‹ Au Mississippi; la première explorationChapitre 38 sur 59 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Découverte des restes du P. Marquette à MiohilUmackinac, le 3 Septembre 1877.

Depuis le 9 juin 1677, les restes du grand explorateur, desséchés avec respect par les Indiens Kiskakons, au lieu de la première sépulture, c'est-à-dire à Luddington, anciennement Père Marquette, reposaient en paix (on le croyait du moins) sous le sol de la première chapelle catholique de Mackinac (1). S'appuyant sur une tradition dont ils se portaient garants, les vieillards aflb*maient qu'un grand évêque avait été enterré dans un terrain devenu propriété privée, sur lequel s'élevait un bois d'un arpent environ. Comme ces dires venaient des Indiens, et que, pour eux, le mot Kilchimekaiewikanaie signifie également l'Évoque et un prêtre illustre, rien ne s'opposait à ce que le P. Marquette eût été inhumé en cet endroit. En tout cas, il ne pouvait être questfon d'aucun des prélats qui ont gouverné l'église de Québec.

En 1706, la chapelle de la mission avait été brûlée par les Pères de la Compagnie de Jésus, en se retirant avec les Indiens,

(i) CeUe qu'avait élevée le P. Marquette lui-même en 1671.

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pour leur épargner le scandale des mœurs licendenses en usage chez les coureurs de bois» hélas i tous Français. Elle élait construite en bois, et cette circonstance semblait devoir rendre les recherches plus difficiles. Gomment retrouver trace de la construction, si la flanmie avait tout détruit? En fait, personne ne pouvait rien préciser sur le site de l'ancien édifice. Un habitant de Mackinac, H. David Murray, Irlandais, originaire du comté de Mayo, occupait une maison voisine du bois pré* cité, dont il était propriétaire. Malheureusement l'idée d'entreprendre des recherches lui était odieuse, et d'honorables mais vains scrupules l'inclinaient à y voir une profanation de sépulture. Aussi toutes les sollicitations du clergé paroissial avaient* elles été rejetées jusqu'alors. En 1877, la nécessité, où il se vit de défricher le bosquet, en vue d'agrandir son enclos, parut une occasion favorable de renouveler les démarches. Cette fois encore, on se heurta à un refus poli mais formel. Cependant le travail de destruction commencé, les ouvriers ne tardèi*ent pas à trouver des vestiges de la chapelle et de la maison des Pères, dont l'abattage des arbres mit au jour très nettement les fondations.

Ému de cette découverte, le Révérend Edouard Jacker, curé de Michillimackinac, en fit aussitôt part à l'évéque de Marquette, Mgr Ignace Mrak, qui vint en personne prendre connaissance de l'état des choses. Sur ses instances et gr&ce aux bonnes raisons données par le prélat, le propriétaire récalcitrant permit enfin de sonder le terrain. C'était bien là le poste choisi par les Jésuites, et indiqué, dès 1688, avec la plus grande précision, par Lahontan, sur la carte gravée qui accompagne son ouvrage, n était situé à la pointe la plus septentrionale de la péninsule, entre le campement des Ottawas et celui des Hurons, établi sur la baie dite des Hurons, appelée par eux Nadowekeyamishing , et aujourd'hui, en anglais, East Moran Bay, en face de l'Ile de Mackinac.

Toute opposition ayant cessé, les ouvriers se mirent à l'œuvre. Le déblaiement commença le 3 septembre 1877. Dans

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la portion jadis consacrée à Fhabitation du missionnaire, il se trouva des débris indiquant Texistence d'une forge. Sans doute les coureurs de bois, demeurés seuls après le départ des Jésuites, avaient transporté là une de leurs industries ordinaires, dans i'intenralle de leurs chasses ou de leurs voyages pour le commerce des pelleteries.

Ailleurs, sur la gauche, au fond de l'ancienne chapelle, les terrassiers découvrirent une cavité non voûtée, à section do trapèze, et au-dessous de son extrémité inférieur^ leurs instruments dégagèrent une autre excavation de. moindre largeui*. Bientôt un morceau d'écorce, encore bien reconnaissable, fut retiré de ce trou. U était facile de constater que l'action du feu s'était fait sentir sur le bois. D'autres ne tardèrent pas à se rencontrer au milieu de sable, de gravier et de plusieurs fragments d'os humains de diverses grosseurs; les uns noirs mais solides, et d'autres assez blancs, mais la plupart cassants et friables. Dès ce moment, les plus grandes précautions furent prises avec l'espoir de reconstituer le squelette entier. L'opération cependant allait bientôt se terminer sans réaliser ce pieux désir. En effet, en approchant du fond de ce trou, les ouvriers ramenèrent un assez large morceau d'éeorce, arrondi à ses extrémités et paraissant avoir formé le fond d'un coffire. D'une part, l'action du feu ne s'était pas exercé si bas et| par conséquent, personne n'avait probablement touché à cette partie. D'autre part, au-dessous, il n'y avait que des morceaux de bois pourri; évidemment des traverses placées là pour séparer la boite du sol inférieur et la terre qui les supportait avait toute apparence d'ôtre restée vieige, c'est-à-dire à l'abri de la main des hommes.

Des sondages furent pratiqués sur d'autres points et n'amenèrent aucun résultat. En récapitulant les faits, il était facile de conclure :

1^ La chapelle était placée comme l'indique Lahontan.

i^ Le P. Marquette est le seul missionnaire dont l'inhumation ait été faite dans cette ehapeUe.

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3^ I«a sépulture avait été violée, postérieurement à 170G.

4^ La plus grande partie du squelette avait disparu.

Dès le lendemain y le sable retiré de la fosse fut soumis à un examen plus approfondi, et tout compte fait, quand le P. Jacker apparut sur le chantier, on en avait retiré trente-six fragments. Lui-même eut le bonheur d'en découvrir un de plus. Restait à les soumettre à l'inspection d'un médecin, au moins les plus gros morceaux. Après les avoir bien ccmsidérés, ce dernier rendit son jugement et déclara qu'ils appartenaient à l'espèce humaine. Parmi ces débris, l'un d'eux, une partie de Fos firontal, présentait une particularité inattendue, à savoir : une incision très nette, pratiquée avec un instrument tranchant. Or les Kiskaskons avaient, selon leur coutume, enlevé la peau encore intacte, et cette opération n'avait pu se faire sans incision sur le erftne. S'il avait pu rester le moindre doute, ce point aurait servi à témoigner de la provenance des ossements. On était donc en présence des restes du vénéré P. Jacques Marquette.

U convient maintenant d'expliquer la disparition des autres parties du squelette. Elle n'était pas l'oeuvre des Jésuites. A supposer qu'ils en eussent eu la pensée en quittant Hackinac, leur premier soin aurait été d'enlever les précieux ossements avant de mettre le feu à leur église. Or la destruction est postérieure à Tincendie. D'ailleurs, les relations inédites du xviii* siècle en auraient fait mention et elles gardent sur ce point un profond silence. Même en admettant que l'ouverture de la fosse eût pris place après la destruction du sanctuaire, elle eût été faite avec plus de -soin et plus de respect, puisque la mémoire du P. Marquette est demeurée en vénération dans l'esprit de ses successeurs. Le coffre d'éeorce aurait été retiré en entier et aucun fragment n'aurait été rejeté pêle-mêle avec du sable et du gravier. Les Français restés maîtres du terrain ont bien pu occuper la maison d'habitation et l'approprier à leurs usages. Mais savaient-ils que le P. Marquette fût enterré sous la chapelle? Même s'ils le savaient,

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