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CHAPITRE XV

Second voyage, d'après le journal autographe du P. Marquette.

Toute l’année 1673-74, le P. Marquette avait partagé son temps entre le soin de sa sauté et le travail de l’apostolat, près d’environ 2,000 nouveaux chrétiens, à la mission Saint- François-Xavier, dans la baie des Puants (Gveen-Baij). Sur la fin de l’été, la copie de sou journal étant parvenue à Québec, le P. Dablon profita du retour des canots pour envoyer l’ordre à son intrépide inférieur de laisser Saint -François -Xavier entre les mains d’un autre missionnaire et d’aller ouvrir une mission parmi les Illinois à Kaskaskias , selon l’engagement formel pris avec cette nation, un peu plus de douze mois auparavant. Accompagné de deux Français, Pierre Porteret et Jacques N. (1), dont l’un avait fait partie de la première expédition, et dont l’autre était venu de Québec, le P. Marquette se mit en route le 25 octobre. Plusieurs Indiens partirent avec eux, mais se séparèrent à divers intervalles, sans doute par amour de l’indé-

(i) Il s’appelait Lagilier, ou Largilier, et était au service de la mission, en qualité de frère donné. Son nom figure dans l’acte du i4 juin 1671, lors de la prise de possession des trois Lacs canadiens. On l’appelait aussi « Le Castor ».

PERE MARQUETTE

peiidance, sinon dans le but de pourvoir à leur nourriture par la chasse ou la pêche.

Au lieu de naviguer au large sur le lac, dont la rive orientale n’avait pas encore été relevée, les voyageurs côtoyèrent tout le temps la rive occidentale. Cette fois, le missionnaire ne paraît pas s’être trouvé dans la nécessité de manier l’aviron, et marchant habituellement sur la grève, tantôt gazonnée et tantôt couverte de sable, il montait en canot seulement pour traverser les rivières, non loin de leur embouchure dans le lac. A moins d’un arrêt dans un endroit favorable à la chasse, on dormait d’ordinaire à bord, de crainte de surprise.

Le 23 novembre , cette vie d’aventure et le froid humide , avant-coureur de la neige, et peut-être encore plus des alternatives d’abondance et de privations , ramenèrent une seconde attaque de dyssenterie. Dès les premières atteintes, une grande langueur survint, et la perspective d’une mort assez prochaine parut probable. Le P. Marquette avait constamment demandé à Dieu la grâce de finir sa vie dans ces pénibles missions, et de mourir seul au milieu des bois, comme saint François- Xavier, sur son île déserte de Sancian, dans un abandon général de toutes choses. Dans ce but, chaque jour, au saint autel, il renouvelait sa demande au Père céleste, par les mérites de Jésus-Christ et l’intercession de la Sainte Vierge Immaculée. Ce pieux désir n’allait pas tarder à se réaliser.

Dès la première chute de neige, la petite caravane se vit dans l’impossibilité de poursuivre sa route par l’Illinois, et si l’on atteignit les bords de la petite rivière de Chicago , ce fut au prix des plus pénibles efforts. Selon l’usage des Indiens, le malade et ses compagnons prirent sans retard leurs dispositions pour hiverner sous une cabane d’écorces, assez grande pour se diviser en oratoire, en salle de réception, s’il se présentait des Indiens, et en salle servant de cuisine ou de dortoir. Le premier soin du missionnaire fut de commencer, selon la méthode de saint Ignace, les exercices spirituels de la retraite annuelle, prescrite par sa règle. Que furent les épanchements

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