‹ Au MississipiChapitre 19 sur 84 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Coup d'œil général sur la Mission des Pères de la Compagnie de Jésus au Canada, vers l’époque où le P. Jacques Marquette y arrive. Genre de vie des Missionnaires.

Coinine il arrive d’ordinaire à toutes les grandes entreprises, celle des Jésuites français, au nord de l’Ainérique, ne s’établit pas, sans les forcer à semer dans les larmes, avant de moissonner dans l’allégresse. Plus d’une fois, de 1632 à 1666, ils durent arroser de leur sang cette terre longtemps ingrate, et souvent une mort prématurée leur enleva les plus habiles ouvriers de la mission.

Au commencement du xvii^ siècle, à part les missions dites du Levant, la France était déjà distancée par d’autres nations dans l’œuvre des missions étrangères. Depuis longtemps, le Portugal et l’Espagne avaient ouvert à l’Évangile d’immenses empires, où la Compagnie de Jésus avait rendu à l’Église les millions d’âmes que le protestantisme avait eu le pouvoir de lui enlever, en Allemagne, en Angleterre, en Hollande, en Suisse, en Pologne ou dans les États Scandinaves. Sans doute, parmi ces apôtres envoyés d’Europe par l’institut naissant de saint Ignace, les catalogues mentionnent parfois un jésuite français, comme par

PERE MARQUETTE

exemple le P. Gérardin (l), mort en .Chine, à Taube du xviie siècle ; mais en France, arrêtés dans leur essor, pendant un demi-siècle, par la persécution ou l’exil, les premiers Pères avaient à préparer leur établissement, avant de songer à des conquêtes lointaines. Cependant, à peine rétablis par la faveur du roi Henri IV, dans un moment où ils ne pouvaient même pas accepter les collèges qu’on leur offrait de fonder de tous côtés à la fois, la Providence les obligea de prendre d’abord les missions du Levant et peu après celle du Canada. Dès 1608, le P. Coton écrivait au P. Général, Claude Aquaviva, qu’à la suite des exploits de Champlain, Henri IV demandait l’envoi de deux Pères pour travailler en Acadie à la conversion des sauvages, et promettait une rente annuelle de 2,000 livres nécessaires à leur subsistauce. Les PP. Pierre Biard et Enneniond Masse, tous les deux originaires de la province de Lyon, s’embarquèrent à Dieppe, après divers retards, le 21 janvier 1611, grâce aux libéralités de la marquise de Guercbeville, dame d’honneur de la reine, Marie de Médicis. Cette première tentative fut mise à néant par les actes de forban accomplis par l’anglais Samuel Argoll. D’autres missionnaires, partis en 1625, ne sont pas plus heureux. Eux aussi voient leurs travaux ruinés par la main cupide d’un autre anglais, David Kirke, après la prise de Québec, le 19 juillet 1629. Il fallut attendre au printemps de 1632 pour se remettre au travail. De nouveaux ouvriers quittent alors la France, suivis en 1633, 1634 et 1637 par des renforts qui portent leur nombre à 23 prêtres et 6 frères coadjuteurs. C’est à ce moment que le P. Jacques Marquette vint au monde, à Laon, le pi- janvier 1637.

Quand, à son tour, il parvint au Canada, en 1666, trente-trois ans s’étaient écoulés depuis la constitution définitive de cette mission.

(i) Cette indication est fournie par l’un des plus anciens obituaires connus, celui du fameux collège d’Anchin {Aquiscinctimim) à Douai. Il est aujourd’hui à la Bibliothèque royale de Belgique.

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