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LE JOURNALISME AU PANTHÉON

La décoration sculpturale du Panthéon se poursuit avec la noble lenteur qui convient aux œuvres du temps. Il y a plus de quinze années qu'Edouard Lockroy et Gustave Larroumet en ont tracé le programme. Du vaste poème de marbre, commandé par eux, plus d'une strophe dort encore aux roches de Carrare. A l'une des extrémités du transept, Dalou devait grouper « les souvenirs des grandes luttes de la tribune et de la presse sous la Restauration et la monarchie de Juillet ». La mort a saisi l'artiste devant sa tâche à peine commencée. Marqueste a été choisi pour remplacer Dalou : c'est assez dire que l'œuvre sera belle et digne de son cadre. Le sculpteur s'est mis à l'ouvrage aussitôt. Déjà nous apprenons, par une note officielle, que la Patrie reconnaissante verra bientôt les champions et les ennemis de la Charte se réconcilier davs la oaix de l'histoire.

Les combats de la tribune et de la presse pendant ïes royautés constitutionnelles, que ce sont donc là des

choses de jadis ! De quelle oubliette surgissent ces vieilleries ? Nous avons pris de la liberté une telle habitude qu'elle ne nous semble plus précieuse qu'à condition d'en gaspiller le trésor. Dissipateurs de l'épargne amassée patiemment, sous prétexte que les vieux nous ont faits riches, nous dédaignerions de vivre de nos rentes ; c'est au cœur même du capital que nous voulons mordre. Nos pères dégustaient en gourmets ce festin des dieux; nous le dévorons de toutes nos dents. Nous sommes des boulimiques dyspcp'.iques. C'est un cas intéressant. Aussi disrcrons-nous avec r.'ifficulté. Fautil consulter ? Cela dépend des consultanis et de la confiance qu'ils inspirciît. Les chirurgiens modernes ont des hardiesses troublantes. En voici déjà qui parlent de procéder, sans retard, à l'ablation de notre estomac. Ce serait, paraît-il, l'affaire de quelques instants; sans douleur avec les anesthésiques, et, grâce aux antiseptiques, sans le moindre danger. Il faudra voir, en se méliant un peu. Plus d'une Toinette se déguise en docteur pour confisquer l'honneur de guérir Argan. « Je voudrais, monsieur, que vous fussiez désespéré, à l'agonie, pour vous montrer l'excellence de mes remèdes. » Les remèdes de Toinette sont radicaux. Si habitué que l'on soit au radicalisme, il n'est pas défendu de réfléchir avant d'en user. « Voilà un bras que je me ferais couper tout à l'heure, si j'étais que de vous. Vous avez là un œil droit que je me ferais crever, si j'étais à votre place. » Argan est tenté d'obéir ; on le serait à moins. Mais si maniaque qu'il soit, il est né malin et fils de Molière. « Cela n'est pas pressé », objecte-t-il. A la chirurgie il préfère l'hygiène. Si nous faisions comme lui ! Pourquoi n'essayerions-nous pas d'un peu de régime, en priant les opérateurs de repasser ?

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