A J. D’ORTIGUE
[Vers le 23 décembre 1854. ]
Mon cher d’Ortgiue, Voila tout ce que j’ai pu avoir. Vous serez bien
L’'Enfance du Christ, en disant: « I] me revient de toutes parts que vous venez de cueillir une gerbe de fleurs mélodiques les plus suaves et que dans son ensemble votre oratorio est un chef-d’ceuyre de naiveté. » Il s’excusait d’avoir naguére (dans Lutéce) méconnu son géaie en ne voyant en lui qu’ « un rossignol colossal, une alouette de grandeur d’aigle », faisant songer « A de gigantesques espéces de bétes éteintes, a des mammouths, a de fabuleux empires aux péchés fabuleux », et en prétendant qu'il a « peu de mélodie et point de naiyeté du fout ». Voir les Mémoires de Berlioz, Post-gcriptum,
bonne heure.
Tout a toi,
P,-S, — Ferrand est arrivé, Bibliotheque de l' Université d Amsterdam.
A HUMBERT FERRAND, samedi matin [23 aboot 4
1854 (Lettres intimes, 204). « Vous manquiez 4 mon audi- — toire, et vous voila!... Je eréve de joie de vqus faire enten- 4
- dre mon nouvel ouvrage. » oS +: ae
A DAVISON os
Paris, 23 décembre 4854, 3
Ce qu’il y ade sir, trés cher ami, c’est que tu viens de m’écrire quatre bonnes pages, toi qui jusqu’a pré- sent ne m’avais jamais adressé que des billets de dix ; lignes tout au plus‘, A quelque chose malheur est bon. Mais je te répéte que je suis tout a fait chagrin de t’avoir fait de la peine. J'ai été comme toi il ya E yingt ans ;j’ayais une passion admirative pour madame | 4 Branchu et je ne lisais pas sans douleur ni méme : sans colére la moindre critique sur son talent, Voila ..
4. Voir lettre du 49 décembre. Davison ayait répondu a Bere lioz, dés le lendemain, qu'il n’avait jamais demandé a un confrére de mentir pour tui, ete. Voy. Memoirs of Pawleon, ;
pourquoi je te comprends. Ainsi rappelle-toi le pas- sage de Shakespeare oi Hamlet dit a Laérte : « Supposez qu’en décochant une fléche par-dessus le toit d’une maison jaie blessé mon frére par hasard, » ll faut que tu saches ce qui m/arrive : je recois ayant-hier une lettre de Sainton me proposant un en- gagement pour aller diriger les huit concerts de la Sociéié Philharmonique, Or j’étais par malheur, et & de trés mgdestes conditions, engagé depuis quinze jours avec Wilde pour deux concerts de la New Philharmonic Society dans le courant de mai. J’ai écrit & ~ Wilde pour obtenir de lui qu’il me rende ma liberté,
S’il n’y consent pas il faudra que je tienne ma parole, et je perdraiainsi une magnifique occasion de me pro-
duire 4 Londres, C’est' une yéritable catastrophe pour
moi, Qu’est-il donc arrivé? Comment Costa a-t-il quitté
la direction de ces concerts? Jignore tout cela com~
plétement, Adieu, je suis obligé de te quitter pour aller faire une derniére répétition, mon deuxidme concert ayant lieu demain,
Je te serre la main, Brutus, et Cassius espére qu’aprés cette petite discussion ton amitié pour lui n’en sera que plus vive et plus solide; c’est du moins ce - dont il peut répondre pour la sienne pour toi,
Ton dévoué,
H. BERLIOZ
Memoirs of Davison, p. 158.
A SA SOEUR ADELE
27 ou 28 décembre 1854.
Chére sceur,
Chaque jour, depuis dimanche, j’ai voulu t’écrire, .
et ce n’est que ce soir qu’il m’est possible d’en
trouver le temps. La seconde exécution de mon : ouvrage a été plus magnifique que la premiére, l’effet —
- prodigieux, hors de proportion avec les effets connus, On a pleuré a flots.et on a tant applaudi que nous ne pouvions pas finir certains morceaux, A la scdne du
Repos de ta Sainte famille dont les cris de bis cou-
vraient la fin, j’ai été obligé de m’avancer sur l’avant-
scéne et de dire au public: « Nous allons recom-
mencer, mais veuillez maintenant laisser achever le morceau! » Les lettres me pleuvent, j’en ai recu une
Fd) ta
admirable ce matin d’un chanoine de Poitiers, mon-
sieur l’abbé Arnaud, qui me dit : Vous avez transformé une salle de concert en temple et l’on ne peut assez admirer comment Vartiste qui a peint avec tant de fidélité les plus orageuses passions du ceur humain a su trouver le style pur et calme des sublimités évangéliques et s'élever a de telles hauteurs dans la contemplation religreuse etc, etc.
Maintenant te citer toutes les manifestations, tous les mots, toutes les félicitations dans les salons, dans
ty Se aos “ ‘ >
les rues, partout, est chose impossible. H. Ferrand, qui est arrivé justement deux jours avant le deuxiéme concert, et que je n’ai pas encore vu, m’écrit des choses!... des choses!...
Mes choristes elles-mémes pleuraient, et j’aurais youlu que tu visses la salle sous le coup d’une modulation que j’ai placée a la fin de ce vers : « Jem ’appelle Joseph, et nous nommons l’enfant Jésus »; et & PHosanna des Anges inyisibles qui semblent, par suite d’un effet de demi-teinte dans le chant, se perdre dans l’espace et remonter aux cieux. Lis done la Presse qui vient de paraitre ce soir 28, Gautier a fait du style la-dessus avec cceur.
Demain je vais terminer un arrangement avec le directeur du Théatre Italien pour redonner un troisiéme concert vers la fin de janvier; je doute qu’avec ses artistes ce soit aussi bien compris et rendu qu’avec les miens. Mais il y aura. une plus grande recette, et d’ailleurs je terminerai la soirée par l’exé-
~ cution d’une cantate 4 deux cheeurs sur l’Empereur,
morceau & grandissime effet et qu’on ne connait pas encore. Nous espérons que l’Empereur viendra.
J'ai aussi accepté l’offre que m’a faite le Directeur de l’Opéra-Comique pour une solennelle exécution de de la Trilogie 4 la fin de la Semaine Sainte. Il y aura la encore une belle recette trés probablement. Pour
le moment je gagne onze cents francs, pas davantage;
mais tous mes frais, sans exception, sont payés, et un aie 18
oe
we
quel retentissement en Allemagne |!.., Je suis & cette heure en train de terminer une : -— superbe affaire avec Londres, ot j’étais malheureuse- ~ ment engagé déja avant la proposition qui vient de m’arriver, Il s’agit de me dégager a l’amiable d’un~ $
coté pour pouvoir contracter de lautre. Je Vexpliquerai cela. Aprés-demain, je donne un grand diner a mes artistes; toute la Sainte Famille et les Ismaélites = y seront. L’ane seul ne pourra prendre sa part du = banquet; tu sais gu’aw désert il a succombé:
Un de-mes choristes, en sortant, disait dimanche dernier : « Ah! cette fois Sébastopol est pris! » Un autre : @Parbleu, je suis content, j’ai pleuré tout mon saoul! » . Je n’en finirais pas & te raconter les péripéties s a succes, abe Adieu, j'embrasse mes deux anges de nidces et je serre la main de ton mari.
-~ Sian H. BERLIOZ.
; : Communiqué par madame Chapot.
A SON BEAU-FRERE SUAT
Dimanche soir 31 décembre 1854. ae Mon cher Suat, Nos deux. derniéres lettres . évideniment se sont.
- croisées; jai regu votre mandat de quatre cents francs et vous devez avoir recu le récit que vous me demandez du deuxiéme concert. Maintenant les jour- naux continuent leur tapage et les propositions loin= taines m’arrivent. Le directeur du théatre d’Opéra de Bruxelles me demande trois exécutions de mon ora- toire pour les 13,15 et 17 de janvier; s’il accepte més conditions, je partirai pour Bruxelles le 7 et je serai de retour le 20, Il faut que le 20 je commence les
uke
répétitions du grand concert que je vais donner au | Théatre Italien, de moitié avec la Direction, et ou l’on : entendra 4 la fin de la soirée une grande Cantate (?Impériale) dont on ne connait pas une note, mais f dont les paroles furent lues & ’Empereur il y a six ou - huit mois par auteur, M. le capitaine Lafont. Je ne sais ce que je ferai en février, mais en mars jirai en Angleterre ou je suis engagé & mon grand
certs. Je dis & mon grand regret, parce qu’d peine " avais-je donné ma parole au directeur de cette insti- ) tution, que l’offre m’était faite par celui de Vinstitu- tion rivale; l’ancienne société philharmonique, aller ' diriger ses uit. concerts. J’ai essayé inutilement de ‘me dégager, C’est une espéce de perte que je fais la, mais il faut la subir de bonne grace.
J'ai aussi pris un engagement ici avec le Directeur
de l’Opéra-Comique pour un concert spirituel quiaura
lieu Pun des trois jours de la Semaine Sainte, Au tra-
‘regret par la New Philharmonic Society pour trois con- —
faire une pointe en Allemagne et de monter ici mon Te Deum a Saint-Eustache pour le premier jour de
vers de tout cela il faut que je trouve le temps de —
mai. Je ne demande qu’une chose, c’est de n’étre pas
malade. Je-suis horriblement enrhumé. Marie souffre
toujours de son éruption orticaire ou ortiaire qui
Vempéche de dormir et lui fait subir Ie supplice du ~ —
feu. Elle vous remercie bien de votre cordial souvenir.
J’embrasse tendrement ma chére bonne sceur et ‘mes niéces — par habitude, car je ne les aime plus, - Tout a vous,
H, BERLIOZ, Communiqué par madame Chapot.
A HUMBERT FERRAND, Paris, 2 janvier 4855 (Lettres in-
times, 205). Compliments sur un poéme. « J’ai eu peur d’abord @’une satire 4 la maniére des Chdtiments d’Hugo!...
Hugo fou furieux de n’étre pas empereur! — Moi, je suis —
ome
tout a fait impérialiste. L’Empereur a le malheur d’étre
un barbare en fait d’art; mais quoi, c’est un barbare sau- :
veur, — et Néron était un artiste. »
AU CHANTEUR GUYOT, jeudi, 18 janvier [1855]. Priére
de venir répéter chez lui sonréle (Polydorus) dans PEnfance du Christ avec M. Toussaint (le Centurion) [en vue dela troisiéme audition, le 28 janvier]. — Communiqué par
M. René Brancour.
Urn
5a SS GL, ems
ae 4 val Siege