‹ Au milieu des hommesChapitre 10 sur 69 · UN NOUVEAU LIVRE SUR M"^ DE POMPADOUR · texte numérisé non relu

UN NOUVEAU LIVRE SUR M"^ DE POMPADOUR

humeur. Il ne nous rend pas seulement le costume et le décor. Il restitue la psychologie d'une humanité disparue. En ne travaillant que sur les sources, en s'interdisant de hasarder le moindre détail qu'un document ne corrobore point, il ne fait qu'appliquer une austère méthode à des sujets gracieux. J'entends bien, mais Nattier aussi, quand il métamorphosait des palmipèdes en oiseaux des fontaines, prétendait s'inspirer de la nature vivante. Seulement il ne copiait en réalité que l'image mentale qu'il était décidé d'avance à fixer sur la toile. L'historien et le portraitiste, s'ils sont des rêveurs, ne traduisent que ce qu'ils voient en eux.

Regardons et admirons l'œuvre, en la prenant pour une image caressée à miracle par un artiste séduisant et séduit. La femme est si belle, — une enchanteresse, comblée de dons, musicienne, chanteuse, ballerine, au besoin graveur et philosophe, amie des lettres et fidèle sujette! Point méchante, paraît- il, et pleine de tact. Son chevalier — je ne dis pas son hagiographe — met une bonhomie, secrètement malicieuse, à lui découvrir de calmes vertus. « On la connaîtrait mal, dit-il, si l'on oubliait qu'elle a respecté et cultivé en elle, immédiatement après sa passion pour le Roi, ce sentiment de la famille. » A noter qu'elle n'aimait pas seulement le Roi ; sa tendresse s'étendait jusqu'à la Reine. Elle lui envoyait ses fleurs favorites et de temps en temps invitait Louis XV à payer les dettes de charité de la souveraine. N'estce pas touchant ? De vilaines gens — on était si perfide autrefois — essayèrent de brouiller la marquise avec Marie Leczinska et le jeune ménage du Dauphin. Elle remua tout pour prouver son innocence. Le duc de Luynes s'entremit pudiquement. « On a indisposé la Reine contre moi, lui écrivait M'"^ de Pompadour,

jugez de mon désespoir. Moi qui donnerais ma vie pour elle ! » Après ce irait-là, si vous ne vous sentez pas le cœur crevé, c'est que vous avez perdu toute sensibilité dans le commerce des littératures révolutionnaires. L.a méchanceté des hommes aurait-elle méconnu les rapports qui existèrent entre ces deux dames r Moi, je veux bien.

Je veux bien, parce que j'admets tout d'un écrivain quand il a le charme du style, le savoir des choses dont il parle et le don de créer la vie.

Mais supposons qu'au lieu d'une sorte d'enchanteur qui nous fait un prestigieux mirage de mille. vérités de détail juxtaposées, nous consultions, sur la période de 1745 à 1752, un misérable photographe, pourvu d'un appareil cinématographique et d'un phonographe enregistreur. Cet industriel, brutal et grossier, nous procurera d'assez laids spectacles.

Nous verrons une mère, M'"" Cardinal moins le mot pour rire, qui, découvrant la précoce beauté de sa fillette, l'élève comme une bête de luxe et la conduit, à l'âge de neuf ans, chez une tireuse de cartes pour lui faire promettre l'alcôve du Roi. Telle était Madeleine de La Motte, en qui ce poupard de Bernis admirait « de l'esprit, de l'ambition et du courage ». — Un père, tripoteur louche, spéculant sur les grains et barbotant dans les fournitures, qu'un arrêt du Conseil d'Etat contraignit, comme on disait alors et comme on dirait encore aujourd'hui, de « s'absenter ». Pendant son exil, M. Poisson savait sa lîlle tendrement élevée par l'amant de sa femme et celte vision familiale J'aidait à supporter l'injustice des lois. L'enfant, Reinette, charmait les Ursulines par la vivacité de son intelligence t*.t les édifiait par sa pieté. Elle chantait vêpres comme

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