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mal inné des hommes de sa race, — que toutes les particularités de son existence avaient conspiré à exacerber en lui. — Il en vint à se concevoir comme une sorte de Fléau de Dieu, doué d\ui prestige fascinant et mortel « qui faisoit à la fois son supplice et son génie' )), semant les passions et les larmes, brûlant les cœurs, les dévastant si à fond que l'amour ne poussait plus où il avait passé. Ainsi se dégagea peu à peu dans son esprit le type de « René ». Il y était depuis des années en germe, sans doute, mais à l'état latent. Et ce fut, je crois bien, la cruelle expérience de Bungay qui le féconda, lui donna forme, l'obligea de s'exprimer, même s'il ne devait atteindre que plus tard à toute sa maturité d'orgueil, de désenchantement et de satanisme.
L'auteur des Mémoires nous raconte que, dans les premiers temps qui suivirent sa fuite, il écrivait à Charlotte de longues lettres qu'il déchirait». Peut-être, en effet, les déchirait-il, mais tenez pour certain qu'il en conserva les morceaux. On les trouve, Dieu merci, soigneusement utilisés dans les Nalchez, et, pour se faire une idée du ton de ces épîtres que la fille du pasteur ne lut jamais, il suffit de parcourir la fameuse « Lettre de René à Célata* », dont les pages, quoique retravaillées, et, si j'ose dire, violemment renéisées depuis les