CH. VL — ÉTAT DE LA MISSION EN
tion première, ni même un séjour en cabane, ne lui avait donne la moindre idée.
On arrive au lieu du campement — il s’en fit vingt-trois en six mois — ; le premier soin est d’envoyer des squaws (femmes) couper des perches. Pendant ce temps, à l’aide de leurs raquettes, les hommes déblaient la neige en rond ou en carré et la rejettent tout au tour en forme de muraille. C’est sur ces murs que l’on plante les perches, en laissant entre elles une ouverture
Indien marchant sur la neige, a l’aide de raquettes.
au sommet. La toiture est faite de bandes d’écorce. A l’intérieur, sur le sol et contre le mur de neige, on étend des branches de pin; puis, entre deux perches fichées en terre sur le seul point dégarni de neige, on pose la porte, c’est-à-dire une peau de bêtes ou une bande d’écorce. Tout le monde peut prendre sa place. Il n’y a pas même un escabeau pour s’asseoir et les dimensions de la hutte permettent à peine d’allonger les jambes pour dormir. Le centre est réservé pour le feu, et chacun, à tour de
MISSISSIPI. — PÈRE MARQUETTE
rôle, est chargé de l’entretenir par le froid glacial des nuits. Comme l’appel d’air laisse à désirer, la fumée du bois vert trouve difficilement une issue par l’ouverture supérieure et c’est là le supplice des jours et des nuits. Les yeux et les narines n’en peuvent tolérer l’âcreté , même pendant le sommeil , et souvent il faut se coucher sur la face, si Ton veut respirer et dormir. Parfois la chaleur est intolérable, et à moins de s’exposer à un refroidissement brusque , en sortant à Pair libre , on doit se résigner à rapprocher la tête de la muraille de neige et à demeurer accroupi. Patient par nécessité, sinon par éducation, le sauvage attend là, sans murmure, le moment propice pour la pêche et la chasse, ses seules provisions consistant en gibier ou poisson. En général, l’expédition campe avant le coucher du soleil et, malgré la fatigue causée par la marche et l’installation, à moins d’avoir rencontré une bonne aubaine au moment de s’arrêter, il y a jeûne universel jusqu’au lendemain. Les chasseurs battent toute la région dans un rayon de 12 à 16 kilomètres. Si le butin est abondant, le repas sera long. Il est rare que l’on mette en réserve le moindre morceau et, si l’on a abattu une grosse bête, comme un ours, uu orignal (cerf, élan du Canada), un bisou, un karigou (renne), la cuisson demandera des heures. Ce n’est pas que chaque pièce exige une ébullition prolongée. Au bout de trois quarts d’heure, la viande est cuite (1), et il y a d’autres morceaux à faire bouillir. Toute la batterie de cuisine se compose d’une chaudière dont la malpropreté soulève le cœur. Elle est de cuivre assez mince , de grandes dimensions. En revanche, l’intérieur a une forte épaisseur de crasse. La table est mise par terre. Le couvert consiste en une écuelle faite d’écorce, sorte de vaisselle incassable et légère. A moins d’exercer une vigilance de tous les instants, les convives ne goûteront pas, les premiers ni les seuls, au bouillon et au quartier de venaison. Les grands chiens emmenés par les sauvages sont trop nombreux et trop affamés. A la moindre occasion
(i) Du moins, ces morceaux de chair saignante sont réputés cuits par l’Indien Les Européens n’en disent pas autant.
CH. VI