‹ Au pays d'exil de ChateaubriandChapitre 87 sur 128 · Atala, p · texte numérisé non relu

Atala, p

rent du symbole, Charlotte disant au blessé : « Vous n'avez rien de grave ; vous allez bientôt être libre », et le blessé répondant : « Libre! Pourrais-je l'être désormais, quand je suis attaché ici par le plus puissant des liens! » En vain Atala veut délivrer Chactas : il force a ses beaux doigts à se fermer sur sa chaîne ».

(( Vous êtes un insensé, dit Atala d'une voix émue;

malheureux!... Que prétends-tu? Songes-tu bien que

je suis la fille d'un redoutable Sachem? » — « 11 fut

un temps, répliquai-je avec des larmes, que j'étois

aussi porté dans une peau de castor, aux épaules

d'une mère. Mon père avoit aussi une belle hutte, et

ses chevreuils buvoient les eaux de mille torrents;

mais j'erre maintenant sans patrie. Quand je ne serai

plus, aucun ami ne mettra un peu d'herbe sur mon

corps, pour le garantir des mouches ; le corps d'un

étranger malheureux n'intéresse personne. » Ces mots

attendrirent x\tala. Ses larmes firent le bruit des

grandes eaux, en tombant dans la fontaine. — « Ah!

repris-je avec vivacité, si votre cœur parloit comme le

mien!... Faut-il donc, pour être heureux, tant de

choses aux enfants des cabanes? 0 fille plus belle que

le premier songe de l'époux! ô ma bien-aimée î ose

suivre mes pas dans la solitude'. »

Les pleurs de Charlotte s'échappèrent, sans doute, plus silencieusement que ceux d'Atala; mais, comme elle, quoique en d'autres termes, elle dut répondre, à demi vaincue : « Mon jeune ami, vous avez appris le langage des blancs, il est aisé

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