‹ Au Milieu Du Chemin 1852-1855: CorrespondanceChapitre 8 sur 67 · Madame Lesueur avait demandé a Berlioz d’écrire une · texte numérisé non relu

Madame Lesueur avait demandé a Berlioz d’écrire une

cantate pour l’imauguration de la statue de Lesueur, célébrée

“a Abbeville le 10 aovit 1852. Ce fut Ambroise Thomas qui rem-

plit ce devoir commémoratif, en composant un cheeur d’or-

‘page 3. Voir ci-aprés, note de la lettre du 14 aout (a Liszt).

Vous savez avec ave Sainte jai toujov saisi les occasions de témoigner mon respect et mon

‘admiration pour le grand artiste qui fut mon maitre.

J’espére donc que ma réserve forcée dans cette cir- - constance ne vous fera douter ni des sentiments que

je conserverai toujours pour sa mémoire ni de ceu dont je vous prie d’agréer personnellement l’assurance,.

Votre dévoué,

A FRANZ LISZT

Paris, 14 [aout 1852].— Cher ami, 7 Je me disposais a t’écrire un peu longuement et voila un feuilleton (!!!!) qui me tombe sur la téte!¢ m’oblige a ne t’adresser que quelques lignes, oe Jai recu ta lettre et je réponds a ta proposition de faire entendre a la fois Faust et Roméo, que Cest triplement impossible. Le concert alors durerait cing heures, ce serait assommant, et il nous faudrait trois semaines pour monter tout cela. ae Mon avis, puisque tu ne peux pas avoir le grand j cheeur pour Roméo, serait. dene donner que les. 2

1. Débats du 27 aout : inauguration de la statue de Lesa a Abbeville; un acte a [ossiomiatey débuts & mee ;

premiers actes de Faust. Tout cela peut étre exécuté 4 ~ convenablement par un chceur d’une cinquantaine de ~ voix, si elles sont bien exercées et stires de leur par-

: A tie, Le serment final de Roméo veut absolument une ~

masse considérable.

Jai prévenu Brandus pour ton échange de parties, Je t’envoie aujourd’hui :

4° La partition du chant de Roméo; M. Gathy a revu et corrigé avec grand soin le texte allemand. 2 2° Les parties de chant qui me sont restées aprés 4 Ja campagne de Russie, et sur lesquelles je te recom- mande de faire faire toutes les corrections de paroles z nécessilées par les changements que Gathy a faits P dans la partition, 3° Je joins 4 cet envoi un exemplaire des trois par- titions que j’ai publiées en dernier lieu et que je te - destinais : Tristia, le Corsaire', la Fuite en Egypte, en 2 ‘compagnie des partitions de /a Captive et de Sara la Baigneuse, deux filles qui ont grandi depuis que tu les as connues 2, - Adieu, je me fais une féte de mon excursion a

P-. 4. Ouverture du Corsaire.

__ 2. Berlioz veut dire qu'il a développé ces deux morceaux

~ dont le premier, paru d’abord sous Ja forme d'une simple ‘romance a couplets, est deyenu un long morceau ow I’or- | chestre joue un réle important, tandis que le second, chanté m premier lieu par un simple quatuor de voix d’hommes, a été

wal sy

Weimar, et de te revoir, et de renouer connaissance avec ta chapelle.

En attendant, je vais employer le mois de septembre & monter en grand l’exécution de mon Requiem a Saint-Eustache, Taylor vient de m/’avertir que le ‘comité de l’Association des musiciens l’avait (le Requiem, pardon!) choisi pour la cérémonie funébre du baron de Trémont’, un brave petit vieillard que tu as connu et qui a légué une rente aux cing associations d’artistes.

Farewell once more, H., BERLIOZ.

P.-S, — Gathy se rappelle & ton souvenir.

Communiqué par. ia princesse Hohenlohe.

A SA SOEUR ADELE

Paris, 17 aot 1852.

Chére sceur,

Voila la vie de Paris! Je veux tous les jours t’écrire et toujours quelque chose m’en empéche, Aujourd’hui je suis malade, je ne puis m’occuper de mes affaires, je t’écris, Je ne sais ce que j’ai, j’ai été pris avant-hier de vomissements qui ont duré toute la

1, Mort le 1™ juillet 1852. Le Requiém de Berlioz fut en effet

exécuté a Saint-Eustache, le 22 octobre suivant,

nuit, avec des maux de téte affreux. Maintenant il me reste une faiblesse extréme; en somme je vais mieux?.

Mais j’ai encore un feuilleton & faire... Cela me rend

de nouveau malade quand j’y songe.

‘ Louis t’a écrit & ma place a la fin du mois dernier; il est parti deux jours aprés, J’ai recu deux lettres de lui du Havre, Il était dans l’enchantement de son nouveau capitaine, qui lui a tout d’abord témoigné un véritable intérét et l’a installé sur son navire dans une jolie chambre bien meublée et avec un lit et des draps,., chose dont Louis ne pouvait revenir. Le propriétaire du vaisseau, M, Cor, du Havre, |’avait chau-

dement recommandé au capitaine, j’avais aussi écrit

& ce dernier de mon cété et enfin, & ce qu’il parait, M. Liebert (c’est son nom) est un brave homme.

M. Cor s’est tout & fait prononcé pour Louis, il lui assure pour l’avenir l’influence dont il dispose au Havre et dans les différents ports de Océan. Sa maison est riche et puissante, elle peut faciliter grandement la carriére de Louis. Malheureusement il a perdu deux mois & Paris, ou il m’a dépensé beaucoup d’argent pour rien. Ce cher enfant sait bien la peine que j’ai & en gagner, mais il n’y a sortes d’enfantillages dispendieux auxquels il ne se livre 4 tout propos,

. quitte 4 les regretter apres.

4. Premiers symptémes de la maladie dont Berlioz souffrit jusqu’a la fin de sa vie. Ilen sera de nouveau question dans les

~ lettres qui vont suivre.

7 NR ae.

J’ai été bien tourmenté ces derniers temps par les violents orages qui ont sévi sur toute la cdte nord de la France. Ces rafales de vent troublaient cruellement mes nuils,.. mais, par bonheur, Louis était déja en mer depuis neuf jours. quand ces tempétes ont éclaté, et, par conséquent, loin des cdtes ou elles

sont si terribles. Henriette est toujours dans le méme —

état, et moins malheureuse, peut-étre, que nous ne le croyons. Pendant la belle saison, elle est la tranquille devant son jardin, avee ce. bel horizon de la

plaine Saint-Denis et des collines de Montmorency

sous les yeux. Elle a deux domestiques attentives, faites & toutes ses habitudes, des amies pas trop importunes qui viennent la voir de temps en temps, son journal qu’slle lit deux ou trois fois dans la matinée, mes visites et... l’espérance.,.

Moi je publie divers ouvrages, je corrige des

épreuves ct je ne me passionne plus pour rien. Je laisse arriver la montagne maintenant, et je ne fais plus un pas vers elle. T’ai-je dit qu’on était venu m’offrir 25,000 francs pour aller passer cing mois & New-York et y faire entendre mes ouvrages? L’entrepreneur qui me faisait cette proposition avait assisté & mon dernier succés & Londres, il en avaitla téte montée, il voulait absolument m’emmener. Il a intention de revenir l’année prochaine m/’apporter des offres nouvelles de la part. d’une société philharmonique des Ktats-Unis; si elles sont acceptables et

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“AU MILIEU DU CHEMIN —__ at bien consolidées, nous verrons'. Et pourtant je suis bien las de tous ces vagabondages!... et traverse q V’Atlantique pour faire de la mauvaise musique... il faudra une forte somme. Liszt m’a fait promettre d’aller passer huit jours 4 Weimar en novembre prochain pour entendre mon opéra de Benvenuto qu’on y joue toujours. L’intendant du thédtre me paiera mes frais de voyage et de séjour. J’y trouverai plusieurs de mes amis d’Allemagne qui m’y donnent rendez-vous. Il y a quelque projet de me féter...

Comment va mon oncle? est-il revenu ‘satisfait de ses eaux?... Donne-moi en détail de ses nouvelles quand tu m’écriras. Je ne te dirai rien des fétes du ‘45 aout?. Je n’ai rien vu. J’étais dans mon lit. Je n’en ‘ai apprécié I’éclat que par le nombre fabuleux de coups de canon qu’on a tirés, et qui m’ont empéché - de dormir toute la journée. Ce soir mardi a lieu le bal grotesque des dames de la Halle au marché des x Innocents. Toutes ces marchandes de volailles auront fait des toilettes ébouriffantes, cela doit étre d’un -cossu curieux. Mais je ne me suis pas senti la force d’aller assister 4 cette ronde de harengéres. Adieu,

- latéte me tourne.

Ps” H. BERLIOZ.

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