‹ Au milieu des hommesChapitre 45 sur 69 · MAISONS CÉLÈBRES I · texte numérisé non relu

MAISONS CÉLÈBRES I

sauveur de l'avoir mis à même de terminer Mariamne et de revoir M"' de Livri. Cette jeune personne, qui était au théâtre, avait reçu d'Arouet quelques leçons de déclamation. Si nous en croyons certains madrigaux, d'une hardiesse cordiale, ces leçons auraient permis au professeur d'acquérir sur l'anatomie de son élève des notions intimes et précises. Le poète, tout en buvant ses deux cents pintes de limonade, rêvait au moment où pourrait reprendre entre lui et « Philis » cet aimable cours d'enseignement mutuel. L'idée d'être grêlé lui déplaisait et il s'écriait avec une angoisse lyrique :

Celte aimable beauté qui m'a donné sa foi Daignera-t-elle encor jeter les yeux sur moi ?

Voltaire ne fut pas grêlé. Il retrouva «> Philis », qui s'appelait en prose Suzanne-Catherine. Cette demoiselle termina sa carrière par un mariage riche. Mariamne put être achevée et fît un beau four.

Laissera-t-on disparaître un chef-d'œuvre d'architecture, dans lequel Voltaire s'est confessé?

Encore Lui et Elle

De qui parler, en ce moment, sinon de George Sand et de Musset ? Leur drame d'amour, vieux de soixantedix ans, est plus que jamais d'actualité. Je m'excuse de revenir sur ce sujet, alors que Marcel Prévost l'a traité ici même, avec autant d'équité que d'éloquence. Il annonçait la publication d'un livre, qu'aujourd'hui nous avons tous lu. Voici enfin, dans leur texte intégral, les lettres qu'échangèrent les deux amants. Les documents du procès nous sont tous fournis ; plus de dossier secret ni ultra-secret. Nous voyons les patients se tordre sous nos yeux ; nous pouvons juger des blessures qu'ils se firent et sonder leurs plaies. Ceux qui aiment à prononcer des sentences ont les pièces en main.

Un mot quant au livre lui-même. Un avocat célèbre, doublé d'un lettré passionné, M. Félix Decori, prend sur lui de publier cette correspondance, si impatiemment attendue. D'aucuns critiquent son initiative. La respectée M""" Lardin de Musset, dans un sentiment aussi vénérable qu'exagéré de piété fraternelle, proteste et parle de droits violés. Je me garderai bien

d'aborder la question juridique; j'imagine que Decori connaît son Code. Souhaitons qu'on épargne aux ombres éplorées de Musset et de Sand le ridicule d'une querelle de propriété littéraire. 11 y a bel âge que ce prétendu secret est violé par tous, et des deux côtés. Nous nous souvenons du livre, si vivant, de M. Paul Mariéton, où les lettres du poète des Nuits furent divulguées, sinon complètement reproduites. L'essentiel était connu depuis longtemps. L'intérêt de la publication nouvelle vient de ce qu'elle nous donne, en un seul cahier de musique, la plainte alternée. Elle nous fait assister, comme en un champ clos, à tout le duel, attaques et ripostes. — Un tel livre était dû à l'histoire.

On ne peut s'empêcher de sourire en entendant parler d'indiscrétion, voire de scandale, alors qu'il a coulé tant d'encre et de toutes couleurs. Ceux qui débitaient la vérité à petites doses ont-ils le droit de se courroucer parce qu'on la verse enfin largement.^ Tous les arbitres, nombreux et qualifiés, qui furent consultés jadis, considéraient qu'un jour ou l'autre le grand public devrait tout connaître. C'était l'avis formel d'Alexandre Dumas qui avait dit, en 1892 : « Nous devons cette publication à la mémoire de l'illustre morte. » On connaît la longue lettre que George Sand adressait à Sainte-Beuve, le 20 janvier 1861. Voici la réponse de Sainte-Beuve, un document inédit que M. Félix Decori communique obligeamment au Figaro:

Ce mercredi.

Guère et illustre amie,

Je n"ai vu ^\. Aucante que d'hier. iMe voilà au fait. Je vais lire et réfléchir. Ma première idée est qu'en effet il faut assurer l'existence de tout cela. Le moyen peut être ïûr, sans publication proprement dite. Nous en causerons. J'étais au

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