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C. Hobart, de Milwaiikee, un protestant, et par le général

Georges C. Ginty, alors membre de la législature du Wisconsin. Sur les instances de son ami, celui-ci soumit le projet à l’examen du Sénat et personne ne souleva aucune objection. Les adversaires, s’il y en eut, avaient cru prudent de se taire, soit à cause de l’influence du promoteur, soit dans l’espoir de mieux réussir à l’assemblée plénière du Sénat et de la Chambre du Wisconsin. En tout cas, l’un des membres catholiques, M. Keogh, ayant fait rejeter le vote à la fin de la session,

aucune objection n’eut le temps de se produire, et le vote fut

acquis sans conteste. Il ne suffisait pas d’une résolution favorable, émise par la législature du Wisconsin. Aux termes de la loi votée par le Congrès, aucun État ne devait proposer que

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deux célébrités, et ces deux illustres ne pouvaient être que des concitoyens. Sans doute, le Massachusetts avait désigné Winthrop, son plus illustre gouverneur, né dans un autre État, et mort longtemps avant toute fédération. De même, Rhode Island avait porté son choix sur Rogers Williams, fondateur de cette colonie, et de la secte des baptistes, un siècle auparavant.

A Washington, M. Mitchell, alors membre de la Chambre des Représentants, se chargea de transmettre le vœu émis par l’Assemblée du Wisconsin, et sa demande passa sans discussion. Il n’en avait pas été de même au Sénat, où M. Villas, déjà sénateur, et d’autres firent traîner la chose en longueur, parce qu’à leurs yeux le P. Marquette ne pouvait pas être considéré comme un citoyen du Wisconsin. Aussi fallut-il, pendant les vacances parlementaires, faire revenir de leur impression ces adversaires malencontreux. Mais une fois leur concours acquis, l’affaire se trouva retardée par des circonstances défavorables. Enfin, au cinquante-troisième Congrès, la résolution devint force de loi, après l’acceptation et racconiplissenieut des formalités prescrites. Dès lors, M. Peck, gouverneur du Wisconsin, n’avait plus à s’occuper que de l’exécution. Par ses soins, un concours s’ouvrit à Madisou, en 1894. Les juges désignés étaient MM. Frédéric Layton, de Millwaukee; J. W. Losey, de la Crone; James Bardon, de Supérieur; et B. M. de la Follette, de Madisou. Pour mieux dégager leur responsabilité, les commissaires firent exposer, pendant quinze jours, les divers dessins envoyés par les concurrents, dans le but de provoquer les suffrages de l’opinion publique. A la grande majorité des voix , le sculpteur Florentin, Gaetauo Trentauove, l’emporta sur ses rivaux.

Pendant ce temps , on faisait des recherches avec l’espoir de trouver, sinon un portrait du P. Marquette, dont personne n’avait connaissance, du moins des indications sur la manière de le représenter. Dans ce but, une requête fut présentée au R. P. Meyer, de Saint-Louis (Missouri), aujourd’hui assistant de la Compagnie

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de Jésus, à Rome. Cette demande avait été transmise à celui qu’on jugeait le plus capable d'exprimer une opinion motivée. D’abord, le seul nom de Robe Noire, donné par les sauvages aux missionnaires Jésuites , était une iudication suffisante sur le costume qu’ils portaient au Canada comme en Europe. D’ailleurs tous les portraits peints ou gravés des DP. de Brébeuf, Garnier, Jogues, de Charlevoix , les représentaient, comme vêtus de la soutane , dite de la Compagnie de Jésus. Comme il fallait de plus un modèle, sinon vrai, du moins peu invraisemblable, on proposa le portrait de Charlevoix , originaire de Saint-Quentin , ville située à une petite distance de Laon, mais avec la recommandation de ne pas donner au P. Marquette l’attitude d’un homme aussi âgé que son compatriote.

Quand il fut question d’ériger un monument dans la ville de Marquette, l’avis unanime fut de reproduire exactement en bronze l’œuvre de Trentanove.

Si M. Pierre White devint, par le concours de diverses circonstances, le principal donateur de la statue de bronze, il n’avait pas été le premier à s’en occuper. Déjà, M. A. E. Archambeau, président de la Société de Saint-Jean Baptiste, avait, dans ce but, réuni quelques fonds. Vers ce temps, à la suite de cataclysmes financiers, beaucoup de familles étaient tombées dans la gène , et le premier promoteur se désista de l’entreprise. Aux mains de M. Pierre White, la souscription, non sans de graves difficultés, se couvrit rapidement dès 1895, avec le concours de protestants assez nombreux, et tous d’esprit libéral et de dispositions généreuses.

Il reste à parler des discours prononcés, le 15 juillet 1897, lors de l’inauguration de la statue. Au lieu de les reproduire, ou même de les analyser, le mieux paraît être d’en extraire les citations empruntées à diverses écrivains protestants, dont ne s’étaient pas servis les orateurs de Washington. En évitant les redites, le lecteur pourra mieux juger de l’opinion publique, au sujet de Marquette. Qu’il suffise de citer les noms de ceux qui prirent la parole. M. White, M. Jacques Sherman, l’honorable

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M. Dickinson, M. James Russell, M. Pierre Primeau, le R. P. Connolly, jésuite canadien, Supérieur de Sault-Sainte-Marie , et le vénérable Mgr Mrak, évêque de Marquette, se firent entendre en cette occasion.

Voici donc, d’après eux, comment Bancroft, John Bach M*^ Master, Sparks et William Henry Melburn se sont exprimés sur le compte du grand explorateur jésuite.

D’après Bancroft , le grand historien de l’Amérique :

« L’illuslre Marquette n’est-il pas l’homme doux, au cœur grand, sans orgueil? Sa carrière n’a-t-elle pas été environnée de dangers, et cependant n’a-t-il pas exercé une inlluence considérable sur la destinée des peuples?

» Il défiait l’âpreté des climats, tantôt guéant dans l’eau, tantôt traversant les neiges, sans pouvoir se réconforter près d’un bon feu. Au lieu de pain, sa nourriture consiste le plus souvent en un peu de maïs, grossièrement concassé, ou encore de lichens cueillis sur les rochers. Son travail ne connaît aucun repos. Exposé à vivre parfois sans aucune nourriture, dormant la plupart du temps par terre, roulé dans une peau de bête, il n’en fait pas moins de longs voyages, toujours au milieu des plus grands dangers. N’est-ce pas là porter sa vie en quelque sorte dans les mains, non pas seulement tous les jours mais plusieurs fois par jour ? On peut l’affirmer, un tel homme vit, comme un malheureux, dont la tôle est mise à prix ; car à tout moment il peut craindre ou l’esclavage, ou la mort par le tomahawk, les tortures ou le feu.

» Que de fois n’a-t-il pas dû appuyer sa tête sur des rochers, comme Jacob admis à contempler Dieu? Que de fois les vieux chênes de la forêt ne lui ont-ils pas rappelé l’arbre sous lequel Abraham rompit le pain avec les anges ? Pèlerin des solitudes, n’eut-il pas chaque jour pour demeure un nouveau gîte, pour abri une toiture qui se pose en peu d’instants et pour tapis une terre verdoyante et parsemée de fleurs?

» Les nations de l’Ouest lui élèveront un monument. »

Un autre historien s’exprime ainsi :

« Après une découverte si considérable, des dangers répétés, tant de souffrances et de privations, on se serait attendu à le voir partir

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pour porter au Gouverneur du Canada, même en France, la nouvelle des résultats de son expédition. Mais la vaine gloire n’entrait pas plus que la peur dans sa nature, et ce prêtre dépourvu d’ambition va se renfermer à Green-Bay, et y reprendre humblement son apostolat près des sauvages. Si ses compagnons de route ont montré même courage et môme endurance, aucun ne l’a égalé pour son âme de héros et son désintéressement. »

John Bach Master dit :

« Toute la gloire de l’expédition appartient à Marquette. »

Ailleurs :

« Sa découverte fut la plus grande de son siècle. »

Selon Sparks, le grand biographe :

« La découverte du Mississipi ne peut être revendiquée par Soto, et riiistoire démontre que Marquette a seul tout le mérite de l’avoir découvert et exploré le premier. »

William Henry Melburn (1) compare ses travaux à ceux des Anglais :

« Au moment où les Hollandais se pressaient autour du fort Orange, cinq ans avant le premier discours d’Elliot aux Indiens, à deux lieues et demie de Boston, quand tout le pays, situé entre le Connecticut et la baie de Massachusetts, était encore un désert. Marquette et ses compagnons, debout dans leurs canots, divisaient l’Amérique en deux parties. Il est plaisant et utile de relire le récit sans emphase des efforts de cet homme aux intentions droites, afin de porter au bien les enfants sans culture de la forêt, ses leçons de vertu et de chasteté, de support mutuel et de pardon des injures. Que n’a-t-il pas tenté pour gagner leurs cœurs, en bannissant leurs vaines superstitions, pour les amener à adorer le vrai Dieu? Ni hâte, ni repos ! Le temps, la foi et l’énergie sont les forces qui assurent la conquête du monde. Voilà la leçon que j’ai apprise de Marquette et de son séjour au milieu de la sauvagerie. Aussi sa vie, comme

(i) The Pioneers. Preachers and peuple of the Mississipi.

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celles de toutes les âmes vraiment nobles, offrira-t-elle toujours le plus grand intérêt au genre humain. »

Il est à remarquer que le vieil évêque de Marquette, Mgr Mrak, âgé de quatre-vingt-sept ans, prononça son discours en langue indienne.

Non contents de perpétuer la mémoire du grand explorateur du Mississipi, sur un point du Lac Supérieur foulé par ses pas, les Américains n’ont pas tardé à provoquer un grand mouvement dans le but d’ériger un autre monument , cette fois , dans le voisinage des trois grands Lacs, sur la presqu’île de Mackinac, au point d’où partit le P. Marquette pour l’exploration du Mississipi, et où reposèrent, après 1677, ses restes vénérés.

Depuis le 15 juillet 1897, un comité s’est organisé dans ce but. Comme il comprend parmi les promoteurs plusieurs notables de Chicago, le succès ne saurait être un seul instant douteux.

Voilà donc la France honorée une fois de plus à l’étranger, dans la personne d’un de ses plus illustres enfants. Sa patrie, qui ne l’a guère connu depuis deux siècles et qui n’a pas su profiter d’une découverte équivalente à la possession de toute l’Amérique du Nord (sauf la bande étroite des douze États de l’Union), saura-t-elle enfin reconnaître par ses hommages celui à qui elle est redevable d’une gloire de plus?

Puissent les pages consacrées à la mémoire de ce grand homme contribuer au moins à le faire mieux connaître chez nous, au moins dans la ville qui l’a vu naître. Ce premier résultat obtenu, un jour peut-être il se trouvera en France des admirateurs assez nombreux qui ne voudront pas laisser aux Américains le monopole de la reconnaissance et se feront un honneur de rendre honneur au grand explorateur du Mississipi, le P. Jacques Marquette, de Laon.

Louis JOLLIET

d’après M. Eruést GAGNON

Sous-Secrétaire d’État au Ministère des Travaux publies

EN

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