LE JOURNALISME AU PANTHÉON ' ICQ
— Excellente potion dépurative, pour les organes surmenés, qu'une mixbure de Benjamin Constant et de général Foy à base de Royer-Collard, avec deux gouttes de Casimir-Périer. Sans saveur, dites-vous ? Je vous vois venir. Vous voudriez qu'on vous traitât avec des alcools. Allons ! encore une cuillerée ! voilà déjà que vous y prenez goût. Croyez-moi, ce n'est pas si fade qu'on se l'imagine ; si vos muqueuses étaient moins enflammées, vous y prendriez plaisir. Qu'est-ce que vous demandez encore? Du Ledru-Rollin, cachet 48! Mais, mon pauvre ami, vous ne voulez donc pas guérir ! D'ailleurs ce breuvage-là ne se boit pas à la cuiller, mais au tonneau. Vous en aurez plus tard. Soyez tranquille, la provision ne s'épuisera pas.
Ce dialogue imaginaire entre le malade que nous sommes peut-être et un médecin de campagne bon hygiéniste n'est, hélas ! qu'un rêve, un peu puéril, et j'en ai peur, inconstitutionnel. Mais, comme dit le refrain, bien que ce soit un songe, cela fait plaisir. On ne peut pas toujours regarder du côté de l'avenir. Le présent n'est plus fait que d'après-demain. Seul, le passé offre des refuges aux gens qui, n'ayant pas mis toutes leurs idées en automobile, marchent encore à pied et pensent de même.
Le projet d'élever un monument aux hommes de la Restauration a quelque chose de paradoxal et de démodé, dont l'inopportunité me paraît charmante. Il faudra l'inaugurer au lendemain d'un pugilat parlementaire, pour que la fête dégage pleinement sa mélancolie. J'ai connu un chanoine archéologue qui me faisait admirer.
entre les contreforts d'une collégiale gothique, une petite fontaine Louis XV, surmontée d'un Cupidon évadé de Louveciennes. « C'est un anachronisme, observaitil, mais il est heureux. » Un anachronisme heureux ne ravit pas que les antiquaires; les politiques pourraient aussi y trouver leur compte.
A défaut de députés, il y a donc en ce pays un statuaire qui vit dans l'intimité du général Foy. Qu'il doit, par moments, se sentir gêné! Quand il cesse de converser avec cette ombre, comment fait-il pour reparler la langue du jour ? A l'heure où paraissent les fantômes et le Pelil Temps, que cherche-t-il dans les débats politiques? 11 doit avoir des visions nocturnes oîi la générosité de de Serre se mêle à l'ironie de Constant, où tonne Manuel, où Royer professe, où Fo}' discute comme on charge. Songez, en outre, qu'il ne rêve pas seulement d'une tribune, mais d'une presse digne du Panthéon. S'abonner à tous les journaux devient dès lors le moindre de ses devoirs.
On va donc saluer, et pourquoi pas } la statue d'un journaliste au temple de l'héroïsme et du génie. Par lequel faudra-t-il commencer ?
On a parlé de Paul- Louis Courier. Ce n'était, semblet-il bien, qu'un dilettante de littérature. Il aima les livres plus que les hommes. Nous voyons moins en lui un sujet de statue que le modèle, pour une compagnie savante, d'un buste exquis, de travail achevé. Ce fut une âme sans colère et sans hauteur. Gloire de vitrine et chefs-d'œuvre d'anthologie. Il lisait Plutarque dans le texte, mais, avouait-il, cela le faisait quelquefois « crever de rire ». Découvrir du comique dans Plutarque n'est pas le fait du premier venu ; il faut pour cela des dons d')?'îlléniste et l'humeur d'un soldat de la