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CHAPITRE XIII

La place d*Omaba nûêe en état de défense. — Les terres chaades : les gaerrillas et les plaies. — Nos codtoîs. — La lotte poar Texistence. — Les fièvres pemicieoses. — Vera Crtu et le vomîto. — Des renforts sont annoncés. ^ Arrivée de l'intendant Priant, qni prend la direction des services administralifs.

I/admirable fait d'armes du 15 juin, qni venait de forcer renneini à repasser les monts, nons avait fait échapper au danger d*une retraite dont la conséquence immédiate eût été de nous contraindre à rétrograder jusqu'à Cordova. L'occupation de cette ville nous eût rapprochés, il est vrai, de la Vera Cruz, notre port de ravitaillement; elle aurait diminué les difficultés que nous éprouvions à faire escoiter nos convois, — difficultés chaque jour plus grandes, — mais elle ne nous aurait donné ni la position stratégique , ni la sécurité, ni les casernements, ni le climat salubre d*Orizaba, c'est-à-dire un ensemble de conditions présentant au point de vue militaire et politique une importance exceptionnelle.

Le corps expéditionnaire allait donc conserver ces précieux avantagées en restant maître du plateau d'Orizaba. Cependant une grande menace planait sur lui; car si l'ennemi avait renoncé à l'aborder de front, c'était avec l'intention de porter tous ses efforts dans les terres cbaudes, de le couper de la Vera Cruz et de l'affamer. Combattre pour ne pas hiourir de faim, voilà désormais notre lot en attendant l'arrivée des renforts.

Le premier soin du général de Lorencez, en rentrant à Orizaba, avait été de demander au ministre de la guerre de nouvelles troupes pour reprendre la campagne. Le même courrier avait porté au maréchal Randon les désillusions dé notre chef, qui, douloureusement affecté de son écbec devant Puebla, et navré d'avoir témoigné une confiance aveugle au ministre de France, avait rompu avec lui toute relation. En faisant remonter jusqu'à M. de Sahgny la responsabilité de nos malheurs, le général s'accusait de sa trop grande crédulité, et confessait, — avec cette loyauté qui était le fond même de son caractère, — les erreurs dans lesquelles il était tombé.

Ce devoir rempli,, c'est-à-dire la douloureuse page du passé fidèlement retracée, les embarras du présent et les périls de l'avenir nettement

exposés, le général de Lorencez ne songea plus qu*à aplanir les unes et à conjurer les autres dans la limite du possible.

Au milieu de toutes ces tribulations, nous eûmes la joie, le 28 juin, de saluer le retour au milieu de nous de M Jupin, sous-lieutenant de chasseurs à pied, et de douze soldats, prisonniers du 5 mai, que nous croyions morts. Ils avaient été reconduits à nos avant-postes par ordre du général Saragoza. Nous apprîmes par M. Jupin que dix blessés français étaient encore à l'hôpital de Puebla, et qu'aussitôt guéris, ils nous seraient rendus. Ces soldats étaient les nommés :

Groslambert, sergent- major, ampute.

Defflin . . . fourrier. . . . blessure légère

à la cuisse.

1*' bataillon | Thcuzillot. . soldat .... amputé.

de chasseurs < Pen id id.

à pied. j Pichon ... id blessure légère

à la jnmbe.

Croissant . . id id.

a. \ NaëfF. ... id ampute.

V zouaves. \ ^. i .. • i

/ Givodon . . id id.

Ketz .... id blessure suivie

de fièvre typhoïde, manne. i «. . . ui ^ i i«

Simon ... id blessure a la

jambe.

Infanterie de

Quant au médecin-major du 99* de ligne, le docteur V^erjus, — qui avait disparu pendant la journée du 5 mai, emporté par son cheval dans

la direction de Puebla, — le doute à son égard n'était plus possible : il avait été tué à Fennemi.

Deux jours après la rentrée de nos prisonniers, le général de Lorencez fit mettre en liberté vingtcinq officiers mexicains.

Pendant ce temps on poussait avec activité les travaux de défense de la place d'Orizaba.

En avant de la porte de Puebla on avait achevé de construire trois batteries de deux pièces chacune, et Ton avait terminé la ligne de contreapproche, partant de nos batteries et s'étendant en forme de crémaillère jusqu'à proximité du Rio Blanco.

La défense du Borrego avait été complétée :

V Parla construction en pisé de deux baraques crénelées, abritant la compagnie de grand'garde qui occupait le sommet de la montagne;

2"* Par un chemin en lacet destiné à faciliter les communications avec Orizaba.

Au nord, dans la partie de la plaine comprise entre le Borrego et TEscamela, on avait établi un camp retranché que protégeaient une batterie et trois redans construits sur trois mamelons découvrant parfaitement la plaine. Deux postes de cavalerie mexicaine avaient été chargés de surveiller les chemins descendant des montagnes.

Dans la plaine même de TEscamela, et à cheval sur la route qui conduit à Gordova, on avait mis

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la deraière main aux retranchements commencés, et on les avait reliés : à droite, avec les jardins qui entourent la ville et aboutissent à deux barrannas et à plusieurs ruisseaux d'un accès très-périlleux; à gauche, avec les marais situés non loin de Y Eglise indienne, et qui se prolongent, en couvrant tout le faubourg, jusqu'au pied des montagnes. L'Église indienne occupait la partie centrale de cette ligne, et suffisait à en assurer ^ la défense. Une compagnie logée dans le faubourg la mettait d'ailleurs en communication avec la place.

Du côté du sud, le pont de Jalapilla, le seul qui permît de franchir le profond ravin sur lequel il était jeté, était à l'abri de toute surprise. En somme, l'ensemble des ouvrages élevés autour d'Orizaba constituait à la ville une forte ceinture défensive.

Dès que ces travaux eurent été terminés, le (général en chef prit les dispositions nécessaires pour assurer la défense extérieure et intérieure, et le corps expéditionnaire se trouva bientôt prêt à toujter éventualité. Il se sentit fort des positions conservées, du prestige de ses armes reconquis, et de son courage dont l'adversité n'avait pu triompher. Il ne restait qu'à assurer son ravitaillement, à maintenir à tout prix ses communications avec la Vera Cruz. C'est donc

AU MEXIQUE. ill

vers ce but que le commandement porta son activité et ses soins. Avant tout, il lui importait que la poignée de héros qui, depuis six mois, conservait à la France la Vera Cruz, base principale de nos opérations, et à laquelle le capitaine de vaisseau Roze, le lieutenant-colonel d'étatmajor Lacroix, et les officiers des différentes armes, donnaient Texemple de tous les courages, pût se montrer jusqu'au bout à la hauteur de son héroïsme. Or, ils étaient à peine six cents hommes à la Vera Cruz, dont trois cents seulement disponibles pour le service de guerre, bien que le commandant Roze n'eût pas hésité à dégarnir les équipages des navires pour atteindre cet effectif. Ne fallait -il pas, en effet, pourvoir à la défense de la place mal protégée par des murs sans fossés et écroulés en divers endroits; assurer le service des hôpitaux; fournir les travailleurs nécessaires pour le débarquement et Temmagasinement des denrées apportées par les navires; préparer et diriger sur la Tejeria les chargements des convois destinés à Orizaba? Et n'avait-on pas, en outre, à payer un tribut journaU&|^ce climat dévorant sous lequel s'accomplissaient tous ces travaux?

Eh bien! la garnison de la Vera Cruz fera ce qu'on attend d'elle; en dé[)ii de tout, elle poursuivra sa glorieuse tâche pendant que les cama-

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rades échelonnés entre la côte et Orizaba vont se prodiguer aussi dans les marches, les travaux et les combats auxquels ils seront exposés dans les terres chaudes.

Mais, pour qu'on se rende bien compte des difficultés et des périls à surmonter, il est utile de dire quelques mots de la nature d'un terrain que nous avons très-sobrement indiqué au début de ce récit, pressé que nous étions de courir vers la zone plus tempérée des hauts plateaux et vers sa lumière, non moins éclatante, mais plus saine.

La Vera Cruz est entourée de dunes, de sables mouvants qui s'étendent parallèlement à la côte sur une profondeur de trois kilomètres environ. Point de route sur ce sol impraticable aux voitures. Au delà de ces dunes, d'immenses marais couverts d'une végétation tropicale formant des bois épais, à travers lesquels a été tracé le chemin de fer à voie unique, de douze kilomètres, qui relie la Vera Cruz à la Tejeria, tête de ligne de nos convois.

Au sortir de la Tejeria, position malsaine où s'effectue l'emmagasinement des denrées destinées à l'armée, le terrain reste marécageux, sans culture, couvert d'une végétation qui forme des halliers impénétrables. La route, uniquement tracée par les charrois, est coupée par le ravin de Rio San Juan d'une traversée extrêmement dan-

gereuse pour les voitures, à cause de ses pentes escarpées. Trois ou quatre attelages de dix à douze mules sont quelquefois nécessaires pour les tirer de ce pas. — Puis on laisse derrière soi deux pueblitos, rhacienda de San Juan, située au milieu des bois à proximité de la rivière, et l'on atteint la Soledad, village important à quarante-huit kilomètres de la Vera Cruz, ayant une altitude de quatre cent trente-neuf mètres.

Quand on quitte la Soledad, on franchit le Rio Jamapa sur un pont à cinq arches de vingt-cinq mètres. Cette rivière, dont les rives sont boisées, est fortement encaissée ; ses eaux qui descendent du pic d'Orizaba sont abondantes, rapides, et, dans la saison des pluies, leur niveau s'élève considérablement. Pendant la grande sécheresse les arriéres passent volontiers un gué voisin du pont et praticable aux voitures. Mais si, pendant la grande crue des eaux, le pont vient à être emporté ou détruit, toute communication entre Vera Cruz et Orizaba cesse fatalement.

En résumé, terrain marécageux, boisé et raviné : telle est la nature du pays entre la Vera Cruz et la Soledad.

Au delà du Rio Jamapa la route gravit une pente rapide, traverse le ranchero de Palo Verde, le pueblo de Camaron et les bois qui y font suite; puis elle arrive à Paso Ancho, y rencontre un

ravin qu'elle passe pour remonter vers un plateau entièrement découvert et aboutissant à Paso del Macho. Entre ce pueblo et le rancho de Ghiqui* buite, il reste à francbir trois profonds ravins, sur trois mauvais ponts. Là on est à la limite des terres chaudes.

C'est donc sur cette route mauvaise, difficile dans des conditions ordinaires, praticable pendant une partie de la saison des pluies au prix de fatif];ues inouïes et de dangers sans nombre, que va se jouer le drame du ravitaillement d'Orizaba.

Or, cette saison redoutée a commencé. Il pleut déjà, il pleut chaque jour, et les eaux de la veille s'ajoutant à celles du lendemain transforment les terres chaudes en lacs de boue, grossissent les rivières et les jettent hors de leur lit.

D'ailleurs, la lutte entre le climat de la tierra caliente^ ses guerrillas et nos colonnes n'est pas à son début ; elle remonte au lendemain de notre retour de Puebla, et nous avons pu constater dès le mois de mai la marche ascendante des maladies, parles ravages faits dans la colonne Douay, et l'excellente organisation des partis de guerrilleros, parla nécessité où la colonne du colonel Hennique s'est trouvée de reprendre à l'ennemi les positions du Chiquihuite.

En réalité, la lutte ne fait que se poursuivre. Malheureusement, malgré toute la prévoyance

du commandement pour ré{jler la marche des convois de manière que le service des subsistances ne souffrit jamais de retard, il se passa un fait qui faillit avoir les plus graves conséquences. On attendait le général Marquez parti au commencement de juin avec 2,000 cavaliers et 180 voitures d'administration qu'il devait faire charger à la Vera Cruz et ramener aussitôt. Or, le général, en apprenant l'attaque d'Orizaba, avait subitement quitté la Tejeria, et il était revenu, sans vivres, mais avec sa cavalerie dont nous n'avions que faire et que nous allions avoir à nourrir.

Il est très-probable qu'en agissant ainsi Marquez avait cédé à la conviction que sa présence à Orizaba était indispensable; mais il n'est pas invraisemblable non plus que, connaissant la répugnance de ses troupes à escorter des convois en terres chaudes, il n'ait cru prudent de profiter de la circonstance pour les ramener, tout d'une traite, dans la région tempérée, plutôt que de s'exposer à les voir déserter. Toujours est-il que Marquez proposa au général de Lorencez d'employer aux convois des terres chaudes les troupes françaises stationnées à Cordova et de faire occuper cette place, sous son commandement, par Tinfanterie, l'artillerie et une partie de la cavalerie mexicaines. L'offre fut accueillie, à cela près que le général de Lorencez trouva bon de maintenir à

Cordova un bataillon de fusiliers marins et une section d'artillerie de marine, et ce fut le colonel Hennique qui partit à la place de Marquez pour ramener de la Tejerîa le convoi de vivres que ce dernier y avait laissé.

Ce convoi était fortement escorté, atteddu que le ravitaillement du corps expéditionnaire se trouvait intimement lié au succès de sa marche et de son prompt retour. Aussi, quelle ne fut pas Tangoisse générale quand, peu de jours après le départ du colonel Hennique, on apprit que toutes les guerrillas du général La LIave se concentraient entre la Vera CruzetCameron, avec l'intention de lui barrer la route ! Cette nouvelle détermina le commandement à prendre sans retard une mesure d'économie indispensable. Toutes les rations, celle de la viande exceptée, — on augmenta celleci, — furent réduites* ; la ration de fourrage fut remplacée par du maïs vert, en attendant l'heure prochaine où la canne à sucre verte* serait ellemême substituée au maïs.

En même temps, il acheminait le bataillon

* La ration de pain fut réduite de 750 à 500 g^rammes ; les officiers n*en touchèrent plus qu'une. La ration de viande fut portée à 360, puis à 400 grammes. La ration de vin fut réduite à deux par semaine.

* Cette nourriture finit par déterminer chez nos chevaux, dont la langue se coupait, la salivation, l'impossibilité de mâcher et la mort.

Souville vers le Chiquibuite pour qu'il se mît en communication avec la colonne Hennique et lui prêtât main-forte. La précaution ne fut pas inutile ; 4,000 guerrilleros avaient occupé la Soledad aussitôt après le passage de cette colonne et se disposaient à brûler le pont constiiiit sur le Jamapa. L'arrivée inopinée, le 6 juillet, du commandant Souville, qui, n'ayant trouvé au Cbiquibuite aucune nouvelle du colonel Hennique, avait eu l'heureuse inspiration de descendre immédiatement jusqu'à la Soledad, fit battre en retraite les guerrillas.

A la vérité, leurs bandes sont là ; on les sent rôdant autour du bataillon du 99' et du convoi Hennique en route depuis le 5 juillet pour Orizaba; mais le commandant Souville garde le pont de la Soledad; les deux colonnes françaises sont déjà en communication et peuvent se prêter un mutuel appui. L'ennemi en fait l'expérience le jour même, au retour du capitaine Vercin, qui avait été envoyé à la Soledad avec un peloton de chasseurs et une compagnie de zouaves pour reconnaître le bataillon Souville. Le capitaine ralliait les zouaves qu'il avait laissés à 10 kilomètres de là au Rio de Piedra, quand, à mi-chemin, il se voit tout à coup assailli par une troupe de 150 cavaliers mexicains. Envoyer aussitôt deux chasseurs, l'un au commandant Souville, l'autre au capitaine

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de la compagnie de zouaves, pour les préveoîr de sa situadoD, telle est la première mesure prise par le capitaine Vercin. Mais que faire avec 25 cavaliers attaqués par devant, exposés par derrière à la fusillade partant des fourrés environnants, sinon baltre en retraite et attendre du secours ? C*estlepaitiqueprendle capitaine, qui lentement se rabat sur la Soledad sans se laisser entamer. Un chasseur est blessé, deux tombent au pouvoir de Tennemi, et celui qui a été envoyé au poste de Rio de Piedra est massacré. Mais, plus heureux que son camarade, le cavalier parti pour la Soledad ramène une compagnie du bataiUon Souville. Alors la scène change ; rinfanterie ouvre son feu, les chasseurs chargent, et les guerrilleros qui ont 30 hommes sut* le carreau lâchent pied. Cette leçon a pour effet de permettre au convoi et à son escorte d'atteindre lu Soledad, le II juillet, saus apercevoir Tombre d'un sombrero. Us ont mis six joui's pour franchir une distance de 8 lieues ; et ils ne sont au teime ni de leur voyage, ni de leurs fatigues, ni de leurs souffrances. Il pleut, en effet , sans désemparer , et à tous moments ce sont de nouveaux abîmes sous les pas de nos colonnes de ravitaillement.

Le général de Lorencez,qui suivait avec anxiété la marche du colonel Ilennique, apprécia rapidement la situation dans toute sa gravité, et, déses-

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pérant de voir arriver à temps à Orizaba les vivres attendus, il fît partir pour le Chiquihuite 180 mulets de bât sur lesquels ou avait ordre de décharger une partie du grand convoi, et auxquels on devait faire rebrousser chemin immédiatement. Mais quand la petite colonne arriva au Chiquihuite, le 12, le colonel Hennique était encore à six jours de marche. Attendre le convoi, c'était laisser les magasins d'Orizaba vides; aller au-devant, c'était courir de gros risques et outrepasser les instructions. Il y avait là une grave détermination à prendre. M. Wuillaume, adjoint à Tintendance et momentanément détaché au Chiquihuite, la prit. Il se mit à la tête du petit détachement et partit avec les 180 mulets audevant du convoi. Il le rencontra à Palo Verde le 13, chargea les mulets, et le quatrième jour, grâce à son énergique initiative, Orizaba était ravitaillée'.

Le colonel Hennique arriva seulement le 21,

avec des hommes harassés, de nombreux malades, des animaux fourbus et un matériel réclamant les plus sérieuses réparations. Mais la rapidité avec laquelle les convois se succédaient forcé-

^ Élève de Metz, officier d'artillerie entré dans Tintendance, M. Wuillaume apportait dans ses fonctions, dès le début de sa carrière, la prévoyance de Tadministrateur, le coup d'oeil et la décision du soldat.

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ment ne laissait gaère de temps pour faire reposer les animaux et poar exécuter les travaux de réparation . Â telle enseigne que, le 23, une nouvelle colonne a repris la route de la Vera Cmz à travers les mêmes périls et toujours sons une pluie torrentielle et incessante.

Cette fois c'est le commandant Lefèvre qui est allé demander à notre base de ravitaillement le pain et le maïs dont hommes et bétes ont besoin pour vivre. Le commandant a quitté Orizaba avec 450 mulets, 108 chariots et 40 sapeurs du génie, en même temps que le colonel L'Hériller, le capitaine d'état-major Castex, le lieutenant de vaisseau Le Helloco, 2 pelotons de chasseurs d'Afrique et 1 brigade de gendarmerie s'acheminaient vers Cordova : — le colonel pour prendre le commandement supérieur du pays compris entre cette ville et le Chiquihuite; le capitaine Castex et le lieutenant de vaisseau Le Helloco pour rentrer en France; les deux pelotons et la brigade pour relever les camarades en garnison à Cordova.

Pendant que le commandant Lefèvre descendait péniblement vers la côte, qu'il traversait le Rio Jamapa au gué de San Diego, — car le pont de Soledad avait été brûlé par Tennemi, aussitôt après le passage du précédent convoi, — qu'il y laissait le lieutenant Mahieu et les sapeurs du

génie, avec la mission de faire au gué les travaux nécessaires pour rendre le passage franchissable au convoi qui allait revenir, et qu'il gagnait la Tejeria, le 24 juillet, le commandant Souville recevait Tordre de diriger 3 compagnies sur le gué de San Diego pour y protéger les travaux et y attendre le retour de la colonne Lefèvre.

C'est le 29 que le commandant arriva à la Tejeria; la fièvre jaune y battait son plein; c'est le 3 qu'il en repartit, ce n'est que le 10 qu'il bivouaqua à Paso Ancho avec son convoi diminué, des troupes sur les dents et une centaine de malades, dont dix atteints de la fièvre jaune. Il lui avait été impossible de dépasser 7 à 8 kilomètres par jour, bien que, pour sortir quelques voitures des ornières où elles s'étaient enfoncées jusque par-dessus les roues, on eût quadruplé et quintuplé les attelages. C'est que, sous l'effort des 40 ou 60 mules, les flèches de grosses voitures, les timons de voitures réglementaires s'étaient brisés, et il avait fallu peiner de nouveau, réparer les voitures sur place et renouveler les tentatives jusqu'au succès. Dans de pareilles conditions de marche et en présence des précautions de chaque moment dont il avait fallu s'entourer pour avancer compactes sous la menace permanente d'une attaque, 15 heues en 8 jours, c'était tout ce qu'on pouvait attendre d'efforts humains !

nt AU MEXIQUE.

« J'ai remarqué pendant ce trajet de la Tejeria « au Chiquihoite n, écrivait le commandant Lefèvre dans son rapport, <■ qu'il fallait s'avancer « avec une prudence et une attention incessantes. « Une avant-garde éclaire le terrain en avant, à " droite, à gauche, fouille les bois, les ravins, et « ne rencontre rien. Un instant après, ces bois .1 et ces ravins regorgent d'bommes à piedj der- « rière eux sont antaut de cavaliers. Tous étaient " cachés derrière un rideau de bois ou un mouve- << ment de terrain trop éloigné pour être fonitlé. u A un signal invisible pour nous, l'ennemi vient >i se porter au point indiqué d'avance et attend " patiemment une occasion. Si elle ne se présente » pas, la troupe se disperse sans être vue et va >' se porter par des marches rapides et des déu tours sur notre route et guetter une nouvelle « occasion. C'est surtout au passage des ravins, » des barrancas, qu'il faut s'attendre à quelque « événement. Il est rare qu'il ne s'y trouve pas " quelque embuscade. Pour tenir en respect cet <> ennemi, il est indispensable de laisser au pas- " sage de chaque barranca une section d'une des » compagnies de tête du convoi, jusqu'à ce que la « dernière voiture soit passée. Cette troupe, u toute petite qu'elle soit, suffit pour éloigner le u danger. It faut en outre que les voitures serrent ' toujours, qu'elles n'aient jamais entre elles

« plus de trente à quarante pas d'intervalle, tt C'est un soin dont il ne faut jamais se départir, tt malgré la lenteur qu'il apporte dans la marche. ^

Ces conseils étaient ceux d'un homme mûri par les laborieuses étapes que nous avons énumérées et dont aucune des souffrances ne lui avait été épargnée.

En arrivant au rancho del Sordo, le commandant Lefèvre fut attaqué par une bande de 2,000 cavaliers qui parvinrent, à la faveur du désordre jeté parmi les arrieros, à enlever plusieurs attelages. Le capitaine de Foucault, avec un peloton de chasseurs d'Afrique et la compagnie de voltigeurs Chambon, accourut à la première alerte. Le capitaine enleva son peloton et chargea vigoureusement; les voltigeurs poursuivirent l'ennemi de leurs feux, pendant que le convoi reprenait sa marche un instant interrompue.

Le même jour, JOaoût, le pont en pierre de Paso del Macho échappa à la destruction grâce à l'apparition de 3 compagnies envoyées du Chiquihuite par le commandant Souville. Elles arrivèrent à point pour donner la chasse à une troupe de guerrilleros déjà entrain de desceller les pièces importantes du tablier, et pour conserver un pont auquel il eût été très-difficile de suppléer, en raison de la hauteur et de l'escarpement des berges du cours d'eau qu'il franchit. Aussi le

f^énéral de Lorencez, estimant qu*il était capital de s'assurer un passage aussi important, le fît- il occuper sans retard par deux compagnies détachées du Cbiquihuite. Ces compagnies se couvrirent par des ouvrages de campagne qu'elles exécutèrent sous la direction de leurs officiers. Protégées de la sorte et séparées seulement par une distance de 10 kilomètres du poste du Cbiquihuite^ elles purent faire bonne garde sans courir le risque d'être enlevées.

Grâce à ces précautions, le convoi Lefèvre rentra à Orizaba le 17 août. Le commandant en était parti le 23 juillet; il ne lui avait donc pas fallu moins de vingt-cinq jours pour faire soixantequatre lieues et charger ses voitures. Pendant ce long trajet, les troupes et les animaux de la colonne ayant naturellement vécu sur le chargement du convoi, les approvisionnements s'en étaient trouvés réduits de moitié. Ce fut une nouvelle déception pour le général de Lorencez. Du jour où le général s'était décidé à ne pas abandonner Orizaba, il avait senti l'impérieuse nécessité d'y constituer une grande réserve pour parer à l'imprévu, et il avait poursuivi ce but avec la ténacité d'un chef hanté par la crainte de voir tout à coup ses communications avec la côte sup* primées et ses troupes réduites à la famine. Et sa prévoyance devenait vaine, ses efforts restaient

inutiles! Après chaque retour de convoi, la vérité apparaissait plus poig^nante ; on se retrouvait toujours devant cette obligation inéluctable : vivre au jour le jour !

Cette fois le général de Lorencez n'avait pas attendu le retour du commandant Lefèvre pour diriger vers la Vera Cruz une colonne légère composée de 200 mulets de bât et seulement de 8 voitures. Quatre compagnies du 1" bataillon de chasseurs à pied et 25 gendarmes, sous les ordres du lieutenant-colonel M angin, les escortaient. Le trajet à Taller se fit sans accident; mais au retour le lieutenant-colonel pensa un moment à abandonner ses voitures, qu'on ne parvint à arracher du milieu des vases où elles disparaissaient presque qu'au prix des plus grands efforts.

Les quatre jours de marche employés pour se rendre de la Tejeria à la Soledad prouvèrent l'impossibilité de continuer, entre ces deux points, le mode de transport par voitures, vu les difficultés du terrain et la mauvaise saison auxquelles on allait encore être exposé au moins pendant deux mois. Le mode qui s'imposait désormais était le transport à dos de mulet. Par ce moyen les voitures n'auraient plus à franchir le Rio Jamapa; elles attendraient sur la rive droite les convois de mulets qui viendraient apporter leurs chargements.

Sans doute, c'était bien là le remède au mal, mais les moyens pour l'appliquer nous faisaient défaut. Il eût fallu, en effet, pour opérer cette importante modification, se procurer un ceitain nombre de mulets de bat et faire occuper la Soledad; mais entre Orizaba et la Vera Cruz on n'aurait su trouver un mulet ni pour argent ni pour or; et quant à diminuer les garnisons du Chiquibuite, de Cordova ou d'Orizaba, il n'y fallait pas songer, dans un moment où il n'était bruit que d'une attaqua de cette dernière place par toutes les troupes de la République.

C'est dans cette situation critique que nous surprit la nouvelle de l'arrivée des renforts attendus de France. Elle fut apportée à Orizaba, le 29 août, par le lieutenant-colonel Mangin, en même temps que le courrier d'outre-mer. Nous apprîmes qu'une première colonne de 2,000 hommes, — commandée par le colonel Brincourt du V' régiment de zouaves, — précédait un corps d'armée de 25,000 hommes placé sous les ordres du général Forey, et que l'Empereur l'avait fait partir en toute hâte, dans la crainte que le général de Lorencez n'éprouvât de sérieuses difficultés à se maintenir avec le faible effectif dont il disposait. Cette colonne était pourvue de train, de voitures, de mulets de bât en quantité suffisante pour que les mulets d'attelage pussent être utilisés au

transpoîi: à dos, et elle comptait des troupes d'administration. En résumé, elle était constituée de manière à se suffire à elle-même.

L'intendant Priant, l'intendant Wolf, le sous-intendant Lejeune suivaient de près cette colonne. L'intendant Priant venait prendre la direction des services administratifs, lourde tâche échue au sous-intendant Gaffiot dans les circonstances les plus accablantes, le 5 mai, le jour même de la mort du regretté Raoul, frappé par un boulet ennemi. Cette succession, l'intendant Gaffiot l'avait conservée jusqu'à l'heure présente, c'està-dire pendant la période la plus critique de la campagne ; il avait fait face à des difficultés sans précédent et s'était montré de taille à porter la responsabilité écrasante qui a pesé sur lui pendant cinq mois de semi-détresse. Sans sa robuste constitution le sous-intendant Gaffiot aurait payé de sa vie ses fatigues et ses angoisses, et quand, l'année suivante, il dut rentrer en Prance pour se soigner, sa santé était gravement compromise.

L'intendant Priant, qui allait lui succéder, était connu de toute l'armée pour ses éminentes qualités d'administrateur. Il lui était réservé de marcher avec la division Douay et d'y conquérir le surnom de mère nourricière de la colonne.

La nouvelle de l'arrivée prochaine des renforts traversa le Mexique avec la rapidité de l'éclair,

portant le découragement parmi les Mexicains, ranimant l'enthousiasme des troupes françaises, dont le moral, d'ailleurs, n'avait souffert aucune atteinte. Ces ti*oupes attendaient fîères, résolues, que la France s'émùt de leur sort et vînt à leur aide ; et si l'on tient compte de la distance qui les séparait de cette France, si Ton met dans la balance, d'une part, les souffrances endurées, de rauti*e, les modestes distractions qu'il leur était donné de goûter et qui se réduisaient en somme, pour les piivilégiés, à la musique entendue chaque jour sur la place et au théâtre de l'armée qui allumait sa rampe une fois par semaine, personne ne marchandera son admiration à ces hommes qui toujours avaient su voir la France là où flottait son drapeau.

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