‹ Au milieu des hommesChapitre 8 sur 69 · M"' DE POMPADOUR · texte numérisé non relu

M"' DE POMPADOUR

Un coin délicieux entre tous de notre Versailles, c'est la pièce d'angle des anciens appartements du Dauphin. De larges baies l'inondent de la fine lumière qui vient de se rafraîchir sur les parterres d'eau. Aux lambris pendent quelques images, immortellement jeunes, de dames du passé. Aucun lieu du monde n'exhale plus délicatement le parfum de France.

Naguère encore, c'était une salle de musée, semblable à toutes celles qui sont manquées. Quelqu'un est venu qui a mis la vie à la place de la mort et chassé l'ennui. Si les passionnés d'art n'ont besoin de personne pour savoir ce qu'ils doivent à M. Pierre de Nolhac, est-ce une raison pour ne pas le redire ?

Ne soyons point ingrats, et reconnaissons que sans Louis-Philippe et son zèle bousilleur, c'en était fait de Versailles et de ses beautés. Quelque Institut agronomique prospérerait aujourd'hui dans son décor profané.

Le Roi-Citoyen a traité ce condamne à mort par les procédés que Toinette médecin suggère à son maître : ici un œil crevé à propos, là un bras amputé, des dents arrachées un peu partout, beaucoup de membres sacrifiés pour sauver le corps. Que toutes ces ablations fussent nécessaires au salut du malade, il n'est pas injurieux d'en douter. Mais il a survécu, voilà l'essentiel. Après tout, sachons gré à Louis-Philippe de nous l'avoir tant bien que mal conservé. C'était un prince actif qui aimait les immeubles avec plus de ferveur que de critique, et qui servait l'histoire en lui appliquant les méthodes d'un propriétaire foncier. Il eut dans les questions domaniales une manière de génie. Il rêvait d'un musée des Gloires de la France et parvint à le créer, au moins sous la forme d'un hospice. Comme il avait de Tordre et de la conscience, il fit dresser un inventaire complet des grands hommes, de Mérovée à Sébastiani ; à chaque numéro devait correspondre une image, belle si possible, authentique au besoin, au moins vraisemblable. Le Roi ayant horreur du vide, si des lacunes venaient à se produire, il y suppléait par ces stratagèmes ingénus qui nous aident à comprendre pourquoi Henri Heine le surnommait le « moderne Ulysse ». Des fonctionnaires intelligents allaient partout, raflant les portraits. On apportait à Neuilly un chevalier, rongé des mites, découvert dans le pigeonnier d'une gentilhommière ; si par bonheur le personnage était pourvu d'un casque à cimier, l'excellent souverain se plaisait à y retrouver le Bayard ou le Gaston de Foix dont la fiche manquait au casier. Vite, il consacrait un crédit modeste à reconstituer l'éclat de l'armure ou le pathétique du regard, et nos pères avaient ainsi, sans dilapidation des deniers publics, un gloire nationale de plus. Quand le

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