‹ Au Milieu Du Chemin 1852-1855: CorrespondanceChapitre 49 sur 67 · Le vaisseau sur lequel était monté Louis Berlioz faisait · texte numérisé non relu

Le vaisseau sur lequel était monté Louis Berlioz faisait

partie de la flotte qui & ce moment bombardait Bomarsund (Cf. Mémoires, LV1J),

au bord de la mer, pour me refaire: des influences cholériques que je ressentais ici comme tout le monde, quand un journal de Normandie m’apprit que le Phlégéton allait se trouver en ligne devant Bomarsund,., Je suis revenu & Paris aussitét, dans Yespoir d’y obtenir plus vite des nouvelles, et par bonheur la lettre de Louis venait d’arriver,

Tu crois que je reviens d’Allemagne, J’ai di renoncer au voyage de Munich que j’allais entreprendre, en apprenant qu’une place était vacante 4 l’Académie des Beaux-Arts, Tout le monde m’est tombé dessus. « Il faut mettre l’'amour-propre de cdté, — il faut s’obstiner ase présenter toujours — etc., etc., » Enfin je me suis résigné. J’ai couru Paris pendant huit jours du matin au soir, pour faire mes visites, avec la certitude de voir élire un nommé Clapisson qui obtint l’an dernier 16 voix pendant que j’étais en Allemagne. En effet hier il a été nommé par 21 voix, Me voilA maintenant obligé d’attendre une nouvelle vacance, et tenu, puisque j’ai commencé, de persister,

Cette place est de 1.500 francs, voila tout; mais pour moi c’est beaucoup. Je ne parle pas de ’honneur qui est une fiction, dés qu’on admet des gens comme ceux qui se trouvent et se sont toujours trouvés a l’Académie, Je ne me m’y suis encore présenté que deux fois, Hugo a dai frapper cing fois 4 la porte; de Vigny, quatre fois; Eugéne Delacroix, aprés six épreuves successives, n’a pas encore pu se faire ouvrir, et de

Balzac n’a jamais pu entrer. Et il ya l& un tas de erétins!... Il faut se résigner & ne considérer cela que comme une affaire d’argent, une mise & la loterie, et suivre patiemment son numéro.

Je suis de toutes les Académies des Beaux-Arts de l’Europe, excepté de l’Académie de France.

Tu me parles de notre prochaine réunion; j’ai déja averti le mois dernier Camille, que je ne pouvais — me trouver & la Céte qu’au commencement de novembre, mais j’y serai certainement. Je doute fort que Louis puisse m’y accompagner. Quelle joie pour moi de te revoir, chére sceur! il me semble que nous avons des millions de choses & nous dire... et je trouverai un. siegrand charme méme &-nos douloureuses évocations du passé... Je relisais derniérement deux lettres, une de toi, l’autre de Nanci, m’annonecant la mort de notre pére ‘... cette inexorable fidélité de la mémoire est un des fléaux de ma vie.. J’ai passé deux jours en des angoisses... en des convulsions de coeur causées par ces deux lettres... les larmes me gagnent encore en t’en parlant.

Je commence & ne plus voir que dans le passé. Et pour comble de malheur, la sensibilité et ’imagina- tion et toutes les violences du cceur et de esprit ne font chez moi que s’accroitre.

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