‹ Au Mississippi; la première explorationChapitre 40 sur 59 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Statue en marbre blanc, érigée dans le Musée du Capitale à Washington, aux frais du Wisconsin, en l'honneur du P. Marquette.

En 1864, le Congrès des États-Unis statua que l'ancienne salle affectée aux débats des Représentants serait transformée eu un musée, où chaque État serait invité à placer la statue de deux des hommes illustres qui auraient le plus contribué à sa gloire. Le Wisconsin choisit, en 1898, le P. Marquette, et décida de faire sculpter en marbre l'image, lu plus conforme à la vérité, de ce célèbre personnage. Un artiste italien, Gaetano Trentanove, se chargea du travail. Après avoir en vain multiplié ses recherches, en vue de trouver un portrait ou un simple croquis, le statuaire fut réduit aux seules ressources de son imagination. Cependaut, sur un conseil donné par les hommes les plus compétents, son modèle fut pris sur un portrait du P. de Charlevoix, peint sur écorce d'érable à sucre, pour les Dames Ursulines de Québec. Mais à ce conseil» le connaisseur consulté avait ajouté celui de rajeunir les traits.

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iCH. XVIII. — STATUE EN MARBRE BLANC 183

La statae^ jsuriva en février^lSO? et fiit aussitôt jiiise en place sur le coté ouest de la salle, contre un des piliers gigantesques qui en ornent le pourtour, entre la statue du général Philippe Kearney, en bronze, donnée par l'État de New Jersey., et ceffê du Président Abraham Lincoln, celle-ci en marbre blanc. Les dimensions sont de huit pieds anglais. On considère cette représentation comme une oeuvre d'art. La figure^ bien taillée, présente un front élevé; l'artiste a donné au modèle le nez classique des Grecs et un regard pénétrant. ; La barbe laisse deviner un menton ovale, et l'ensemble respire tout à la fois le repos dans la contemplation, beaucoup d'énergie - et une extrême bienveillance. La chevelure retombe abondante en boucles, par derrière, sur les oreilles et sur le cou, dans le but de faire mieux ressoiiir la virile délicatesse des traits. De la main gauche, le sujet tient un pan du manteau bien drapé, coumie la soutane. La main droite présente la carte du Mississipi. Enfin un chapelet pend de la ceinture à gauche et un crucifix y est inséré à droite.

D'ordinaire., chaque état fait une présentation solennelle en grande cérémonie ; le Congrès accepte et on découvre publiquement la nouvelle statue. Un groupe de journalistes, mécontents des honneurs ainsi rendus à un prêtre de l'église catholique romaine et a un Jésuite^ résolut de provoquer une opposition. Dans ce but, ils lancèrent un peu partout untélégramme rédigé de manière à exciter des protestations, et annoncèrent, contrairement à la vérité, la présence du nonce apostolique, le cardinal SatoUi, celle du cardinal Gibbons, archevêque de New-York, des ambassadeurs de France et d'Italie , et de phisieurs digofitaires ou notables de rÉglise catholique.

Ce fut pour le représentant du Michigan, M. Linton, une occasion naturelle de placer un discours plein de fiel, comme ceux qu'il a prononcés contre toute subvention aux écoles catholiques des Indiens, et dans cette circonstance, peut-être

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liiénagée par lui-iaêDie» il ne s'en fit pas faute. A l'entendre, Marquette était un prêtre, non un enfant de rAuiérique. La liberté lui était absolument inconnue. Jamais, même en rêve, il n'avait pu avoir l'idée de l'État dont il était destiné à illustrer le nom. Pouvait-on songer à laisser sa statue dominer celle d'un martyr, Abraham Lincoln, assez ami de la liberté, pour la donner d*un trait de plume à quatre millions d'esclaves.

A deux reprises, l'honorable représentant du Michigan déposa des conclusions: la première fois, en vue de supprimer toute allocation à des écoles confessionnelles, la seconde fois, pour faire ordonner l'enlèvement de la statue du Capitole.

L'agitation causée dans la presse par une attitude aussi provocante prit des proportions telles, que le gouvernement résolut avec sagesse de supprimer toute cérémonie, de découvrir sans bruit la statue et de la Caire garder nuit et jour pendant un peu de temps. Comme il était à prévoir, tout le tapage cessa bientôt en présence d'une décision ferme et pleine de dignité. Les auiîs politiques eux-mêmes de l'honorable membre pour le Michigan, convaincus du mauvais effet produit dans l'opinion publique, des gens sages et modérés, furent les premiers à lui conseiller le silence, et ses résolutions n'obtinrent l'honneur ni de la discussion ni du vote. D'ailleurs, plusieurs années auparavant, en 1887, l'oflire de la statue avait été faite au Congrès et acceptée par lui.

Une circonstance imprévue permit, au mois de mars 1896, de faire réparer par le Sénat le mauvais effet produit sur les uns par l'attaque de M. Linton et les autres par son insuccès. Le gouverneur du Wisconsin écrivit au Président du Sénat, la lettre suivante :

< MoNsnuB,

• Il m*est agréable de vous informer, vous et le corps honorable que vous présidez, que l'état de Wisconsin, en réponse à l'invi-

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Ution étendue aux États de TUnion (section i8i4 des statuts revisés des États-Unis) et en conformité avec la résolution prise à la première session du Congrès de 1893, a placé dans l'ancienne salle de la Chambre des Représentants, au Capitole des États-Unis, une statue en marbre du P. Marquette. Cette statue a été faite en vertu d'un acte de la législature de cet État passé à la session biennale de 1887, et elle est Tœuvre d'un sculpteur Italien, M. G. Trenlanove, de Florence, Italie.

» J'ai l'honneur, au nom de l'État de Wisconsin, d'offrir cette statue au Sénat des États-Unis.

» Je suis. Monsieur, avec profond respect.

» Tout vôtre » W. H. Upham, > Gouverneur du Wisconsin,

» A l'honorable Adlai E. Stevenson,

» Vice-Président des État-Unis,

» et Président du Sénat, Washington, D. C. (I). >

(i) Executive chamber,

« Madison, Wis. March 19, i896.

» SiB,

> It gives me pleasure to inform you, and through you the honorable body aver uihiehyùu préside, that thestate of Wisconsin, in response to the invitation exttnded to the states ofthe Union, under section i8i4 of the Revised statules of the United States, and in aceordance wilh the resolution passed at the first session of Congress in 1893, has placed in the old Hall of the House of Représentatives at the Capitol of the United States a marble statue of P. Marquette, This statue was made in pursuance of an act of the législature of this state, passed at its bienniai session iti 1887, and is the work of the Italian sculptor, M. G. Trentanove, of Florence^ italy,

• I hâve the honor, in hehalf of the state of Wisconsin, of presenting the statue to the Congress of the United States,

» / am. Sir, very respectfully, yours,

> W. H. UrphàMi » Gavcmor of Wiscwmn.

» Bon. Adlai E. Stevenson,

• Vice-Président of the United States,

n and Président of the United Senate, Washington, D, C* »

A la suite de cette démarche officielle, la question se posa devant le Congrès, et à cette occasion plusieurs orateurs prononcèrent les discours qui, en raison de leur importance, seront reproduits à l'Appendice intégralement ou en partie.

En lisant ces discours, il ne sera plus possible de douter du sentiment de reconnaissance et d'admiration des Américains pour le P. Jacques Marquette de la Compagnie de Jésus, premier explorateur du Mississipi.

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