LE SÉNATEUR MITCHELL
uieuacée, à s.avoir, la mort par la maladie on de la main des Indiens, on la captivité chez les Espagnols.
Un point important se trouvait établi. Le Mississipi ne se déversait ni dans l’Atlantiqne, ni sur les côtes de la Virginie, ni dans le golfe de Californie on mer de Vermillion, mais bien dans le golfe dn Mexique. Descendi*e pins bas, c’était s’exposer à perdre les résultats de la découverte. Les explorateurs commencèrent le 17 juillet leur voyage de retour. A force de ramer contre le flot, tout le jour, par un soleil d’été, de dormir la nuit dans la malaria de l’atmosphère, et de manger des aliments peu variés et souvent indigestes, Marquette tomba malade. Pour lui, c’était le coniinenceinent de la fin. Après de grandes fatigues, essuyées dans l’intervalle des escales, on atteignit l’Illinois et on le remonta. Ce chemin, qui aboutissait an lac Michigan, parut plus court que le retour par le Wisconsin. Sous la direction d’une troupe de jeunes guerriers itlinois, le but fut atteint sans accident, et à la fin de septembre, l’expédition, après avoir longé le lac, arrivait à Green-Bay. Leur absence avait duré quatre mois, et dans ce temps, elle avait pîircouru 2,500 milles.
Marquette a tenu un journal du voyage, et Sparks dit à ce propos :
« Le récit lui-même est écrit d’un style cludié, simple et sans prétention. L’auteur raconte ce qui s’est passé et décrit ce qu’il a vu sans l’embellir. Il n’a aucune recherche. On n’y constate aucune tendance à l’exagération, aucune tentative pour grossir les difficultés qui se présentent, ou l’importance de sa découverte. A tous points de vue, ce Mémoire est l’un des plus intéressants et aucun autre n’éclaire mieux l’histoire des premiers temps de l’Amérique. »
A Green-Bay , Marquette séjourue l’hiver et l’été suivant , avec l’espoir de guérir. Ses forces étaient revenues, au moins assez fortes pour lui permettre, vers la fin de l’automne, de partir pour le pays des Illinois, accompagné de deux Français et d’une bande de Pottawatamis. Tous ensemble, ils franchissent
APPENDICE XIII. — DISCOURS AU SENAT
le portage à la baie des Esturgeons et côtoient la rive occidentale du lac Michigan. Des tempêtes les avaient retardés, et il fallut un mois avant d’arriver à la rivière de Chicago. La maladie de Marquette, une forte dyssenterie, le reprit pendant le voyage. Trop faible pour aller plus loin, il passa l’hiver avec ses deux compagnons, près de l’emplacement où s’est élevé Cliicago et y souffrit du froid, de la faim et de la maladie. Mais il avait promis aux Indiens de Kaskaskias, sur l’Illinois, de revenir vers eux. Au printemps, un léger retour de force lui donna le courage de les visitei*, et ils le reçurent u comme un ange descendu du Ciel. «
« Cependant la vie s’échappait rapidement de son être. Il se décida pour un retour immédiat à Saint-Ignace, afin d’y juourir, s’il était possible , au milieu de ses frères. Le canot se mit en marche, en suivant la rive orientale du lac Michigan, et le 18 mai 1075, sentant approcher sa fin, le malade se fit débarquei‘. Ensuite il donna des ordres pour sa sépulture, pria ses compagnons de lui pardonner les peines donl il avait été l’occasion et expira dans la paix.
« Deux ans plus tard, les Indiens Kiskakons, autrefois ses disciples, en revenant d’une de leurs chasses, passèrent do ce côté et cherchèrent sa tombe. Ils déposèrent ses ossements dans un coffre d’écorce, puis une flotille de 30 canots les transporta, avec le grand respect, à Saint-Ignace. La barque mortuaire du roi Arthur ne portait pas la dépouille mortelle d’une âme plus chevaleresque, en se rendant à l’île d’Avaloo. Prêtres, Indiens et commerçants voulurent recevoir au bord du Lac le cortège funèbre, et porter le cercueil rustique à la chapelle. Là eurent lieu les funérailles, au son de la cloche et aux accents harmonieux de la langue maternelle, avec des cierges, ardents comme son zèle, au mileu de tourbillons d’encens s’élevant, comme ses aspirations, vers le ciel.
De charmantes manières, du courage et de l’abnégation, tels sont les traits caractéristiques de Marquette.
« Eu manière d’énergie, on peut lui égaler les autres missiou-
APPENDICE XIIÎ. — LE SENATEUR MITCHELL
iinires de son Ordre. Por sa disliiiclion nalurelle et son éducation, il leur fut supérieur. C’était un bomme dévoré de zèle, si vous voulez, mais il ne me convienl pas de lui en faire un reproche, lia religion est semblable à un bijou caché dans la tête d’un crapaud. A chacun de chercher le sien. Pour Marquette, le désir secret d’un cœur détaché des choses de la terre, et plein de délicatesse, lui faisait chercher ses consolations dans le ciel. Un seniiment chevaleresque se mêlait à la ferveur de sa dévotion et planait au-dessus des réalités âpres et dures de la vie de chaque jour.
II était jésuite , c’est encore vrai. Toutes les fautes qu’on leur reproche sont celles de leur temps. Les puritains n’étaient-ils pas, eux, des fanatiques? D’ailleurs la question de la conduite des jésuites en d’autres pays ne nous concerne pas. Ici, daus l’Amérique du Nord, ils se dressent comme des héros, au-dessus de l’armée de la civilisation en marche vers le progrès. Comme explorateurs, ils s’élancèrent vers le désert et la barbarie, sans hésitei-, dans un profond mépris d’eux -mêmes, toujours à l’avantgarde, quand les autres se contentaient de suivre, guidés par les calculs de la circonspection.
Bancroft écrit à leur sujet :
« Défiant l’inclémence du climat, passant à travers l’eau ou à travers les neiges, sans se réconforter près d’un bon feu, vivant, en guise de pain, avec du maïs concassé, ou souvent encore, à défaut d’autres aliments, de lichens cueillis sur les rochers, travaillant sans relâche, bien qu’ils fussent exposés à vivre, pour ainsi dire, sans nourriture d’aucune sorte, n’ayant pas de demeure, obligés de faire de longs voyages semés de continuels périls, portant leur vie dans les mains, ou plutôt chaque jour, sinon plus souvent, leurs tètes servant de cible, s’attendant à l’esclavage, ou à la mort par le tomahawk, les tortures et le feu. »
Mais les qualités de prêtre et de Jésuite, n’ont eu aucune part dans la détermination du choix fait par le Wisconsin, en accordant à Marquette les honneurs du Musée de Statues. La pureté et la sainteté de sa vie, ses écrits et sa renommée, comme explorateur du Mississipi,
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