A KARL LIPINSKI
Hanovre, 28 mars 1854.
Mon cher Lipinski,
Je suis arrivé ici cematin, et dés demain nous commencons nos répétitions pour le concert du 4° avril. Tout ceci est un enfantillage en comparaison des choses que nous allons avoir & faire 4 Dresde; c’est pourquoi, mon cher Lipinski, je vous écris et je commence a vous ennuyer dés aujourd’hui,
[Suivent des instructions minutieuses sur le matériel
nécessaire 4 l’exécution et le travail préparatoire des répétitions. Nous en détachons seulement quelques extraits.]
Recommandez-moi a M, Fischer, le directeur des
cheeurs‘ que je n’ai, malheureusement pas, l’honneur de connaitre, Je ne connais pas non plus les chanteurs auxquels M. le baron de Liittichau aura confié les soli de Faust, Méphistophélés, Marguerite, Brander, et ceux du Pater Lorenzo, du Ténor, et du Contralto dans Roméo. Mais je ne doute pas que ces parties soient entre bonnes mains, M. de. Liittichau me témoignant les dispositions les plus bienveillantes. See treet g Big in ae ee gs git tee
Il vaut mieux, pour ces deux concerts, ow la partie vocale est si importante, laisser l’orchestre en bas a sa place ordinaire et avoir des gradins sur le thédtre pour les chceurs, arrangés de maniére & ce que les derniers rangs des choristes puissent bien me voir, Nous fimes ainsi 4 Hanovre il y a quatre mois et le résultat fut excellent.
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Sil’on pouvait avoir pour la derniére scéne? (le Ciel) un cheeur supplémentaire de petits garcons (enfants de cheeur) ce serait bien utile. — Je ne sais ce que les églises de Dresde pourraient nous fournir en ce genre, ni a quelles conditions, Veuillez vous en infor mer,
Je vous prie de saluer de ma part M. le baron de Liittichau, ainsi que M. et madame Pohl que je serai
1. Un des amis de Wagner a Dresde: voy. Ja correspondance de ce dernier avec Heine, Uhlig et Fischer. 2. De la Damnation de Faust.
trés heureux de revoir. Mettez le comble & votre complaisance, mon cher Lipinski, en m’écrivant & - Hanovre avant le 2 avril ce que vous croyez utile de me faire savoir. Je tiens immensément & ce que nous fassions a Dresde quelque chose d’exceptionnellement bien et je compte sur vous pour m’aider a y parvenir. Adieu, & bientdt, mille et mille amitiés, votre tout
dévoué H. BERLIOZ.
Nous nous rappelons, ma femme et moi, au souvenir de votre charmante famille.
Le Monde musical, 30 décembre 1912.
A FRANZ LISZT
Hanovre, vendredi 31 mars 1884.
Cher ami,
Joachim vient de m’apporter ton billet. Je n’avais pas recu ta lettre adressée & Paris. Je viens d’écrire pour qu’on Uenvoie sur-le-champ la copie de la grande partition de Benvenuto. Remercie de ma part M. Cornelius pour la peine qu’il s’est donnée et quil se donne encore; je ne sais comment reconnaitre de telles marques d’intérét et de sympathie.
Je pars dimanche (aprés-demain) pour Brunswick, ou Charles Miller me fait prier d’aller prendre part
au concert qu’il donne le 3 (mardi). De 1a je t’écrirai encore pour t’indiquer le jour ou je pourrai aller 4 Weimar remplirauprés du Grand-Duc un devoir dont Vaccomplissement a été trop retardé.
Le concert d’abonnement qui aura lieu ici demain s’annonce bien. La répétition de ce matin a été admi-
rable; cet orchestre est merveilleux; il ne Jui manque
que des timbaliers qui sachent jouer des timbales et compter leurs pauses. Nous avons deux harpes, des instruments 4 vent exquis, une superbe bande d’orchestre, qui chantent avec une ame.., J’ai été vraiment bien heureux. Le Roi a voulu que le programme fit exclusivement composé de ma musique. Nous donnons (pour la premiére fois ici) la Fantastique, deux morceaux de Roméo, demandés par la Reine, le Roi Lear, la Romance de Violon que Joachim joue en jeune maitre, trois fois maitre de son art, Absence, chanté trés bien par madame Nottés, et la chansonnette du Pdtre Breton. Toutcela va on ne peut mieux,
Joachim m’apprend que tu vas & Gotha‘ diriger la premiére représentation du nouvel opéra du Due, Il m’a invité (le Duc) derniérement 4 Paris 4 aller entendre son ouvrage. Malheurevsement cette excursion me sera impossible, je suis d’ailleurs mal 4 l’aise avec son Altesse qui me regarde comme une espéce
4, Ernest II, grand-duc de Saxe-Cobourg-Gotha, a composé et fait représenter plusieurs opéras, notamment, a lOpéra de Paris, en 1853, Sainte Claire, qui n’obtint pas de succes.
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de mezzomatto (?) et quia faitaé Paris dela propaganda en ma défaveur. Le Duc a entendu Benvenuto & Londres et ne peut me pardonner d’ayoir écrit une partition qui s’accorde probablement fort peu avec Vidée quwil se fait de la musique dramatique, C’est
au reste tout ce qu'il connait de mes méfaits. J’ap-
prends aussi que M. de Biilow est & Dresde, je serai
charmé de le revoir; je sais le grand cas que tu fais ©
de lui, et l’on ne trouve pas partout, assis sur les bornes, de jeunes artistes de sa trempe préts & vous tendre une main amie, Adieu, & bientdt, Ton dévoué, H. BERLIOZ,
Letires a Liszt, I, 326.
A SA SQBUR ADELE
Brunswick, 4 avril 1834.
Chére sceur,
Louis m’écrit qu’il ne sera pas inactif aussi longtemps qu’ille craignait et qu’il n’ira pas te voir. Ainsi ne sois pas surprise de ne le point voir arriver,
J’écris une longue lettre & mon oncle qui m’a, non sans raison, reproché derniérement de lui donner rarement de mes nouvelles. Je lui raconte ce que je fais en Allemagne, tu la liras, pour que jene te fasse
‘pas une seconde fois le méme récit, et tula lui enver-
Yas soit & Montpellier soit Tournon’.
Adieu, je tembrasse de tout mon cceur,
Ton déyoué, H. BERLIOZ,
P.-S, — Je ne serai & Dresde que le 12; tu peux m’y écrire Poste restante.
(Au verso) :
Mon cher Suat,
J’espérais presque recevoir une lettre de vous ces jours-ci. Vous avez pu voir par la mienne du mois dernier que j’ai mal compris ce que vous m/aviez conseillé de faire. Je m’en suis aperc¢u trop tard. Cet inventaire me cotte encore de l’argent et va soulever des difficultés au sujet de la succession de mon pére. Je vous demande s’il ne serait pas encore possible de revenir la-dessus et.de faire émanciper Louis
comme vous m/’aviez dit, afin qu’il me. fasse une
simple déclaration de la non-value du mobilier de Montmartre. Soyez assez bon pour m’écrire un mot 4 Dresde. Vous obligerez abe
Votre tout dévoué, H, BERLIOZ,
Communiqué par madame Chapot.
4, Cette lettre n’a pas été retrouvée.
A SON FILS, Dresde 14 avril 1854 (Cor. inéd. 209). Le vais-
seau de Louis Berlioz part pourla mer Baltique (pendant la guerre avec la Russie). Adieux et encouragements, Nouvelles de son voyage en Allemagne.
A FRANZ LISZT
Dresde, 14 avril 1854.
Cher ami,
Je viens d’envoyer a M. de Sacy, rédacteur en chef du Journal des Débats, Varticle dont tu désires la publication, Je l’ai recommandé trés chaleureusement. Je n’y ai rien changé et je suppose qu’on n’y changera rien !, :
Je regrette aussi de mon cdté d’avoir été si pressé par le temps et de n’étre pas allé & Weimar, d’autant plus que si le concert qu’on m’annonce a Darmstadt a lieu le 7 mai, comme on le voudrait, j’auraia peine en quittant Dresde douze heures a to donner en pas- - sant.
Je n’ai pas recu le paquet que tu m’annonces ; il arrivera sans doute dans la journée, As-tu entre les
4. Aucun article portant la signature de Liszt n’a paru dans les Débats au cours du trimestre qui a suivi cette lettre ; 1854 fut d’ailleurs une année particuliérement active dans sa production littéraire : écrits sur la musique dramatique de Gluck, Beethoven, Weber, Mendelssohn, Meyerbeer, Schubert, Au-
ber, Bellini, Boieldieu, ete. (voir seg Gesammelte Schriften, et Cuanravomne, Liszt, p. 244),
mains maintenant la grande partition de Benvenuto? Je pense qu’elle t’est parvenue. J’ai vu Fischer, mais je me suis abstenu jusqu’a présent de parler de nos projets pour mon opéra. M. de Liittichau peut sans doute plus que tout autre dans cette affaire et je lui en parlerai.
Je vois souvent M. de Bilow qui est un digne et charmant gentleman, II m’a déja trouvé un si grand nombre de fautes de gravure dans la partition de Faust que je t’avais apportée, que je la remporterai & Paris pour les faire corriger. En revanche je te laisserai ainsi qu’é M. Cornelius des exemplaires de 1’édition de Kistner de la Fuite en Egypte. ll vient de me les envoyer avec une stupide faute de prosodie de deux vers allemands, faute qui s’est reproduite dans la grande comme dans la petite partition.
Je serais bien heureux que M, Cornelius voultt se charger de traduire aussi l’Arrivée d Sais que j’achéve dinstrumenter ici. Mais, aucun éditeur allemand ayant jusqu’a présent le courage d’acquérir ce nouvel ouvrage (Kistner l’a refusé, triple rat...), je ne saurais quel arrangement prendre avec M. Cornelius qui a, déja, beaucoup trop écrit pour le roi de Prusse, Plus tard je lui écrirai 4 ce sujet et je le prierai de me dire franchement ce que je puis faire pour |’indemniser de son travail. C’est trois fois plus considérable que la Fuite en Egypte et plus difficile a ajuster a la musique. Beale publiera sans doute cela en
anglais, mais seulement quand j’aurai écrit une troi-
sigme partie & cette petite Trilogie biblique. Cette. 4
troisiéme partie, qu’il est venu me demander a Paris,
serait en fait la premiére et aurait pour sujet le Mas-
sacre des Innocents. L’ensemble figurerait ainsi dans
Vordre historique aux concerts de musique sacrée: 4° Le massacre des Innocents
2° La fuite en Egypte
3° Larrivée 4 Sais et cela durerait une heure et demie,
Je-commence & voir poindre Je plan du Massacre pour lequel Chorley m’a donné lui aussi quelques idées,
Adieu, cher ami, je te tiendrai aucourant des nouvelles Celliniennes s’il y en a.
Mille amitiés, ton dévoué
H. BERLIOZ
P,S, — Il-y a je ne sais quel mystére & Hanovyre, Je n’en puis obtenir aucune nouvelle, pas méme de notre ministre de France. On m’avait annoncé de la part du Roi la Croix des Guelfes; on devait me I’envoyer & Brunswick, et je n’en ai pas entendu reparler, J’ai écrit & trois personnes, aucune ne m’a répondu, Que diable y a-t-il?
Lettres @ Liszt, 1, 230.
AU MEME
Dresde, 45 ou 16 ayril 4854,
Cher ami, Je recois a J’instant une lettre de M. Pohl. Dans le eas ou il ne serait pas encore parti quand celle-ci te parviendra, prie-le de m’apporter la petite boite contenant mes croix qui a dd arriver de Paris 4 Vhotel du Prince héréditaire. Madame Pohl arrivera a temps pour la répétition de samedi matin. Et cela lui suffira certainement. Richter ne s’est pas trop mal tiré de la partie de deuxiéme harpe ce matin. L’orchestreest merveilleux, lechceur trés bon; Fischer est trés bon,.. homme mais... Biilow te donnera des nouvelles de sa maniére d’accompagner et d’ensci- -gner les cheeurs.
M. de Liittichau voudrait que /aust marchat samedi prochain : j’espére qu'il n’en sera rien. Les chanteurs - solistes n’ont pas encore regardé leurs roles; ils feront demain leur premiére répétition au piano. Dieu veuille que nous ayons un accompagnateur qui frappe au moins un accord juste sur deux, et qui ne joue pas dans le mode mineur quand on chante’ en majeur.., Mille tonnerres!
Lipinski m’a demandé la partition de Benvenuto; je la lui ai prétée, nous la donnerons ensuite a Fischer, - qui n’y verra que du feu, Puis je parlerai 4 M, de
Liittichau en le priant de lire le livret que M. Cornelius a bien voulu terminer et copier avec tant de soin,
Adieu, je n’ai que Je temps de te serrer la main et de me dire
Ton dévoué H. BERLIOZ.
P. S, — Warticle sur l’opéra du duc de Gotha a-t-il paru‘ ? Je ne puis trouver ici l’occasion de lire le - Journal des Débats,
Lettres a Liszt, I, 332.