‹ Au milieu des hommesChapitre 64 sur 69 · L ART D^ S UNIFIER · texte numérisé non relu

L ART D^ S UNIFIER

éclairé, de se passionner à ce point pour que telle couleur, plutôt que telle autre, flotte au bout d'un mât dans un carré de toile. J'irais aussi loin qu'il le faudrait pour me faire huer abondamment. Et quand j'aurais lu sur chacune des petites frimousses un désir, violent et unanime, de me baigner dans la mare, alors, avouant le subterfuge à mes moutards, je les embrasserais tous et je leur donnerais un jour de congé. Si après cela j'étais mal noté, je saurais pourquoi.

Un autre jour, tandis que certains de mes confrères seraient allés au chef-lieu demander la tête du président du Conseil et une augmentation de traitement, je ferais ma leçon sur cette récente séance du Parlement italien où tous les partis de la Péninsule viennent de saluer les mânes de Mazzini. Encore un qui tenait à avoir une patrie particulière et à mettre l'idéal dans ses meubles!

Admirable génie, réaliste et poétique à la fois, que celui de cette race italienne où les divisions entre compatriotes ne sont que distractions éphémères et manières de passer le temps! Là-bas, toutes les nuances du prisme politique se fondent, au premier signe, dans la lumière blanche; l'intérêt national imprime le mouvement de rotation et, dès qu'il le faut, l'unité resplendit aux yeux de tous. Ont-ils assez méconnu Mazzini de son vivant, à en croire le mensonge des apparences ! Ses brochures étaient saisies, ses manifestes censurés, méconnues ses intentions, calomniées ses démarches; les mouchards le traquaient comme un scélérat et les tribunaux le condamnaient à mort. Cavour l'exécrait et Garibaldi ne l'aimait guère. Au fond, proscripteurs et proscrit, souverains et tribun, clergé et carbonarisme, ili s'entendaient tous entre nourrissons de la louve

sacrée. Tous communiaient, chacun dans sa chapelle, sous les espèces de l'Italie unifiée. Quand enfin ils entrèrent à Rome, par la brèche de la porta Pia, -Mazzini, selon son habitude, était dans un cachot à Gaètc. Il était plus présent que quiconque à la fête. Il n'avait pas besoin d'assister au dernier acte du drame : la pièce était de lui.

Aujourd'hui, c'est le centenaire du conspirateur. Toute l'Italie se lève dans le même élan. La gloire de ï Apostolato popolare est fonction de la grandeur italienne. Son buste est au Capitole, sa mémoire au Panthéon, son âme dans toutes les âmes. Jadis, quand il ne conspirait pas avec les princes de Savoie, il les accablait d'anathèmes . Maintenant c'est l'héritier dTIumbert aux Blanches Mains, le fils de la plus vieille féodalité d'Europe, qui embaume selon les rites le saint du carbonarisme. Ils avaient toujours été, à travers les coups et les injures, les meilleurs amis du monde. « Rome républicaine combattra à côté du Piémont monarchique », disait Mazzini, aux temps héroïques. Il écrivait au Pape : « Faites mon œuvre, si vous le pouvez, et je suis votre homme. Nous nous querellerons après, quand nous serons chez nous. » Triumvir, il faisait promener le saint sacrement dans le Transtévère. Tous les moyens pour un but unique, c'est ainsi qu'ils entendent la politique au pays de Machiavel. J'ouvre un dictionnaire, le premier venu, j'en ouvre un autre, j'y cherche la définition du prophète de l'unité italienne; la réponse est partout la même : « Mazzini (Joseph), né à Gênes, patriote italien. » Rien ne vaut les dictionnaires pour mettre les gens à leur place et leur conférer leur vrai titre. Des idées secondes de Mazzini, de son socialisme à base chrétienne, de son

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