A LECOURT
[Paris], 4 juillet [1852].
Mon cher Lecourt,
J'ai vu l'autre jour M. Millont; il m’a parlé d’une lettre que vous avez écrite & d’Ortigue, qui ne me Va point communiquée. Dans cette lettre, m’a dit M. Millont, il était expliqué que les symphonies dont. yous m’avez parlé sont Harold, la Fantastique et Roméo,
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En conséquence, je suis allé prendre chez Brandus A ces trois partitions ; je les ai soigneusement corrigées "(les fautes de gravure y étaient encore nombreuses et le paquet a di vous étre expédié avec la facture par le susdit Brandus samedi dernier.
Une autre fois, soyez plus explicite. Les partitions : que j je vous destine et dont je vous ai parlé derniére- "ment ne sont pas encore imprimées ; je multiplie les épreuves afin de n’avoir pas le créve-cceur d’y trou- ver, apres le tirage, des bétises comme celles que - Yon admire dans mes symphonies, 3 Je n’ai toujours pas Pexplication du mot sur l’ou- -yerture de Morel’... qu’est-ce que cela vous ferait de m’écrire une fois comme écrit un bourgeois gros- -sang?... de me dire tout uniment: « J’ai recu votre : honorée du 7 ou du 8 courant, envoyez-moi par la diligence quarante exemplaires du livre de Berlioz : 2 les Soirées de Vorchestre que vient de publier Michel :
Lévy (rue Vivienne). Cet ouvrage est beaucoup demandé sur la place de Marseille. Joignez-y six dougzaines de romances d’Etienne Arnaud? qui obtiennent sur ladite place encore plus de succés », etc., 3 etc. Je vous comprendrais alors.
Plaisanterie a part, le livre en question paraitra 4 dans un mois ou six semaines, J’espére qu'il vous j
“4. Voir dans le Musicien errant, p. 366, 1a lettre du 22 juin
4 1852, au méme correspondant.
2, Auteur, entre autres chefs-d’ceuvre, de Jenny l’Ouvricre.
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divertira peu ou prou. En tout cas il contient des vérités sérieusement et méme durement exprimées, Quand vous l’aurez Iu, vous me direz si vous étes .de mon avis.
Adieu, mille amitiés & Morel, Votre tout dévoué,
Bihliothéque du Conservatoire.
au Meme, Paris, 12 juillet 4852 (Catal. d’autogr. Gf. Ménesirel du 44 avril 1897). Il parle longuement a son ami du
succés que vient de remporter a Londres Roméo et Juliette, et il lui dit :
Ah ¢a! plaisanterie a part, vous ne connaissez donc rien de Roméo?... Je vous prie de couver Vadagio patiemment, et si vous n’y voyez pas éclore tot ou tard
les deux amants de Shakespeare, si vous n’y voyez
pas luire le Moon-Light au travers du jardin de Capulet, si le chant des violons et violoncelles en duo, si les interminables adieux de la fin, si toutes ces palpitations, si toutes ces étreintes, si ce dévorant forte en mi en double corde, ne vous tortillent pas le cour,
alors c’est que vous étes trois fois membre de PIns-
titut,
A FRANZ LISZT
{Paris}, 27 ou 28 juillet [1852].
Mon cher Liszt, L’envoi de la musique que tu attends a été retardé!
- @abord parce qu'il a fallu imprimer les parties sépa-
- rées de la Fantastique et de Roméo qui manquaient
au magasin de Brandus; ensuite parce que, ce tirage
ayant été fait 4 mon insu, je n’ai pas pu faire corriger ‘sur les planches les nombreuses fautes. Il en est
résulté que l’un des garcons du magasin de Brandus a di faire & la plume et au crayon ces corrections,
"Elles seront finies demain et, quand j’aurai tout revu
moiméme, le paquet te sera adressé, J’y ai fait
joindre, quoique tu ne m’en aies rien dit, les deux
= paires de petites cymbales en B et en F nécessaires
pour le scherzo. Elles cotitent je crois cent sous la
paire. Le commis de Brandus m’a fait observer que
pour la somme que tu indiques (180 francs je crois) on ne pouvail avoir un quadruple quatuor des trois symphonies. On n’enverra en conséquence que ce
- que la somme représente.
Quant & mes parties de chour allemandes, elles
4. Liszt, continuant & exécuter son dessein de faire de Weimar un centre d’art moderne, s’était préoccupé d’acquerir pour Ja chapelle ducale le matériel musical nécessaire @ Yexécution des ceuvres symphoniques de Berlioz.
. capitale de la France plutét que d’
sontbien a ton service, mais en si petit nie et si pleines de mots ridicules qu’elles te seront d’un faibl secours. Gathy* est en ce moment occupé a rendre — c supportable l’affreuse traduction allemande 2 qui m’a 4 couité si cher et dont il faut tirer pied ou aile, I fait ses changements sur la partition du chant, il faudra ensuite les reporter sur les parties de chant séparées. Je crois, vu le nombre considérable des choristes que tu as l’intention d’employer pour Roméo, qu’on sera obligé-de faire autographier les parties des deux grands cheurs (les Montaigus et les Capulets), c'est quatre fois meilleur marché que la copie. Quant 2 au cheeur du Prologue et aux soli, j Je te les enverrai avec © la partition du chant; mais il y aura un travail fort minutieux a faire pour corriger les paroles, Pe Les parties des grands chceurs qui m’ont servid Prague, ont été semées un peu partout, et on m’en a — tant perdu & Pétersbourg qu'il m’en reste a peine © : une trentaine,
Jai vu Joachim ces jours-ci*, je lai questionné sur Vopéra de De Vesque dont tu m’as dit seulement Ie: x titre, Je tacherai de trouver quelques mots-agréables =
4. Ecrivain allemand, auteur d'une traduction des lettres du Premier voyage en Allemagne imprimée a Hambourg. rape 2. De Roméo et Juliette. ' 3. Le jeune violoniste était venu a Parisa cette époque, non pas, dit Fétis, pour y donner des concerts, mais dans le but de «juger par lui-méme de la situation de la musique dang tla
y conquérir une renommée peur sa personne ».
3 pour l’auteur du Conseiller joyeux', et je les placerai dans mon prochain feuilleton. Celui de mardi dernier = trop long, la place m’a manqué.
Je te remercie de ton apostropheaux -Brunswickois; “néanmoins les oratoires auront toujours de nombreux
"partisans parmi les organisateurs de festival. Ces -@uyres pies ont pour les soutenir tous les ambitieux qui aspirent aux places réservées dans le ciel et tous les disciples de ces aspirants. Et puis le genre -ennuyeux!... c’est le genre respectable et admirable- &ntre tous.
Jene sais si tu comptes faire exécuter Roméo et : Juliette avant mon arrivée & Weimar ou seulement le faire étudier. En tout cas, c’est une rude entreprise. Dis-moi dans ta prochaine si mon plan te parait exé- : -cutable pour le voyage que nous projetonss Voici comment il deviendra possible pour moi : Je devrai partir le 10 ou le 42 novembre. Cette date est combinée avec les époques ott je dois étre __présent au Conservatoire et signer les états du caissier. De cette facon je ne serai pas obligé de demander un __ congé (ce que je veux éviter). Je devrai étre de retour - (pour Ja méme cause) le 25 au plus tard.
- J’aurai donc une semaine a rester & Weimar pen- Bast laquelle je pourrai entendre une répétition et
4. Der lustige Rath, opéra-comique en un acte de J, Vesque de Piittlingen, représenté a Weimar le 12 avril 4852. Sur ce Bepositeur, voy. le Musicien errant.
une représentation de Benvenuto dirigées par toi, et monter et donner un concert que je dirigerai et dans lequel on entendrait Roméo et Juliette,
A présent quels seront les frais de ce concert jai Vignore complétement; quel peut en étre le produit, je n’en sais pas davantage,
Je suis sir seulement que mon voyage me contors au moins 700 francs tout compris. Crois-tu que je puisse, par le concert, rentrer dans cette somme?,,. Je suis obligé de compter avee cette rigueur. Croistu aussi qu’en arrivant je pourrai trouver des chanteurs et un chceur assez au courant de Roméo pour que cet ouvrage puisse marcher en trois répétitions ?- Ceci est encere important et peut-étre difficile & savoir dés & présent. Adieu, réponds & mes prosaiques questions dés que tu le pourras. Nous avons en outre beaucoup a causer de choses qu’il serait trop long d’écrire,
Adieu, mille amitiés,
H. BERLIOZ
Communiqué par la prineesse Hohenlohe.