de rhumanité, et il ne me restera qu'à exécuter

19î • AU MEXIQUE.

« les ordres que j'ai reçus, jetant la responsabi-

tt lité de ee qui adviendra ^ur ceux qui se sont

« obstinés dans une entreprise que condamnent

« la raison et la justice.

« Liberté et réforme.

M Saragoza.

« Au quartier général de Tekamalucan, le 12 juin 1862. »

En présence de cette communication qui lui était faite directement, le général de Lorencez répondit :

« Que M. de Saligny étant seul chargé des « pouvoirs diplomatiques, c'était lui seul qui u avait qualité pour traiter de la paix ou de la M guerre, et qu'en conséquence il n'avait pas de u réponse à faire à la note qu'on lui adressait. »

En donnant à ce billet une forme évasive, le général avait surtout pour but de gagner du temps. Il importait d'évacuer, sans retard, la position d'El Ingenio, que le 99" occupait, et de compléter, autant que possible, les travaux de défense de la ville. En conséquence, le colonel L'Hériller reçut l'ordre de se replier sur Orizabn, pendant la nuit du 12 au 13, avec son régiment, ses malades, ses magasins et les fourrages réunis à El Ingenio; et deux sections du génie, parlies

récemment pour le Cbiquihuite, furent rappelées en toute hâte.

Le 13 au matin, le colonel L'Hériller et les sections du génie nous avaient ralliés. Les sapeurs, aidés par les soldats de Tartillerie et les travailleurs indigènes, déployèrent durant cette journée la plus grande activité pour relier et fortifier les différentes parties de Tenceinte, au moyen de barricades et de maisons se flanquant.

On crénela la maison de l'octroi occupée par notre grand'garde en avant de la garita de Puebla, et Ton y éleva des épaulements pour abriter six pièces de canon ; mais, malgré tous les efforts, ces parapets n'atteignaient encore le soir que peu d'épaisseur et de relief. Au centre de la ville, le réduit, les hôpitaux et les magasins.

Ces travaux exécutés, on assigna à chaque compagnie sa place de combat. La défense de la garita de Puebla, au delà de laquelle la route traverse, sur un pont, le petit cours d'eau TAngostura, fut confiée à 4 compagnies du 99' de ligne ; une compagnie du même régiment fut établie dans une maison du côté du nord à trois cents mètres de la garita. Les autres troupes, 9 compagnies du 99' de ligne, 1 bataillon de zouaves, I bataillon de marins et le 1'' bataillon de chasseurs à pied, furent réparties sur les points fortifiés de l'enceinte ; et le général mexicain Toboada fut

chargé avec sa cavalerie de surveiller la plaine en avant des positions occupées par le régiment du colonel L'Hériller.

Ainsi^ 4 bataillons d'infanterie, 1 compagnie du génie, 10 pièces de campagne et 3 pelotons de cavalerie, c'est-à-dire environ 2,600 hommes, formant la garnison d'Orizaba, allaient avoir à repousser Tassant de l'armée de Saragoza forte de 14,000 hommes et de 28 bouches à feu. Le reste du corps expéditionnaire ainsi que les auxiliaires de Marquez, partis récemment pour la Soledad avec ce général, avaient été échelonnés entre ce pueblo et Orizaba pour maintenir nos communications avec la côte.

Les positions que les Français avaient à défendre présentaient une partie faible, celle du nord; elle était dépourvue de défenses naturelles. Mais, à l'ouest, un défilé étroit formé au nord par le Cerro Borrego, au sud par le Cerro Crîstobal, et au milieu duquel passait la route de Puebla que l'ennemi devait suivre pour nous aborder, rendait périlleuse toute attaque de ce côté.

Quant au Cerro Borrego, bien qu'il dominât la ville et qu'il eût, aune autre époque, joué un rôle important dans la prise d'Orizaba,il paraissait tellement inadmissible que l'ennemi se risquât à y monter de l'artillerie, — étant donnés sa hauteur de 350 mètres, Tescarpement de ses pentes, la forêt

If

dont l'épaisseur à Touest formait un obstacle naturel des plus sérieux, et principalement la nécessité pour l'ennemi de passer devant les troupes mexicaines alliées chargées de surveiller la route, — que le général ne jugea pas utile de l'occuper.

C'est pourtant de ce côté que l'ennemi dirigea ses premiers efforts. Le 13, à la tombée de la nuit, le général Ortega, qui avait fait ouvrir d'avance des tranchées dans la forêt, arriva par le chemin de San Andres, monta les pentes du Cerro Boixego et en occupa le sommet avec une partie de la division et quelques pièces de montagne.

Les grand'gardes mexicaines du général Toboada, dans le voisinage desquelles les troupes du général Ortega avaient défilé, n'avaient rien vu, rien entendu!

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