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Je t’écris quelques lignes aujourd’hui, parce que tous les jours prochains de cette semaine je serai dans les répétitions du matin au soir. Comme nous redonnons Faust ce soir, nous laissons notre monde vocal et instrumental reprendre haleine. J’ai assez fatigué Vorchestre hier. A la seconde tentative, le Scherzo de Ja /’ée Mab a marché sans faute du commencement a la fin. Je n’en reviens pas. Cet orchestre est merveilleux. M. de Liittichau est de plus en plus gracieux. Reissiger’ me comble; il m’embrasse, il me fait des vers... Curieux. La presse, me dit-on, est aigre-douce; plus aigre que douce. J’ai eu la visite de M. Banck, le critique influent, qui m’a écrasé de son air capable et de son flegme protecteur; il parait qu’il compose des lieder et admire Mozart exclusivement. I] m’a accordé, dit-on, quelques morceaux tels que la Course dl’ Abime, le cheeur des Sylphes, la Marche, et une certaine pvissance de combinaison; mais je manque totalement d’idées. Nous attendons l'article du Constitulionnel de Dresde qui paraitra ce soir et doit me foudroyer, car il est plus exclusivement mozartiste encore que son confrére, et il n’admet aucune des derniéres compositions de Beethoven ni méme celles de sa seconde maniére. J’ai envie de faire comme mademoiselle Clauss, qui est allée demander des lecons de piano & Davison pour avoir
4. Un des maitres de la Chapelle de Dresde, fonction qu'il avait partagée naguére avec Richard Wagner.
Vappui du Zimes et du Musieal World; peut-étre nos messieurs voudront-ils bien me donner quelques lecons de composition. Biilow rit de tout son cceur de leurs naivetés. Heureusement, nous avons pour nous le public et la masse entiére des artistes dont Vardeur est extréme, 3
Nous donnons les deux ouvertures de Benvenuto au concert de samedi, C’est une idée de Biilow, que je crois bonne. Madame Pohl est toujours malade et ne peut quitter la chambre.
Adieu, je te quitte pour répondre & Joachim qui vient de me donner des nouvelles de Hanovre et qui croit que j’ai regu depuis quelques jours la croix promise e glidanari, et je n’ai rien regu ni lune, ni les autres.
Ton dévoué, H, BERLIOZ,
Lettres a Liszt, 1, 334.
A JOACHIM
Dresde, 26 avril 1854.
Hotel de l’Ange d’Or.
Mon cher Joachim,
Je vous remercie de m’avoir donné de vos nouvelles, et je suis vraiment désolé de l’ennui que vous causent mes affaires. Je n’y reviendrai plus; quand on m’enverra quelque chose, je le verrai bien, mais
jen’y veux plus penser. J’ai écrit 4M. de Platen, qui ne m’a pas répondu. Je n’ai pas dit un mot de la question de l’argent; j’ai insisté pour savoir 4 quelle époque je devais me rendre & Hanovre l’hiver prochain, pour remplir ’engagement que j’ai pris avec le Roi de lui faire entendre Roméo et Juliette. Cela, vous le concevez, n’est pas indifférent, 4 cause du temps qu’il faudra employer au thédtre pour les études vocales, 4 cause des artistes qu'il faudra faire venir de Brunswick et méme de Hambourg (selon la gracieuse volonté du Roi) et enfin & cause de mes propres affaires que je devrai arranger en conséquence. Je dois aller en Baviére cet été, j’irai peutétre aussi & Hambourg plus tard, il faut que je puisse combiner ensemble ces divers voyages. Mais, mon cher Joachim, ne vous occupez plus de cela ; maintenant que M. de Platen a recu ma lettre, il fera ce qu'il jugera convenable. M. Nieper devait venir ici pour entendre Faust et m’envoyer les paroles allemandes qu il a eu la bonté d’écrire sur La Captive ; je n’ai vu ni lui, ni ses vers. Maust a é6é exécufé d’une maniére foudroyante, incomparable, merveilleuse. Quel malheur que je ne puisse vous faire entendre cela! Nous le redonnons ce soir; M, de Lit tichau me l’a redemandé tout de suite avant de sortir de la salle samedi dernier. La Héllenfahrt et le Pandemonium ont produit une impression extraordinaire sur le public, Les journaux aigres-doux de
Dresde conviennent que c’est quelque chose. J’espére que ce soir l’exécution sera encore plus belle. Samedi prochain nous donnons Roméo et Juliette, la Fuite en Egypte et les deux ouvertures de Benvenuto Cellini. L’orchestre et les chceurs et les chanteurs sont d’une ardeur, d’un dévouement, d’une patience, d’une intelligence, d’un enthousiasme qui vous feraient plaisir. Et quels musiciens! !...
Adieu, je vous serre la main, ou les mains (ces deux savantes mains) de toute la foree de mon amitié et de mon admiration.
Votre tout dévoué, H. BERLIUZ.
Briefe ven und an J. Joachim, J, 186.
A GRIEPENKERL
Dresde, mercredi 26 avril 1854.
Mon cher Griepenkerl,
Je vous écris ces dix lignes, pour que vous sachiez
qué Faust aeu ici un suceés extraordinaire auprés du public et des artistes. Aprés la premiére exécution, M. de Liittichau est venu me complimenter sur la scéne et me demander de donner Faust encore une fois trois jours aprés. Il a donc été exécuté encore mardi (avant-hier) devant un auditoire plus chaud encore que celui du premier jour. Samedi prochain
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nous donnons Roméo et Juliette, la Fuite en Egypte et les deux ouvertures de Benvenuto Cellini.
Tous les artistes sont dans un transport de fureur contre un article de M. Banck, qui prétend, comme votre monsieur de Brunswick et d’aprés l’avis de celui de Hanovre, que je ne suis qu'un calculateur de notes sans idées...
Hier a paru un autre article dans la Gazette constitutionnelle de Dresde, d’une naiveté adorable, ou Yon me reproche d’avoir calomnié Méphistophélés en le faisant tromper Faust... Car Méphistophélés est un démon vertueux et honnéte qui ne manque pas & sa parole... De plus ce naif rédacteur proteste solennellement contre la chanson des Etudiants, en assurant que jamais des Etudiants allemands ne sont allés querentes puellas per urbem... O sancta simplicitas !... Il faut que j’aie lu cela pour le croire.
Ce qu'il ya de sar, c’est que les deux derniers actes de Faust ont produit encore plus d’effet que les deux premiers et que la Course a l’abime, le Pandzmonium, la Ballade du Roi de Thulé, les Follets, V Hymne 4 la nature, Vair de Faust dans la chambre de Marguerite, m’ont gagné (je vous le jure) tous les cceurs musicaux de Dresde.
Reissiger est trés bon, d’une chaleur incomparable; il m’aide de tout son pouvoir; il assiste & toutes les répétitions du cheeur et de l’orchestre; enfin il se conduit admirablement.
M. de Liittichau m’a déja parlé plusieurs fois pour me faire entendre qu'il voudrait bien me garder & Dresde et me donner la direction de cette incomparable chapelle... comme je lui répondais que la place nétait pas vacante, il m’a dit: « Ah! elle pourra le devenir, » Hier il a donné un grand diner d’artistes
en mon honneur, ow se trouvaient le ministre del’Inté-
rieur et toutes Ies tétes de la chapelle (excepté — Krebs...)
Je vous envoie un livret de Faust, avec la préface que j’ai eu la faiblesse d’écrire pour répondre aux incroyables stupidités que certains journaux ont répandues 4ce sujet+,
Plusieurs< personnes de Dresde trouvent que j’ai tant de mille fois raison que ce n’était pas la peine de répondre,
Comment! je ne puis pas faire comme les autres compositeurs et prendre dans un poéme illustre des situations musicales, les arranger & ma fantaisie, sans exciter la fureur des hommes de lettres allemands ? C’est de limbécilité pure, Est-ce que les Anglais se sont jamais avisés de me reprocher d’ayoir mutilé Shakespeare en faisant mon livret de Roméo et Juleite?...
Est-ce que Shakespeare est moins respectable que Goethe ?,,,
4. Cette préface a été insérée en tate de la premiére édition dela Damnation de Faust publiée chez Richault.
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Je crois qu'il se fait en ce moment daris l’esprit de certains critiques allemands une fermentation contre moi, qui augmentera au fur et & mesure que jobtiendrai plus de popularité musicale en Allemagne, Eh bien, quils ne se génent pas, je serai heureux de remarquer l’accroissement de leur fureur,
Mais m/’attaquer comme /ibrettiste, c'est par trop béte.
Adieu, cher ami, je compte sur une magnifique exécution pour samedi. Je vous dis en confidence que je n'ai jamais vu un orchestre pareil 4 celui de Dresde, tout composé de jeunes gens et de virtuoses ! Quel changement !... depuis onze ans,
Votre tout déyoué, H. BERLIOZ, Hotel de VAnge d’Or,
Je serai ici jusqu’aé mardi prochain.
P.-S, — lly a ici un acteur, M, Davison, qui m’a parlé de vous. Il a diné hier avec moi chez M. de Liittichau; il est dans un enthousiasme curieux. Il a assisté a la seconde exécution de Faust, Lipinski est dans un véritable délire; les musiciens me serrent les mains, m’embrassent, je ne sais auquel entendre..,
Marie vous dit mille choses.
Je n’ai encore rien regu de Hanovre, nicroix ni argent. Et Joachim m’écrit que je dois avoir depuis
‘ae huit jours l’une et l’autre. "4 ; ‘ 1B Communiqué par M. Rosenthal. 5 1 ,
Bae A FRANZ LISZT = |Dresde], dimanche 30 avril [1854]. :
~Cher ami, ; R
aes Je vécris six lignes, seulement pour te prévenir que je partirai d’ici mercredi prochain seulement, M. de Liittichau veut répéter demain lundi le concert dhier qui était splendide, avec grand monde, grand enthousiasme et magnifique exécution. Il eft peutétre mieux valu rester sur ce bouquet, mais j’aicon- __ senti et je reste en conséquence deux jours de — plus.
Je serai done & Weimar mercredi soir.
Adieu, ces quatre concerts de Dresde, auront, je = lesptre, de bons résultats.
Mille amitiés.
Tout a toi,
H. BERLIOZ. ra
Communiqué par la princesse de Hohenlohe. ; S
A SA SOQEUR ADELE
Paris, 10 mai 1854.
Chére sceur,
Jarrive, et j’apprends & Paris que deux de mes amis A qui j’ai écrit de Dresde n’ont pas recu mes lettres. Fais-moi savoir tout de suite si tu es dans le méme cas; je t’ai écrit vers le 29 ou le 30' en te donnant des détails sur mes bonheurs de Dresde et Vannongant que j’allais 4 Weimar faire une visite a Liszt et au jeune Grand-Duc.
Je te disais en outre que je seraisa Paris dimanche dernier et te priais d’en informer Camille.
Les artistes de Dresde sont venus en corps me conduire au chemin de fer, et ceux de Weimar, qui sayaient que j’arrivais, sont venus m’y attendre et m’y reconduire & une heure du matin.
Il y aen Allemagne des gredins comme partout, mais il faut avouer quwiil y a bien plus de cordialité et un plus profond sentiment de l’art que dans le reste de l'Europe. On m’y a comblé de toutes les marques de sympathie, de respect méme, et d’une affection qui me touche jusqu’au fond du coeur.
J’y gagne de l’argent en outre, et ce n’est que par cette chére Allemagne que je vis. Ce contraste avec