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FEU LE GRAND CONCOURS " I7I

première fois. Le i6 Mai y subit la réprobation muette de l'Université qu'il suspectait. Jules Ferry, superbe, plein d'ardeur et de force, alors qu'il n'était pas encore victime de cette infâme léproserie qui sera une des hontes de l'histoire, — notre grand Ferry y a formulé son programme d'avenir. Il s'épanouissait au milieu de ces hommes d'études dont il avait gagné le cœur. Ce fut là qu'il vécut les meilleures heures de sa vie souffrante et sacrifiée. Gambetta se serait reproché comme une défaillance de manquer au rendez-vous annuel. Il y venait, avec Spuller, avec Paul Bert, avec Challemel. Il y donnait le signal des bravos et distribuait à tous les Petits Poucets glorieux des poignées de main d'Ogre bon garçon.

Le spectacle avait sa beauté, surtout depuis dix ans. En la nouvelle salle, majestueuse, les professeurs, dans leurs toges multicolores, semblaient les Pères d'un Concile laïque. Les costumes rehaussés d'hermine se mariaient gaiement aux claires toilettes des mamans ravies. Des plumes blanches de généraux, des palmes vertes, des tuniques de collégiens, des broderies d'ambassadeurs, de gracieux chapeaux féminins, — des hommes savants, des femmes élégantes et des enfants malins, n'était-ce pas là quelque chose qui résumait assez bien la France ? Les tranches dorées des belles éditions classiques, les parures des livres qu'on lira toujours, rangées sur les crépines d'or, étincelaient au soleil d'été. On entendait bien, dans la tribune de la garde républicaine, éclater, inattendus, des lambeaux de refrains d'opérette qui faisaient un bruit profane et forain. Mais un peu de cirque n'est pas pour déplaire dans les letes de la vanité. La belle dignité du recteur était là pour sauver tout. Siégeant en face du ministre.

entre ses deux massiers aux jupons noirs, Grcard, drapé de soie violette comme un évêque, impassible et le menton plongé dans les dentelles, paraissait un Largillière vivant.

Le soir, les prix d'honneur dînaient rue de Grenelle, à la table du grand maître de l'Université. Ce dîner, il était convenu qu'on devait le blaguer à l'avance, par respect humain. Mais on le mangeait avec plaisir et on le digérait avec fierté. Le dessert était servi aux normaliens de demain dans des assiettes de sèvres, décorées selon le beau louis-philippard, qui représentaient en camaïeu des profils de grands hommes et donnaient en belle écriture anglaise les dates de leur naissance et de leur mort. On s'instruisait encore en croquant des bonbons. Après le café, on fumait les cigares du gouvernement, et des membres de l'Académie française vous donnaient du feu. La décadence du Concours général date de l'abolition de ce dîner. Un beau jour, la Commission du budget, toujours vigilante, ayant besoin de consacrer quelques millions de plus à des dépenses électorales et patriotiques, exigea par compensation cette économie de dix-huit cents francs. Mesure austère et sage, qui ne suffit pas à ouvrir l'ère des excédents, mais qui mit fin à ce qui s'appelle un abus. Les lauréats ne furent plus nourris. Quand une institution commence à coûter moins cher, fût-ce de quelques centimes, c'est signe que sa fin devient prochaine. On supprima ensuite le discours latin, par modernisme. Puis on économisa sur les lauriers. La foi s'en allait.

Elle s'en est allée désormais, pour ne plus revenir.

Du livre ouvert à nos vingl ans Encore une page effacée.

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