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A PROPOS DE PROPRIETE LITTERAIRE

des Provinciales, en eût fait un pieux autodafé ? Hier encore, les héritiers d'un des plus vastes esprits du dixhuitième siècle, hobereaux bien pensants et siégeant au banc d'œuvre, recelaient, par dévots scrupules, les papiers inédits de leur aïeul. Sachons-leur gré de n'avoir pas poussé le zèle jusqu'à les brûler.

Détruire, voilà l'acte qu'aucun Code ne sauriit permettre. L'histoire de la pensée, toujours à récrire, a besoin, pour son évolution perpétuelle, que toutes les manifestations des esprits d'élite demeurent, intangibles, à la disposition de sa curiosité sans cesse en travail. Les moindres brouillons des maîtres sont dus à la postérité : elle s'en arrangera selon ses besoins. Ceux qui sont fils d'un sang illustre doivent payer cet honneur en se résignant à n'être que les bénéficiaires momentanés, les dépositaires surveillés de la pensée de leurs pères. La loi qui, heureusement, protège les vieilles pierres et limite la propriété foncière quand elle consacre une gloire ou revêt un aspect de beauté, a peut-être là une lacune à combler. On pourrait y songer au Palais- Bourbon, en fin de séance. Serait-ce du socialisme ? j'en ai peur. Après tout, c'est la mode. S'il est permis de redouter certains hommes, il ne faut jamais craindre les idées.

Vienne bientôt un nouveau procès et souhaitons qu'il s'engage dans un ressort du département de l'Aisne. M. le président Magnaud trouvera rarement une occasion meilleure d'ajouter quelque rallonge aux Tables de la Loi.

Invitation au Voyage

L'Exposition des Primitifs tourne au grand succès. On s'écrase en toute élégance devant les panneaux des anciens maîtres. Leur génie retrouvé est en passe de devenir la mieux portée des nouveautés de ce printemps. Perréal, plutôt obscur hier, a une presse parfaite. On apprécie Enguerrand Charonton aux « cinq heures » des dames. Nos mondains s'instruisent, et c'est gentil à eux. Pareille aventure leur était arrivée, voici trente ans, lorsque la Comédie-F'rançaise s'avisa de donner à la soirée du mardi un caractère élevé. Une femme exquise, qui entendait alors les Plaideurs pour la première fois, daigna en goûter le charme et résuma son impression dans cette phrase lapidaire, aujourd'hui oubliée: « Moi qui habituellement n'aime pas Molière, c'est drôle, je m'amuse à cette pièce-là. » Pouvait-elle mieux dire ? Adorable enfance du cœur! 11 y a plus de joie au ciel pour un snob qui admire que pour un savant qui découvre, ou pour un poète qui crée.

Ne disons pas de mal du snobisme. Rien n'est possible sans lui; avec son concours tout devient aisé. Il nous accorde licence désormais d'affirmer, sans ridicule, que

le terroir natal produisait des peintres, plusieurs siècles avant la création des Salons. Puisque les heureux dispensateurs de toute renommée sont en veine d'apprend re, maintenant qu'ils ont honoré les vertus des vieux imagiers de France, ils feraient bien de visiter la France elle-même. Ils ne sauraient croire à quel point c'est une curieuse contrée.

Voici précisément un livre, les Chefs-d'œuvre des musées de France, qui vient à point pour servir de guide aux personnes zélées qui seraient désireuses d'explorer leur propre pays. Son auteur, M. Louis Gonse, un écrivain vaillant qui a voué sa vie au service de l'art, avait déjà consacré aux ouvrages de peinture un premier volume, aujourd'hui épuisé. Il nous donne à présent l'inventaire complet et le commentaire passionné des sculptures, dessins, orfèvreries, émaux, ivoires, merveilles de toutes époques et de tous styles, que renferment nos collections provinciales. Les musées de province avaient grand besoin qu'un champion éclairé prît leur défense et soutînt leur querelle. Ils sont méconnus parce que inconnus. Si les gens y pénètrent, c'est par.hasard, quand il pleut, parce qu'il faut tuer une heure entre deux trains. Les touristes y viennent errer, distraits et maussades, parmi les haches préhistoriques ou les mammifères empaillés, stationnentun instant devant la vitrine où brillent les décorations et les tabatières du Maréchal ou de l'Ingénieur nés natifs du lieu, consultent leur montre et courent à la gare. Ils ont passé à côté d'un chef-d'œuvre, parfois de plusieurs, faute d'avoir été conseillés, comme désirait l'êtrece sage qui disait, avant de s'endormir au concert :

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