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CH. V. — RÉGENCE DU PERE MARQUETTE

choisis parmi les meilleurs. Après six années consacrées à renseignement de la grammaire et des humanités, arrivait le temps réservé à l’étude de la théologie. Aussi, à la rentrée scolaire d’octobre 1665, le catalogue place-t-il Jacques Marquette parmi les étudiants de théologie morale. Cependant, moins d’un an après qu’il les eut commencées, l’ordre arriva de le faire ordonner prêtre et de le faire partir pour la mission du Canada.

Dans une lettre reproduite au recueil de Margry, le P. Claude Allouez a si bien peint le tableau des vertus nécessaires aux apôtres de ces régions qu’on croirait y voir tracé, dans une vue prophétique, le portrait de son futur successeur. Il suffira d’en extraire les principaux passages :

« Les religieux de la Compagnie de Jésus, dit-il au troisième

paragraphe, qui passent de l’ancienne France à la nouvelle doivent y estre appelés par une spéciale et forte vocation. Il faut qu’ils soient des gens morts au monde et à eux-mesmes, des hommes apostoliques et des saints, qui ne cherchent que Dieu et le salut des

âmes. Il faut qu’ils aiment d’amour la croix et les mortifications, qu’ils ne s’épargnent point, qu’ils sachent supporter les travaux de la mer et de la terre, et qu’ils désirent plus la conversion d’un sauvage qu’un empire. Il faut qu’ils soient dans les forests du Canada, comme autant de précurseurs de Jésus Christ et que, comme de petits Jean-Baptiste, ils soient autant de voix de Dieu, lesquelles crient dans les déserts, pour appeler les sauvages à la connaissance du

Sauveur. Enfin, il faut qu’ils ayent mis tout leur appuy, tout leur

contentement, tous leurs trésors en Dieu seul à qui il appartient de choisir ce qu’il veut pour le Canada. Novit Dominus qui sunt ejus. Il leur fait cette miséricorde pour en faire des saints. S’ils sont fidèles à leur vocation, ils éprouveront que si, comme saint Xavier l’asseure, il y a une isle en Orient où, à force de pleurer de joye, on est pour perdre les yeux, de mesme, en s’abandonnant à Dieu dans le Canada, on y perdra la veue, la santé et la vie, à force d’y travailler et d’y souffrir pour la conversion des sauvages, à la gloire de Jésus-Christ.

» Pour convertir les sauvages il ne faut pas tant de science que

PÈRE MARQUETTE

de saincteté. Un zèle trop ardent y gaste tout ; leur naturel froid et indifferent ne veut pas estre si vivement pressé.

» S’il m’est permis de m’expliquer ainsi, les quatre elemens d’un homme apostolique en Nouvelle-France sont la condescendance et l’affabilité, l’humilité et l’abnégation de soy-mesme, la force et la patience avec une charité et une magnanimité héroïques.

» Pour convertir nos sauvages et nos barbares du Canada, il n’est pas d’autres miracles que de faire du bien, de souffrir beaucoup, de ne se plaindre de ses peines qu’à Dieu et de se tenir pour un serviteur inutile. On dit que les premiers qui font des églises sont ordinairement des saints. Cette pensée m’attendrit tellement le cœur que, quoyque je ne sois bon à rien, je desire me consumer de plus en plus, pour le salut des âmes ; Cupio impendi et superimpendi pro animabus.... »

» Voilà, mon Reverend Père, comment le P. Claude Allouez, de saincte mémoire, s’est, sans y penser, dépeint luy-mesme par ses propres paroles, qu’il n’avoit escrites que pour sa consolation particulière et desquelles Dieu voudra peut-estre bien se servir pour luy donner de dignes imitateurs. »

Le P. Marquette avait débarqué dans le port de Québec, le 20 septembre 1666. Après quelques jours de repos, passés au milieu de ses frères, au collège bâti par les libéralités de la marquise de Guercheville, il fut envoyé à la résidence de Trois Rivières, pour s’initier à la langue algonquine et à la rude vie du missionnaire, au moment où la neige commençait à étendre sur le sol son épais manteau blanc pour une longue période de froid. Sous la conduite d’un missionnaire, mûri par l’âge et l’expérience, le jeune apôtre allait être à même d’apprendre, par le détail, et dans la pratique, les conditions du nouveau genre de vie auquel il était appelé dans les desseins de Dieu, par la décision de ses supérieurs. Pour le mieux suivre, il devient nécessaire de résumer ici, d’une manière sommaire, l’état de la mission du Canada en 1666.

Collège de Québec.

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