‹ Au MississipiChapitre 78 sur 84 · LE SENATEUR MITCHELL · texte numérisé non relu

LE SENATEUR MITCHELL

boucané , triste pitance ; mais l’espoir animait de joie leur escorte. D’abord ils longèrent la rive nord du lac Michigan, avant d’entrer dans la Grande*Baie ou Green-Bay. Les Indiens, campés sur les bords de la rivière Menojninée (peuples de la Folle- Avoine), firent de vains efforts pour conseiller aux voya= geurs de ne pas avancer plus loin. Les rives du Mississipi, disaient-ils, sont habitées par des Iribus féroces, (pii massacrent les étrangers et jettent à terre d’un coup de tomahawk tout nouvel arrivant, sans cause ou provocation. Ils ajoutaient fpi’il y a dans le fleuve un démon , dont le rugissement se fait entendre à grande distance, et (pii les engloutirait dans rabiine où il réside; que l’eau renferme des monstres eff'ra3"auts capables de les dévorer eux et leurs canots; et enfin que la chaleur est intense et les ferait mourir inévitablement. Marcpiette ne prit pas conseil de ces craintes. Le parti s’engagea dans la route suivie par Nicole!, environ quarante ans plus tôt, c’est-à-dire dans la portion inférieure de la Rivière des Renards, traversa le lac Winnebago, remonta le Fox-River supérieur, et là, par un portage, se rendit à la rivière de Wisconsin. La précédente exploration n’avait pas été plus loin. La nouvelle eut la bonne fortune de rencontrer un assez vaste campement de Maskou= tens, de Miamis et de Kickapoos, et de recevoir des détails sur la route à suivre. Marquette nomma cette rivière Mesconsiu, nom changé depuis en Ouisconsin, et finalement en Wisconsin.

Ils se laissent aller au gré du courant, franchissent les rapides et passent sur des barres de sable. Sur leur route, les forets étalent leur verte parure , les champs fertilisés par la nature sont couverts de récoltes prêtes pour la moisson. Le 17 juin, juste au-dessous de la ville actuelle de Prairie-du-Chieu, ils entraient dans les eaux vierges du Mississipi. La proue de leurs frêles canots rencontra le premier remous de la marée montante de civilisation, dont les immensités de l’Ouest allaient bientôt se couvrir. Marquette jeta les yeux sur cette scène, tableau dont aucun blanc n’avait contemplé le spectacle avant

APPENDICE XIII. — DISCOURS AU SENAT

lui, U avec une joie qu’aucune parole ne peut exprimer, ’’ pour employer sou langage. Les explorateurs gouvernaient vers le Sud, s’arrêtant le soir pour faire cuire leurs alimenis, et retournant au milieu du fleuve, pour y passer la nuit à l’ancre, par mesure de sûreté. Le voyage avait duré environ quinze jours, sans découvrir un seul vestige de vie humaine, quand ils aperçurent une piste sur le sol fangeux du fleuve. Suivant un sentier, non sans une vive appréhension, ils arrivèrent à une bourgade d’Illinois. Là, Marquette leur parla dans leur propre langue, et ils le reçurent avec humanité. Après avoir fumé en signe d’amitié, les Indiens lui offrirent le mystérieux talisman de paix, un calumet. Marquette serait le premier qui aurait enrichi de ce nom le monde civilisé.

” Le festin suivit. La pièce de résistance était un gros chien bouilli. Les voyageurs n’eurent pas la tentation d’y toucher, et préférèrent se régaler avec de la viande de bison. Après avoir quitté leurs hôtes, ils se laissèrent aller au-dessous de la rivière des Illinois (1), et un peu plus loin arrivèrent au confluent du Missouri. Là, les eaux troubles de ce grand affluent firent danser les canots. Après un peu de temps, sur la gauche, se montra l’Ohio, qui en Iroquois veut dire u Belle Rivière. « C’était tous les jours la solitude complète. Près de l’Arkansas, des Indiens, postés sur les rives, se montrèrent menaçants et s’avancèrent sur leurs canots comme pour une attaque. Elle se serait produite avec la destruction de la petite bande, si Marquette n’avait fait usage du calumet dont les Illinois lui avaient fait présent. Il le tint bien haut en manière de drapeau blanc. Les natifs firent tomber leurs armes ; les voyageurs continuèrent leur route eu paix, et débarquèrent à un village indien vis-à-vis l’embouchure de l’Arkansas. Arrivés là, ils décidèrent de revenir sur leurs pas. Un jeune guerrier, sachant l’Illinois, les avait avertis des dangers dont la continuation de leur route était

(i) Ce n’est pas évidemment la rivière de ce nom qui sc jette beaucoup plus bas dans le Mississipi, mais la rivière sur les bords de laquelle campaient les tribus d’Illinois de Peourea, Montania, etc. C’est la rivière Desmoines.

APPENDICE XITI.

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