‹ Au Mississippi; la première explorationChapitre 23 sur 59 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Sentiments et conduite des Anglais, avant et après la découverte du Mississipi.

Tandis que Frontenac semblait ne faire aucun cas de l'expédition entreprise par Jolliet et le P. Marquette, comme on a pu le juger d'après son rapport à Colbert, les Anglais ne cessaient d'envier à la France son établissement au Canada. Déjà, deux fois, en 1613 et 1629, des aventuriers, ArgoU et Kirke, encouragés par le gouvernement britannique, avaient tenté un coup de main sur Québec, en pleine paix, et s'y étaient fixés en maîtres (1). A tout moment, excités sous

(i) Avant de devenir baronets et gouverneurs de colonies, Samuel ArgoU et David Kirlie étaient de simples corsaires ou écumeurs de mer. L'ambassadeur de Jacques I•^ à Paris, Sir Thomas Edmondes, signale à son maître, le ai octobre x6i3, les cruautés exercées par S. ArgoU contre un navire français. De son côté, Tamiral H. de Montmorency demande aux Anglais cent mille livres, pour la perte subie en cette occasion par la marquise de GuerchevUle et la mise en liberté de deux Jésuites français (Masse et Biard). Après une réponse dilatoire, l'Angleterre désavoue ArgoU, rend le Canada et fait droit aux réclamations de la France. Peu après, Samuel ArgoU devient sir Samuel Argoll et gouverneur de Virginie. Plus tard, David Kirke partit de Graversend, le 96 mars 1639, avec une escadre armée, dont le gouvernement anglais supportait la dépense, et muni d'une commission royale. Le roi lui-même l'avoue à son ambassadeur à Paris, mais lui défend de le laisser savoir aux Français. Cependant les articles de la capitulation signée par ChAmplaln mentionnent le fait

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mains et armés en secret par les Anglais, les Iroquois avaient ravagé les premières colonies françaises. Aussi, comme le Yojage du Jésuite et de son compagnon venait de consolider et d'étendre le vaste empire, placé par là-méme sous la dépendance de la France, ce résultat ne pouvait manquer de déplaire . à l'Angleterre.

Les régions qu'elle occupait dans le Nouveau-Monde présentaient des limites naturelles qu'elle n'avait pas encore pu franchir jusque-là. L'Acadie n'était pas encore tombée en son pouvoir et bornait au Nord ses possessions. A l'Est, l'Océan lui servait de défense. Les monts Alleghanys, à l'Ouest, formaient sa frontière et la séparaient de l'immense prairie, dont les cours d'eaux vont se déverser dans le grand fleuve. Enfin, au Sud, la Floride, colonie espagnole, ne lui permettait pas de s'avancer plus loin. Cette région, qui forme aigourd'hui les États océaniques de la Confédération américaine, vers l'Atlantique, promettait d'ôtre un jour florissante et prospère. Mais elle ne constituait qu'une faible portion du continent américain.

Plusieurs documents forts précieux, rencontrés au cours de cette étude, vont faire voir combien les Anglais se sont montrés persistants dans la revendication des terres situées à

fort expUcitement. Kirke s'empare de Québec le 9 juillet, et s'y maintient, comme gouverneur du Canada, jusqu'au i«r avril i83a.Dans l'intervalle, il avait reconnu, devant le juge de l'amirauté. Sir Hen. Marten, qu'il avait, en temps de paix, reçu tout pouvoir du roi, pour chasser les Français de leur colonie. Sa déposition fut faite le 37 mai i63i. Obligé de tout rendre, David Kirke ne tarda pas à devenir Sir David Kirke et gouverneur de Terre-Neuve. Pendant longtemps, sa famille protesta contre la restitution du bien volé et sollicita des dédommagements. Les Archives du Record Offiee sont pleines de ces doléances. Tous ces détails et bien d'autres, capables de fournir une lecture intéressante, se trouvent dans les Colonial papers, America and West Indies; Correspondance of France; Coke, mn,; HisL mn,; Commission, Report XII; Colonial papers, 13 novembre 1637, p. a 60, etc., etc.

On doit ajouter que Charles I"' aurait conservé le Canada, sans la menace sérieuse de la guerre qu'aurait soutenue la France pour en reprendre possession (Cf. Record Office, vol V, n« 3). Il avait déjà renvoyé Kirke avec six vaisseaux et trois pinasses, avant de connaître l'armement d'une flotte française, prête à sortir du port. Aussitôt cette nouvelle reçue, Dorchester écrit à sir Isaac Wake pour lui annoncer que le roi est décidé à restituer, mais e[ue cette détermination doit rester secrète. La rétroces-

l'ouest des AUeghanjSy malgré réyidence des droits de possession acquis par la France en 1673.

£n uiâme temps , un instrument diplomatique, jusqu'ici inconnu» confirmera la priorité incontestable de Jolliet et de Marquette, à qui revient la gloire d'avoir, les premiers, découvert le Mississipi.

n devint nécessaire, en 1750, de répondre à la Grande-Bretagne, qui se croyait le droit non seulement de négocier sur place avec les Indiens campés à l'ouest des AUeghanys, mais encore d'occuper ces territoires. La raison que donnait la diplomatie britannique est assez curieuse. Avec une désinvolture surprenante, les Anglais contestaient à la France le droit de se fortifier tout le long de leurs frontières, comme on le verra ci-après plus en détail. Voici comment il y fut répondu, et le document se borne à reproduire un Mémoire de 1688, conservé au secrétariat du « Chasteau de Saint-Louis de Québec, n et certifié conforme, collationné et figuré, le 1*** août 1750.

» Archives des Affaires étrangères. Amérique, V. f. 544-559 excL

• Mémoire pour servir d'éclaircissement sur le droit que ies François ont dans la proprietté des pays de l'Amérique septentrio-

sioQ est signée en mars i63a, et l'acte porte que le général de Gaen recevra 343, a 5o livres, somme égale au montant des prises faites par les Anglais. Elle fut effectuée le i** avril. Gomme le grand sceau avait été apposé à Tacte, Charles l** déclara aux Anglais que la transaction était faite malgré lui et dans le même temps il faisait dire à son ambassadeur près la Cour de France, qu'il eût à mener Taffaire à bonne fin, sans aucune réplique. La situation devenait mauvaise pour les flibustiers à la suite des Kirke. Évincés de Québec, ils se retournèrent vers le roi d'Angleterre et lui proposèrent, dans un mémorandum, d'être autorisés à se compenser par la force : c L$t them right themselves and the strongesi earry it, » Ils demandaient que les pouvoirs royaux ne fussent pas scellés du grand sceau, mais sous seing privé, pour que la commission fût moins connue : c The grant to pass no further than the privy seal, that it may not be so publiely known. » (On trouvera le texte dans les Colonial papers du Record Of^ee (année 1637, vol. IX, n* a, p. a 19).

En i654, Louis, Jean et Jacques Kirke réclamaient encore à l'Angleterre 1,309,588 livres françaises, 18 sols tournois, pour les pertes qu'ils avaient subies.

nale, spécialement pour la partie méridionale de TAcadie, depuis Pantagonët jusques à la rivierre de Quimbequin, le pays des Iroquois et la Baye d*Hudson, avec les postes qui sont occupez par eux, et par les Anglois, envoyé en Cour par M. le marquis ' de Denonville, gouverneur et lieutenant-general pour le Roy en la Nouvelle-France, pour satisfaire à celui fait à Versailles, le 8* mars de la présente année 1688 (1). Signé Louis et plus bas : Colbert.

-» Le sieur de Champlain a très bien traitté cette question dans son livre, intitulé : Les origines de la Nouvelle-France occindêntale, ditte Canada, par le sieur de Champlain. Paris, chez Pierre Lemur, dans la grande salle du palais, 1682.

> Sur la fin de ce livre, page 290, le sieur de Champlain fait une espèce de dissertation qui décide clairement la question. Il Tintitule ainsy :

» Abrégé des découvertes de la Nouvelle-France, tant de ce que nous avons découvert, comme aussi les Anglois, depuis les Virgines.... (2).

> Et comme c'est un usage établi et un droit reconnu chez toutes les nations chrétiennes que les premiers qui découvrent une terre inconnue et non habitée par des Européens et qui y arborent les armes de leur prince, la proprietté en appartient à ce prince, au nom duquel ils en ont pris possession.

» Sur ce principe, et ne se trouvant aucun auteur qui disent que les Anglois ayent pris possession des terres du Canada ny icelles découvertes, sinon après les François, n'estant venus aux terres du Canada, de la Virginie et de la Floride qu'en 1594.... (3).

> Pour venir maintenant aux possessions et etablissemens qui ont esté fait depuis le poste de Niagara, en remontant le fleuve Saint- Laurent, le sieur de la Salle, avec trente François, dont M. Dollier prêtre, Supérieur du séminaire de Montréal estoit du nombre, a fait le tour du lac Ërié et pris possession des terres circonvoi-

(0 Le Mémoire renvoie ici knLes voyages de la Nouvelle-France occidentale, ditte Canada, par le sieur CuAMPLAiifr. Paris, chez Pierre Lemur, dans la grande salle du Palais, i68a. » 11 est dit que Tauteur traite parfaitement bien toute la question dans cet ouvrage. — L*incendie du château Saint-Louis au xix* siècle, le a3 janvier i83â, double rinlérêt de la copie authentique envoyée à Paris en 1760.

(a) Les passages supprimés n'ont aucun rapport avec la question du Mississîpi.

(S) Même remarque que dans la note précédente.

sines, après que le siear JoUiet, avec le P. Marquel[te], Jésuite avoit longtemps auparavant fait les mesmes actes pour renouveller les prises de possession du sieur de Ghamplain en 1612....

> La possession qu'ils [les Français] ont du grand fleuve Mississipi, qu'ils ont découvert jusques à la mer du sud, et sur lequel fleuve ils ont pareillement plusieurs établissements, comme aussi des rivières d*Hoyo [Ohio], Ouabache [Wabasb] et autres qui se jettent dans le dit fleuve de Mississipi, avec les pays et terres et environs des dites rivières et où ils sont aussi actuellement de commerce, lesquels pays il est aisé de connaistre par la carte générale T Amérique Septentrionale.... >

Un peu plus loin^ on lit :

» [F. 552 verso,] L'année d'après 1672, la rivière de Mississipi et en même temps les Il[l]inois, Gbaouanons et autres peuples, inconnus aux Européens, furent découverts par le sieur Jolliet avec le P. Marquette], Jésuite, qui furent jusqu'au 32* degré et plantèrent les armes du Roy, prenant possession de tous ces peuples nouvellement découverts.

> Et quelques années [après], le sieur de la Salle poussa plus loin la même découverte jusques à la mer, prenant partout possession, par les armes du Roy qu'il y a mises.

» Tout ce que dessus montre assez le droit incontestable que les François ont sur les terres.... [f. 553 recto] et fait aussi connoUre la possession qu'ils ont du grand fleuve de Mississipi qu'ils ont découvert jusques à la mer du Sud, et sur lequel fleuve ils ont pareillement plusieurs établissements, comme aussi celle des rivières d'Hoyo, Ouabache et autres qui se déchargent dans le fleuve de Mississipi, avec les pays et terres et environs des rivières et où ils sont aussi actuellement de commerce, lesquels pays il est aisé de connoistre par la carte générale de l'Amérique septentrionale.

> GoUationné et figuré sur une copie de mémoire ou notte en papier, non signée, estant au secrétariat du Ghasteau Saint-Louis de Québec, où elle est restée, par le notaire royal en la prevosté de Québec, y résident, soussigné, cejourd'huy vingt-cinq juillet mil sept cent cinquante.

DULAURKNT.

> François Bigot, conseiller du Roy en ses conseils, intendant de justice, police, finance et de la marine en la Nouvelle-France,

> Certifions à tous qu'il appartiendra que M. Dulaurent, qui a signé la collation cy dessus est notaire royal en la prévôté de Québec et que foy doit estre ajoutée à sa signature en ladite qualité. En témoin de quoi nous avons signé et fait contresigner ces présentes par notre secrétaire et à icelles fait apposer le cachet de nos armes. Fait en notre hôtel à Quebecq, le i®' août mil sept cent cinquante.

[Sceau.]

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