‹ Au Milieu Du Chemin 1852-1855: CorrespondanceChapitre 60 sur 67 · A LA PRINCESSE WITTGENSTEIN · texte numérisé non relu

A LA PRINCESSE WITTGENSTEIN

: Paris, 16 décembre 1854.

Madame,

Je vous remercie mille fois de l’intérét que vous voulez bien prendre & mon petit oratorio. On lui fait en ce moment 4 Paris un succés... révoltant pour ses fréres ainés. On l’a regu comme un Messie et peu s’en est fallu que les Mages ne lui offrissent de l’encens et de la myrrhe. Le public de France est ainsi fait. On dit que je me suis amendé, que j’ai changé de maniére... et autres sottises. Cela me rappelle anecdote que voici. En 1830, je fus envoyé & Rome comme pensionnaire de l’Académie des Beaux-Arts. Le réglement m’obligeait & composer & Rome un fragment de musique religieuse, qui, & la fin de la premiére année de mon exil, devait étre apprécié en séance publique a l'Institut de Paris. Or, comme je ne pouvais composer en Italie (je ne sais pourquoi), je fis tout bonnement copier le Credo d’une messe de moi exécutée déja deux fois 4 Paris avant men départ

pour Rome, et je ’envoyai 4 mes juges‘. Ceux-ci déclarérent que ce morceau indiquait déja Vheureuse influence du séjour de l’Italie et qu’on n’y pouvait méconnaitre l’abandon complet de mes fdcheuses tendances musicales... Que d’académiciens il y a dans le monde... Quoi qu'il en soit, j’espére que ma petite sainteté vous plaira, et je serai trés heureux de pouvoir vous la faire entendre. —

Je ne crois pas pouvoir me trouver & Weimar avant la premiére semaine de février, Si je le puis, j’enverrai d’avance a Liszt les parties de chant de ?Enfance du Christ; mais 4 la tournure que prennent les choses il est peu probable que je puisse m’en dessaisir avant la fin de janvier,

J’ai envoyé, il y a trois jours, 4 madame Patersi le cachet-Beethoven que Liszt veut faire copier. Mais ce n’est pas la peine de mettre a |’épreuve le talent d’un graveur; veuillez prier Liszt de garder le mien; je le lui eusse offert plus tot si j’avais eu l’esprit de deviner qu'il lui serait agréable.

Toute la presse jusqu’ici (excepté la Revue de notre ami Scudo) me traite on ne peut mieux. J’ai recu un monceau de lettres extrémement enthousiastes, et j'ai souvent envie en les lisant de dire comme Salvator Rosa, qu’on impatientait en lui van-

1. Ce Credo, envoi de Rome, est conservé a la Bibliothéque du Conservatoire. I] contient, au verset : Et tterwm est venturus, Yembryon de la fanfare du Tuba mirum du Requiem.

AU MILIEU bu CHEMIN Seine

tant toujours ses petites toiles : Senipre piccoli pact, . : =

Je dois dire & Liszt, comme information utile pour Varrangement de mon coticert a Weimar, que P#a= fance du Christ dure seulement une heure et demie 6t peut étre aiséiment montée avec le concours de quelques choristes supplémentaires. Madame Mildé

' sera une charmante Madone, et c’est tout & fait dans —

Sa VOix.

Jembrassé cordialement Liszt (car je suis trés

~ Joyeux au fond) et vous prie, madame, de recevoir ‘Passurance dé mon dévouement.

Hi, BERLIOZ, | ES Madame Berlioz vous remertia dé votre bienveillant souvenir.

P. 8. — Notis redonnons la chose le 24, avec aggravation da la Captive que madame Stolz veut absolu- — tient chanter.

Letires a la princesse Wittgenstein, p, 5. ‘

A FRANZ LISZT

Samedi matin 17 décembre 1834, Mon cher Liszt, %

Je me suis laissé aller & dire quelques vérités sur les impressions parisiennes; dans ma lettre d’hier &

la princesses Wittgenstein, Je t’écris aujourd’hui pour te prier de lui demander le secret sur ces aveuxs Toute vérité n’est pas bonne & dire; celle-la surtout me ferait un tort affreux si l’on savait que j’ai osé la reconnaitre.

Ainsi, je suis devenu bon enfant, humain, clair, mélodique, je fais enfin de la musique comine tout le monde, voila qui est bien convenu.

Adieu, la sensation causée par cette conversion augmente; laissons-la augmenter. L’article de Scudo a mis tout le monde en fage, é’est excellent.

Si tu peux voit ceux du Siécle, du Pays, de (1llustration, du Mousquetaire, du Constitutionnel, de la Revue des Thédtres, du Charivari, et ceux qui vont paraitre demain dimanche dans les journaux de musique; tu auras encore une idée affaiblie du tapage que cela fait: On m’annonce des choses superbes dans Iés journaux de demain, nous verrons biens ’ D’Ortigue fait celui des Débats ; mais le mieux étudié; sans doute, sera celui de Glover dans le Morning Posts parce que Glover est un musicien distingué et quila écrit avec ma partition sous les yeux.

J'ai la un monceau de lettres plus échevelées les unes que les autres. Je te dirai; & toi, que la véritable trouvaille que j’ai faite, c’est la scene et Pair d’Hérode avec les devins; ceci est d’un grand caractére et qui Vira, je ’espere.: Pour les choses gracieuses qui touchent davantage; & l’exception du duo de Bethleem,

je ne crois pas qu’elles aient autant de valeur d’invention.

Adieu encore. Ton dévoué é H. BERLIOZ.

P. S. — Mille amitiés & Cornelius, & Raff et M, de Ferriére quand tu le verras, Le voila sénateur.

Lettres a Liszt, I, 366. aa

A SES NIECES NANCI ET JOSEPHINE SUAT ET A SA SHUR ADELE ET SON BEAU-FRERE SUAT

: Paris, 19 décembre 1854.

Chére petite Nanci,

C’est & toi que je réponds; tu es un petit ange, et je ne fréquente plus que des anges depuis quinzejours..Ce sont eux qui m’ont valu le succés dont tu me félicites et je ne veux plus m’occuper que d’eux... pour le moment.

Ta lettre m’a fait un plaisir extréme, et j’envoie par la poste trente-deux mille baisers sur la jolie petite main qui l’a écrite. Tu sauras que le bruit harmonieux (quand tu seras grande et qu’on te fera des compliments tu trouveras, toi aussi, ce bruit de paroles trés agréable...) tu sauras donc que le bruit du succés de YEnfance du Christ augmente d’une facon outrageante pour mes autres ouvrages qui n’eurent pas, dans

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Vorigine, tant de bonheur a Paris et qui peut-étre avaient plus de valeur que le dernier, La presse francaise tout entiére (& l’exception de deux journaux qui me disent des injures), plusieurs journaux belges, anglais et allemands chantent Hosanna! sur tous les tons. J’ai recu une montagne de lettres de félicitations; et il parait, a les lire, qu’on a beaucoup pleuré 4 l’audition des malheurs de mes pieux pélerins. Prie encore le bon Dieu, chére petite, et la Sainte Vierge, pour que dimanche prochain il en soit de méme et que tout aille bien. Il y a ici de méchantes gens 4 qui cette triple réussite du compositeur, du poéte (si j’ose le dire), et du chef d’orchestre fait verser des larmes de rage; ces gens-la, vois-tu, sans la guillotine, m’assassineraient. Tu ne peux ni croire ni rien comprendre a une plate méchanceté. Mais le monde est plein d’ignobles démons de cette espéce, avec lesquels, cher petit ange, tun’auras fort heureusement jamais rien & déméler. Tu ne sais pas ce que c’est que l’envie, tu ne le sauras jamais.

A présent, adieu, je t’embrasse de tout mon ccur,

Ton oncle qui Vaime, H, BERLIOZ,

Pour toi, Joséphine, tu m’as humilié, je t’en veux un peu. Oui, il est inutile de te le cacher, Jamais & ton 4ge ni mes sceurs ni moi nous n’eussions écrit une lettre aussi gracieuse, aussi bien tournée, aussi pleine

de douces et charmantes idées que la tienné. Croistu —

quwil soit agréable pour nous autres vieux de con=

naitre notre infériorité d’autrefois, qui est peut-6tré

méme aussi notre infériorité d’aujourd’hui ? Ceci était

pour me prouver la réalité du progrés universel

preuve inutile, car je ne doute pas de cette terrible vérité; etjesais bien que l’année prochaine les péches

seront grosses conime des melons... Enfin n’en pars lons plus ; seulement, pour panser tant bien qtie mal —

Ja blessure que tu as faite & mon amour-propre,

jexige que ta prochaine lettre contienne une bonné

douzaine de fautes d’orthographe et quatre ot cing grosses fautes de francais, absolumént comme tne

page dela*prose de M. Scribe, un Académicien dont

tu as peut-étre entendu parler.

Je t’embrasse pourtant sans rancune;

H. BERLIOZ

Qu’as-tu done, chéfe sceur? on te dit malade. J’es: pére que ton indisposition n’a rien de grave. J’ai st ce matin méme pat un de mes amis dé Marseille que

Louis était arrivé sans encombfe & Malte. Il doit en

EE PPP he oe Cae cle rine

étre reparti maintenant. Madame Marie est toujours

malade et tras souffrante, elle te remercie de ton bon

souvenir. :

Envoyéz-moi en tout cds mon revenu le mois pro= —

chain; mon cher Suat; lors méme que je gagnérais

un inillier de franes au prochain concert j’ai trop de

‘ AU MILIEU DU CHEMIN 267 chosés & payer pour qu'il me reste graiid’chose, J’ai ' Bagné cette fois 480 francs.

Tout & Vous, | H. Be i F.

Avez-vous lu I’Indépendance Belge, le Moniteur, la | Presse, le Charivari, le Mousquetaire, les Gazettes musicalés, etc., etc,

Communiqué par madame Chapot.

A DAVISON

[Paris], mardi, 19 décembre 1854.

Mon cher Davison,

Je suis désolé, mais désolé réellement dé tavoir

. chagriné ou seulement contrarié. Je n’avais pas pris tout A fait au sérieux ta recommandation, a cause dune phrase qui se trouvait dans ta lettre et qui semblait préter 4 un sens contradictoire. Sans cela je

" n’eusse pas employé la forme ironique 4 propos de la rentrée de la Lionne‘? Crois-moi, je ne suis pas de la force de Diderot & qui l’on recommandait un tableau en lui disant : « L’auteur a plusieurs enfants et n’a 4. Davison, admirateur de madame Cruvelli, avait remis & cette derniére une lettre de recommandation pour porter a Berlioz, qui malgré cela, avait parlé dans les Débals sur un ton persifleur de la rentrée de la cantatrive & l'Opéra; et Davison

Jui en ayait fait des plaintes. On verra dans la lettre du 30 dé- cembre la suite de l'explication.

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d’espoir d’existence que dans le succés de son ouvrage, : — Ah! vous me placez, dit-il, entre l’art et la famille, jes me décide pour l'art, le tableau est détestable. » Non, tu m’aurais di répondre : placé entre la vérité et lamitié, je me décide pour le mensonge et reste Vamid’un ami. Qu’importe, d’ailleurs, un mensonge de plus ou de moins? Veux-tu que je dise, 4 sa prochaine — extravagance vocale, qu’elle posséde toutes les qua- lités musicales qui siéraient si bien & son admirable — voix? Parole d’honneur je le dirai, Mais j je nirai plas . Yentendre qu’une seule fois, car, a la derniére, j’ai souffert cruellement. Adieu, ne dis pas que je ne : Vaime pas, car tu mentirais, comme je suis prét a . mentir pour te prouver le contraire.

Ton dévoué, H. BERLIOZ,

Memoirs of Davison, p. 155.

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