CHAPITRE IV
Ce que la Compagnie de Jésus fait pour les Missions.
Depuis le jour où le roi de Portugal, Jean III, demanda à saint Ignace d’envoyer aux Indes des ouvriers évangéliques, les Jésuites n’ont jamais cessé de montrer la plus louable ardeur pour les missions étrangères . Les appels enflammés de saint François Xavier aux Universités d’Europe et le désir d’implanter la foi parmi des millions et des millions d’idolâtres contribuèrent même d’une manière sensible à la diffusion du nouvel Institut. Si l’enthousiasme avait pu créer ce mouvement (1), la persévérance montra depuis lors, à l’évidence, qu’un esprit vraiment apostolique avait seul pu produire la continuité du dévouement et de la générosité. Pendant près de 230 ans, un nombre considérable de Jésuites ne cessèrent de s’enrôler dans la milice des missions étrangères. Il serait trop long de les citer ici toutes. Rappelons celles du Japon, de la Chine, des Philippines, des Indes, du Levant, de l’Ethiopie, du Mozambique, de la Cafrerie, du Congo,
(i) Les lettres de saint François Xavier ne permettent pas de le croire. Depuis la publication des originaux ou des plus anciennes copies, dans les Monumenta Xaveriana, qui font partie du vaste Recueil, en cours de publication, sous le titre de Monumenta Historica Societatis Jesu. Madrid^, i 06, Apartado, il n’est plus permis à un historien sérieux de chercher ailleurs ses citations. Saint François Xavier s’y montre beaucoup moins prolixe que ne le font paraître ses traducteurs latins.
du Chili, du Brésil, de la Colombie, du Pérou, du Paraguay, du Mexique, de la Californie et du Canada, sans parler de l’évangélisation des pays ravagés par le schisme ou l’hérésie.
Personne n’ignore comment la suppression de la Compagnie de Jésus eu 1773 faillit anéantir les résultats acquis et compromit sérieusemeut les chrétientés fondées par elle, au prix de tant de sueur et de sang. Mais ce qu’on sait le moins, c’est que, depuis le rétablissemeut des Jésuites, ils ont repris l’œuvre féconde de l’apostolat au milieu des infidèles. Aussi, puisqu’une sorte de conspiration du silence s’oppose à la divulgation de la véi-ité sur ce point, il suffira de dire que plus de 3,900 religieux de la Compagnie de Jésus, c’est-à-dire au moins un quart du nombre totaly se consacrent et travaillent, de nos jours, à la conversion des infidèles.
La France revendique l’honneur de fournir, à elle seule, un cinquième de cette légion d’apôtres, soit plus de 800 missionnaires.
Les Supérieurs de la Compagnie de Jésus sont obligés, en vertu <le l’Iustitut, de n’envoyer en mission que des sujets habitués à pratiquer l’obéissance avec une perfection peu commune. Ceux-ci doivent être prêts, au moindre signal, à être placés indifféremment ici ou là, appliqués à telle ou telle fonction, retirés ou laissés plus ou moins longtemps dans les postes qui leur sont confiés. En un mot, il leur faut être des instruments souples et dociles dans la main de celui qui les dirige de la part de Dieu. (Cf. Constitutionum, p. vu, c. 2, ii° 1.)
La prudence exige aussi que les qualités naturelles du missionnaire cadreut avec le genre de travail dont il sera chargé. Là où les affaires à traiter sont de grande importance, il faut employer des hommes d’élite et inspirant toute confiance. Si l’œuvre ne peut s’accomplir sans de grands efforts et des forces corporelles peu ordinaires, ou choisira des hommes robustes et d’une santé vigoureuse. Quaud les religieux sont demandés par des grands du monde ou de J’Eglise, il est à propos de désigner des Pères discrets et capables de bien parler, et ainsi du reste.