‹ Au MississipiChapitre 77 sur 84 · LES ILLINOIS · texte numérisé non relu

LES ILLINOIS

pays, borné an Nord par la rivière aux Renards et à Wisconsin, et an Sud par le Mississipi, à l’Onest du 40« an 33® degré.

Il est aussi affirmé que le fleuve longe la contrée dn 40® an 33« degré.

Bancroft, dans sou w History of the United stales , vol. IV, cb. xvni, » proclame hautement la fidélité des Illinois envers la France. Quand, en exécution dn funeste traité de Versailles, le délégué anglais se présenta pour prendre possession dn port de Chartres et dn pays des Illinois, le chef des Kaskaskias, en son nom et en celui des Missouri tes et des Osages, ses alliés, refusa de se courber sons le joug de la Grande-Bretagne, et déclara an commandant français leur refus de se soumettre à l’Angleterre.

« Pars, dit-il an délégué britannique pars d’ici au plus tôt. Va dire à ton chef que nous et nos frères sommes décidés à vous combattre, si vous essayez de pénétrer dans ce pays.... Nos terres sont à nous.... Pourquoi voulez-vous venir ici? Vous ne nous connaissez pas et nous ne vous avons jamais vus. Dis à ton chef de rester sur vos terres, comme nous sur les autres... nous ne voulons pas d’Anglais parmi nous; telle est la résolution des hommes rouges. »

Le chef des Osages fut aussi véhément :

« Va-t-en et ne reviens jamais. Le Français est le seul que nous voulions au milieu de nous. »

APPENDICE XII

Les canots d'écorce.

Extrait du Mémoire anonyme adreasé au comte de P ont char tram, en 1705, et conservé aux Archives de la Marine, à Paris.

« Ces canots sont faits d’i^corces de bouleau proprement tendues sur des varangues de bois de cèdre fort légères et bien minces. Leur structure est presque semblable à celle des gondoles de Venise. Ils sont partagez en six, sept et huit places par des barres de bois légères qui soutiennent et qui lient les deux bords du canot.... Comme une seule écorce ne peut pas faire un canot tout entier, celles qui le composent sont cousues avec des racines de sapin, plus liantes et plus blanches que l’osier. On enduit les coutures d’une gomme que les sauvages tirent du sapin.... Les sauvages et leurs femmes surtout excellent dans l’art de faire ces canots; peu de Français y réussissent....

» Les coureurs de bois mènent eux-mômes leurs canots avec de petits avirons de bois dur, fort propres et légers. L’homme de

derrière gouverne le canot ; c’est l’habileté du métier. Les deux autres nagent devant.... Un canot bien monté peut faire plus de

quinze lieues par jour dans une eau dormante. Il en fait davantage en descendant le courant des rivières ; il en fait peu, quand on

monte contre le courant.... Quand on rencontre des cascades ou

des chutes d’eau qu’on ne peut pas franchir avec le canot, on gagne la terre, on descharge les ballots..., on les porte sur le dos ou sur les épaules aussi bien que le canot... jusqu’à ce que les sauts et les cascades soient passez et qu’on retrouve la rivière propre à se rembarquer. C’est ce qu’on appelle des portages.... Quand on trouve un vent favorable, c’est un grand secours pour le canotier.

APPENDICE XII

LES CANOTS d’ÉCORCE

qui ne manque pas de mettre une voile dont chaque canot est pourvu, pour s’en servir en cette occasion, et pour faire une tente à terre, où l’on descend tous les soirs pour manger et se reposer. Gela s’appelle cahaner.

y> C’est dans ce canot (1) que ces trois hommes (2) s’embarquent à Québec ou cà Montréal, pour aller à 300, 400 et jusqu’à 500 lieues de là, chercher des castors chez des sauvages qu’ils n’ont très souvent jamais vus. Tous leurs vivres consistent en quelque peu de biscuit, des poix, du bled d’Inde et quelques petits barils d’eau-de-vie. Ils sont bientôt réduits à ne vivre que de la chasse et de la pêche qu’ils trouvent sur leur chemin.... Il arrive souvent que la chasse et la pêche ne sont pas favorables, et ils sont réduits à jeûner très exactement et à ne manger qu’une certaine mousse... qu’ils appellent tripe de roche (3).

» Lorsqu’ils reviennent de leurs voyages, ou qu’ils passent d’une nation à une autre, et qu’ils n’ont plus rien à manger, ils ont recours à leurs souliers sauvages (4) et aux peaux qu’ils ont traitées, dont ils font de la colle pour se nourrir....

» Gomme il ne faut pas beaucoup de temps pour faire ce trafic, la vie des coureurs de bois est une perpétuelle oisiveté qui les conduit à toutes sortes de débauches. Ils dorment, ils fument, ils boivent de l’eau-de-vie, quoi qu’elle coûte, et souvent ils débauchent les femmes et les filles des sauvages,... Le jeu, Tivrognerie et les femmes consument souvent le capital et les profits de leurs voyages. Ils vivent dans une entière indépendance. Ils n’ont à rendre compte de leurs actions à personne. Ils ne reconnaissent ni supérieur, ni juge, ni lois, ni police, ni subordination (5). »

(1) Des canots de ce genre.

(2) Trois hommes qu’on nomme coureum de bois.

(3) Lichen.

(4) Mocassins.

(5) Cf. R, P. J. Tailha.>-, Mémoires de Perrot, p. 297-299.

APPENDICE XIII

Discours du sénateur Mitchell.

Conclusion du discours du sénateur Kyle.

M Monsieur le Président,

L’antique cité de Laon, au nord de la France, voisine de la frontière belge, est le lieu de naissance de Jacques Marquette, rhoinme jugé digne d’honneur par l’État du Wisconsin. Assise sur un rocher élevé, la ville doniiiie une plaine dont les vignobles de la Chanipagiie forment le prolongement. Une ceinture de remparts et une imposante cathédrale du Moyen Age, au cenlre de l’enceinte, en font à la fois une citadelle et un sanctuaire.

’’ Né dans un tel milieu, élevé, pour ainsi dire, entre un appareil de guerre et celui du culte, le jeune Marquette semblait prédestiné à devenir prêtre ou soldat. S’il préféra le sacerdoce, peu lui importait d’endosser la soutane ou de se revêtir d’une cuirasse. Ce rejeton d’une race de preux avait Pâme d’un héros, comme ses ancêtres, dont plusieurs se distinguèrent sur les champs de bataille du continent. Dans la guerre de l’indépendance, trois d’entre eux sont morts chez nous au poste d’honneur. A dix-sept ans. Marquette s’enrôla parmi les disciples de Loyola, et passa douze ans au milieu d’eux dans l’étude ou dans la régence. Son modèle devint saint François Xavier, l’apôtre des Indes. Il brûlait, comme lui, du désir de travailler en pays infidèle. Ses supérieurs l’envoyèrent au Canada, et il débarqua à Québec, le 20 septembre 1666, exubérant de santé, animé par la plus haute ambition.

APPENDICE XIII. — DISCOURS AU SENAT

» Eu lo24, Verruzauo, iiu tiiariu de fortune, s’il m’est permis de l’appeler ainsi, portant à son mât le pavillon de France, longeait les côtes de la Nouvelle- Angleterre et du Canada. Ce voyage constituait un droit sur les terres nouvelles, dont il avait fait la découverte. Eu 1535, Cartier, autre navigateur français, remonta le Saint-Laurent, et s’approcha du Mont-Royal, aujourd’hui Montréal. Au commencement du xvn^ siècle, vint le colonisateur Poutgravé. Champlain lui succéda. Les hommes placés sous ses ordres étaient armés d’arquebuses. Dans une bataille sur remplacement où s’élève de nos jours Ticondevoga, si la valeur de ses armes lui acquit l’amitié douteuse des Algonquins, les Iroquoîs lui vouèrent une haine implacable, et dès lors ces farouches Indiens, à plus d’une reprise, laissèrent une traînée de sang , après chacune de leurs incursions au Canada. De Tracy, puis Courcelles et enfin Talon furent envoyés tour à tour de Paris pour gouverner la nouvelle conquête. Les Récollets, ou Robes grises, arrivèrent tout d’abord, et après eux les Jésuites, ou Robes noires. Jusqu’à l’arrivée de Marquette, l’œuvre de colonisation n’avait pas réussi à peupler le pays. Des établissements sans importance et en petit nombre s’élevèrent sur les rives de Saint-Laurent. Bientôt on y vit arriver une poignée de prêtres, çà et là des marchands de pelleteries et des coureurs de bois; telle était la population. Tout compte fait, le Canada n’avait pas plus de 6,000 âmes. En dépit des efforts tentés en vue de la fonder, la colonie était restée comme un désert, sans contact avec la civilisation, sauf pour la poudre et l’eau-de-vie, et c’étaient des objets également destructeurs. Marquette se trouva donc jeté en plein domaine de barbarie, avec un crucifix pour unique protection. Son premier séjour fut à l’embouchure du Saguenai, afin d’y desservir une colonie de Montagnais et d’apprendre leur langue. Doué de facilités merveilleuses pour ce genre d’études , il posséda plus lard six dialectes indiens différents.

’’ En 1668, la direction de l’obéissance le plaça au Sault- Sainte-xMarie. Accompagné d’un parti de Nez Percés, il se mit

APPENDICE Xlil. — LE SENATEUR MITCHELL

en route par l’OItawa, (raversa le lac Nipissing jusqu’à la baie de Saint-Georges, el de là, par le lac Huron, se rendit à son poste. Pendant celle traversée dangereuse, son bras lit voler l’aviron coinnie le forçat sur les galères, au milieu des quolibets de ses compagnons de route. Le convoi s’arrêta sur la rive aujourd’hui américaine de la rivière Sainte-Marie, en un point fréquenté alors par les Indiens, Chippevva, Là, s’éleva par ses soins la première église du présent État de Michigan et ses mains ont bêché et planté le premier jardin créé au Nord- Ouest (1).

H A l’automne de 1669, se place sou départ pour la Pointe du Saint-Esprit, aujourd’hui une ville de Wisconsin. C’était une mission fondée peu auparavant, à l’entrée de la baie de Chaquamegon et non loin de l’extrémité occidentale du Lac Supérieur. Là avaient été réunis les débris des tribus de Hurons et d’Ottawas, forcés à fuir devant la férocité des Iroquois.

Marquette écrit d’intéressants détails au P. Le Mercier, supérieur des missions :

Je dois vous rendre compte de la mission à La Pointe du Saint- Esprit en pays Ottawa, comme vous m’en donnâtes l’ordre, dès mon arrivée ici après un mois de navigation, à travers la neige et les glaçons, (jui plus d’une fois ont barré la route en créant un continuel danger de perdre la vie. La divine Providence m’ayant destiné à continuer cette mission, à peine débarqué, j’entrepris la visite des Indiens répartis en cinq bourgades. Les Hurons, au nombre de 400 ou oOO environ, conservent encore un reste de vie chrétienne. La nation des Ottawas est loin du royaume de Dieu; c’est la plus adonnée de tous ces peuples aux sacrifices et aux jongleries. Ils se moquent de la prière et c’est à peine s’ils nous permettent de leur parler de notre sainte foi. Les Kiskakous, dès la fin de 1668, ont résolu d’obéir à Dieu. Ils étaient alors aux

(i) Quelques inexactitudes de détail se sont glissées dans ce discours. Le P. Marquette fut envoyé à la Pointe du Saint-Esprit (île de la Madelaine), en 1669, passa un mois environ au Saull-Sainte-Marie, puis fonda Saint-Ignace de Michillimackinak, en 1671.

APPENDICE XIII

DISCOURS AU SENAT

champs, en pleine récolte du maïs. Ils m’écoutèrent avec joie quand je leur dis que c’était pour leur salut et celui des Hurons que j’étais venu, que d’ailleurs nous ne les abandonnerions jamais et qu’ils nous seraient chers au-dessus de tous les autres Indiens (1). »

L’hiver arriva. Pour Marquette, quel affreux séjour, plein de solitude sur ce rivage désolé ! Pour lui , plus moyen de communiquer avec le monde civilisé. Il avait renoncé par sa profession aux joies du foyer, aux caresses de l’enfant, aux douceurs des entretiens avec une épouse, et la nature elle-même ne pouvait lui offrir de consolations. La gelée avait flétri l’herbe dans les prairies. Le feuillage des arbres, parés, en manière d’adieu, d’un vêtement de diverses couleurs, avait jonché le sol d’une couche épaisse. Seuls , les pins , plongés dans le sommeil, avaient conservé leur verdure; mais ils dormaient en armes, comme les preux d’autrefois. La neige, dans sa chute, imposait silence aux bruissements de la forêt. Aucun son ne parvenait à l’oreille, sinon les cris gutturaux des sauvages et des clapotements des vagues courroucées du Chequamegon.

« De l’Ouest vinrent, par troupes des bandes de Dakotas, des guerriers, aux longues chevelures flottantes, aux carquois de flèches à pointes de silex jetés sur le dos, aux massues de pierre fixées à la ceinture. Du Sud, c’étaient, venus d’une distance de trente jours de voyage, pour faire du trafic, les Illinois plus pacifiques.

« Tous ils apportaient des récits sur w la grande mer, le Mississipi. Où s’écoulaient ces eaux, nul ne pouvait le dire ; mais de grandes maisons pouvaient y flotter, et des poissons monstrueux y nageaient. L’exploration de ce fleuve, dont l’embouchure devait être, selon l’opinioq commune, en Californie, devint un plan arrêté dans l’esprit de ‘Marquette. Il écrit :

« Si les Indiens qui piomeltentl de me faire un canot ne manquent pas de tenir leur promesse, nous irons dans cette rivière; nous

(i) Cet extrait est traduit de l’anglais.

APPENDICE XIII. — LE SENATEUR MITCHELL

visiterons les peuples qui y fout leur séjour, afin de frayer la route à un grand nombre de nos Pères, qui ont si longtemps soupiré d’obtenir ce bonheur. Cette découverte nous donnera une connaissance complète de la mer, au Sud ou à l’Ouest. »

Pendant l’iiiver, son occupation principale fut d’instruire son troupeau encore indiscipliné, de baptiser les enfants et de catéchiser les adulles. Dans l’âcre fumée de sa hutte, les projets de découverte devinrent l’objet de ses inédilations. Le reste du temps était consacré à l’étude de l’Indien.

H L’année suivante, irrités de la conduite des Hurons et des Ottawas, les Dakotas renvoyèrent au missionnaire les pieuses images ({u’il leur avait envoyées en présent. On résolut de quitter la Pointe. Les Ottawas décampèrent les premiers. Marquette demeura avec les Hurons, afin de ne pas les abandonner dans leurs courses errantes, résolu à partager leurs privations. Ils s’embarquèrent sur leurs canots, puis le souvenir de pêches abondantes faites à Michilimackinac dirigea leur route vers ce rivage semé de cailloux, pebblif strand. ^ Les Hurons ou Wyaudots étaient venus de la baie de Saint - Georges , fuyant devant PIroquois. Il y avait de cela des années; en se rendant à Chaquamegon , ils avaient touché à Michillimackinac. Là , silice point inhospitalier, battu par les tempêtes. Marquette s’occupa d’abord d’élever une chapelle et de la consacrer à saint Ignace. Il écrit au P. Dablon :

« Les Hurons assistent régulièrement aux prières; ils ont été attentifs à mes instructions et se sont montrés disposés à suivre mes conseils, pour mettre fin à leurs désordres et à leurs abominables coutumes. Nous devons prendre patience. Leurs intelligences n’ont aucune culture. Ils ne connaissent rien en dehors du démon; comme leurs ancêtres, ils lui sont asservis. L’habitude du péché les y fait retomber sans cesse. Dieu seul peut fixer ces esprits mobiles, les placer et les garder dans sa grâce, ou toucher leurs cœurs, tandis que nous balbutions h leurs oreilles. »

APPENDICE XIII

DISCOURS AU SÉNAT

La lettre se teriiiiiie ainsi :

« Voilà tout ce que je puis dire de celte mission. Les caractères y sont plus doux, plus traitables et mieux disposés à recevoir rinstruction que nulle part ailleurs. Je suis prêt cependant à la laisser aux mains d’un autre missionnaire, pour aller, sur votre ordre, à la recherche d’autres peiRtles, dont nous ne savons encore rien, du côté de la mer du Sud. »

^ Colbert, eu France, et Frontenac , alors gouverneur du Canada, formaient le dessein de tourner les Anglais et de les confiner à cette ligne faible et brisée le long des rivages de FAtlantique. D’ailleurs, il leur fallait une issue plus au sud que le Saint-Laurent, pris par les glaces, pendant une moitié de l’année. L’acquisition de la contrée arrosée par le Mississipi, dont on parlait beaucoup, mais dont on n’avait pas fait la découverte , semblait de la dernière importance pour la réalF sation du plan projeté. Sur l’avis de Talon, Frontenac fit choix pour cette entreprise de Marquette et de Joliet. Ce dernier, jeune encore, Canadieji par sa naissance, était par inclination, commerçant et ami des aventures.

^ En décembre 1672, Joliet arrive à Michillimackinac et Mar» quelle, parlant de son arrivée et de son dessein, écrit :

« Je fus ravi de cette bonne nouvelle, parce que j’y voyais la

réalisation de mes désirs, et que je me trouvais dans rheureiise nécessité d’exposer ma vie pour le salut de tous ces peuples et spécialement des Illinois. A la résidence de la Pointe du Saint-

Esprit, ils m’ont demandé sincèrement de porter parmi eux la parole divine. »

L’hiver se passa en préparatifs de voyage. Le 17 mai 1673, les deux Français et cin(| Indiens (1) se mirent en route sur deux canots, avec une petite provision de maïs et de bisou

(i) Le récit dit que les compagnons des deux explorateurs étaient aussi des Français.

APPENDICE XIII

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