UN NOUVEAU LIVRE SUR M*"' DE POMPADOUR
royal élève de M"'* de Genlis eut ainsi sa cueillette complète, il la fit ranger, dans un esprit d'éclectisme libéral, ainsi que des pommes dans un fruitier. Lorsque les Grandes Eaux ne jouaient pas, la foule vint vaguer volontiers dans ces salies d'une sage ordonnance. Et les générations s'y succédèrent, goûtant chaque dimanche le noble plaisir d'acquérir des idées fausses au moindre effort. Paix aux hommes de bonne volonté.
Les choses en étaient là quand Nolhac, promu par bonheur conservateur du musée, résolut de traiter l'œuvre de Louis-Philippe avec un mépris intrépide. En dix années d'admirable labeur, il a aboli le fruitier. Maintenant l'air circule dans la vieille demeure dont on a su ressusciter l'esprit. Les femmes que Nattier peignit rentrent chez elles, avec tout le mensonge de leur beauté. Mesdames, filles de Louis XV, goûtaient ceci en leur portraitiste préféré qu'il savait « ajouter des grâces àla ressemblance». C'étaient, il faut bien l'avouer, pour la plupart, d'adipeuses personnes, d'une santé rougeaude et d'une épaisse stupidité. Ayant à immortaliser ce troupeau d'oies grasses, Nattier en fît une volée de cygnes. Disons plutôt, pour ne pas manquer de respect à des dames disparues, qu'il sut changer de bonnes grosses pivoines en autant de roses du Bengale. La vérité seule y a perdu.
M. de Nolhac, lui aussi, excelle dans la peinture de Cour. Ce parfait humaniste a délaissé le service d'Erasme pour une aumônerie chez les princesses. Victor Cousin, quand il dut se résigner à l'idée de n'être plus ministre, quitta Platon pour M"^^ de Longueville, de Sablé, de Chevreuse et de Hautefort ; ce sage attendit la mort dans un harem de frondeuses. Ainsi, l'aimable abbé i'icrre de Nolhac, confesseur de pécheresses défuntes,
étend sous les mules mignonnes de ses pénitentes les principes dcThistoire objective, comme un tapis qu'elles foulent tour à tour.
Ce nouveau portrait de la marquise de Pompadour est d'autant plus scrupuleusement ressemblant que toutes les grâces y sont ajoutées. Après le trop long règne des sœurs de Nesle, la bourgeoisie parisienne se piqua d'honneur. Par un orgueil de caste bien légitime, elle voulut enlever à la noblesse le privilège d'accaparer le lit roj'al. Vue politique des plus sages, et aussi marque d'égards envers la Reine. Ne souriez pas. Marie Leczinska, puisqu'une maîtresse était indispensable à son époux, préférait évidemment lui en voir une sans naissance et sans morgue. Une jolie bourgeoise de la rue de Cléry, exempte de préjugés, d'esprit libéral, méritait la confiance des hommes de progrès. M. de Voltaire ne s'y trompait pas et voici de quelle encre ce satanique pincesans-rire écrivait à la nouvelle fonctionnaire: «Je m'intéresse à votre bonheur plus que vous ne pensez et peutêtre n'y a-t-il personne à Paris qui y prenne un intérêt plus sensible. Ce n'est point comme un vieux galant llatteur des belles que je vous parle, c'est comme bon citoyen. » Il faudrait vraiment de la mauvaise grâce pour ne pas saluer une date fortunée de l'histoire de France, dans ce bal masqué de 1745, où, sous prétexte de marier son fils, Louis XV^ s'adjoignit une collaboratrice, si bien faite pour le bonheur des peuples.
Pour situer le modèle en son milieu, M. de Nolhac, par un miracle de souplesse, s'impose la mentalité d'un spectateur des fêtes de Versailles. Nul ne connaît mieux les locaux où s'agitait la Cour, les étiquettes, les rites mondains, les pratiques dévotes, toute cette « mécanique » dont Saint-Simon parlait sans bonne