RETOUR
été de cinq lieues par jour dans la descente et la montée. Il .semble plus exact de dire, à cause des arrêts, qu’ils sont descendus à raison de sept lieues et remontés à raison de trois lieues. Rien d’étonnant que le P. Marquette soit rentré épuisé de fatigue après un tel voyage. La nécessité d’écrire une relation ne lui permit pas cependant de se livrer à un repos assurément bien mérité. Dès qu’il eut fini de mettre au net les notes de son journal et toutes les observations recueillies sur la route, M. Jolliet, plus vigoureux que son compagnon, se remit en route vers Québec, où le gouverneur général, M. de Frontenac, attendait des nouvelles sur le résultat de l’entreprise. Malgré ses efforts, surpris à Mackinac par les premières neiges, le délégué officiel se vit contraint d’hiverner au Sault-Sainte- Marie et ne se remit eu route qu’au printemps. Son frère Zacharie se montra plus courageux, lorsque pour informer le gouverneur d’un soulèvement préparé par les tribus de l’Ouest, il brava tout pour en apporter la nouvelle à Québec, au cœur de l’hiver. Marcher sur la neige, sauter de glaçon en glaçon, se jeter à la nage dans les parties où l’eau n’avait pas gelé, ne lui parurent qu’un jeu. Cette intrépidité ne sembla pas avoir porté la moindre atteinte à sa sauté ni à sa robuste vigueur.
Dans cette traversée rapide, à force de rames, sur les lacs Michigan, Huron, Érié et sur le Saint-Laurent, Louis Jolliet faillit perdre la vie dans le rapide de Saint-Louis, près de Montréal. Le journal du P. Marquette fut détruit dans cet accident, mais Jolliet recomposa le récit de mémoire et rien n’y contredit les observations de son compagnon (1). Pendant longtemps, en France, la part considérable prise par le jésuite à cette découverte resta inconnue, laissant la place à des revendications d’intéressés et d’ambitieux, jaloux d’une gloire si chèrement achetée. La vérité s’est faite depuis lors, grâce à l’esprit éclairé et au sentiment de justice des Américains. Marquette,
(i) Marquette, on l’a dit, avait gardé une copie de son journal, et la transcription de cette copie n’offre aucune différence notable avec le récit de Jolliet, au moins pour la substance des faits. Mais la rédaction est fort loin d’être la même.
PÈRE MARQUETTE
rholJiiiie modeste, placé au second rang par Frontenac, fut, de son temps, considéré par les sauvages comme le véritable héros de l’expédition, si Jolliet en fut le directeur officiel. Et depuis lors, de l’autre côte de l’Atlantique, tous, protestants comme catholiques, ont ratifié ce verdict. En France seulement, la haine sectaire a tenté d’ensevelir, sous le silence, le rôle prépondérant, (en raison de sa supériorité morale), joué par le P. Marquette dans tout ce voyage. Mais la fidélité des Américains à lui reconnaître et à lui accorder les honneurs dus à tant de mérite finiront par triompher d’une ignorance et d’un silence qui seraient inexplicables, si l’on ne connaissait l’empire du préjugé, même sur de bons esprits.
Marquette fut l’objet des soins charitables de ses compagnons à la mission de Saint-François-Xavier. Un an lui fut nécessaire pour se guérir de la dyssenterie, dont il fut attaqué un peu avant son retour. Car, arrivé à la fin de septembre 1673, il ne put accomplir, avant novembre 1674, la promesse faite aux Illinois de Kaskaskias.
Le récit de ce second voyage, tracé de sa main, a paru en français pour la première fois, d’après l’original conservé au collège Sainte-Marie de Montréal. On le trouvera avec quelques détails, non mentionnés par le P. Marquette, dans la lettre écrite en 1674 par le P. Claude Dablon (1). Sa mort est racontée par le P. Chollenec, dans une lettre adressée au P. Jean de Fontaney, alors en résidence à Nantes, avant le départ de cet habile mathématicien pour la Chine. Cette lettre imprimée (bien qu’elle ne soit pas indiquée par un seul bibliographe) a été copiée, par le chanoine l’Eleu, dont le manuscrit est conservé à Laon, sur l’exemplaire envoyé à la famille Marquette. Elle diffère légèrement des copies manuscrites connues, parce qu'elle les résume et les abrège en forme de sommaire. Elle présente un intérêt spécial en ce qu’elle donne plus de détails sur le transfert des restes du célèbre explorateur à Michilijiiackinac.
(i) Cf, Relations inédites de la Nouvelle-France. Paris, Douniol, 1862.