‹ Au pays d'Hamlet, instantanés scandinavesChapitre 11 sur 29 · S» AU PAYS D'HAMLET · texte numérisé non relu

S» AU PAYS D'HAMLET

aujourd'hui les délices des enfants de Copenhague ; mais il ne suffit pas d'admirer ce délicieux écrin : il faut connaître les joyaux qui y sont enfermés. L'intelligent monarque qui a édifié cette luxueuse demeure s'était déjà plu à faire un choix parmi les objets d'art que lui avaient légués ses prédécesseurs, et à en tapisser les murailles de ses appartements ; tous ceux qui l'ont habitée après lui, Frédéric III, Christian V Frédéric IV, Christian VI, Frédéric V, Christian VII, Frédéric VI Christian VIII, Frédéric VII, l'ont enrichie tour à tour et y ont marqué l'empreinte de leur époque. Versailles, malgré sa prétention de célébrer toutes les gloires de la France, ne publie en réalité que celle du grand Roi. Tout y est plein de lui, des souvenirs qu'il y a laissés ; il en a dicté l'ordonnance comme il en a conçu et dirigé la décoration, et les tableaux dans lesquels on a brièvement enregistré après lui la chronique de ses successeurs semblent un peu dépaysés au milieu du décor somptueux où sa pensée domine en souveraine. Rosenborg, au contraire, est un témoin fidèle et parlant des deux siècles qu'il résume.

Chacun des princes qui y ont vécu y a apporté l'expression du style propre, du goût particulier à son règne. Les bahuts d'écaillé ou d'ébène, incrustés de cuivre, de nacre ou d'ivoire, les tables en mosaïque, les fauteuils et les guéridons plaqués d'argent, les tentures de soie, de peluche, de velours qui drapent les murs, les étoffes brodées qui recouvrent les sièges, les toiles qui reproduisent les traits des personnages illustres, les sculptures taillées dans le bois, le marbre ou le stuc, qui surmontent les portes, se suspendent aux plafonds, s'accrochent aux cheminées et aux parois des différentes pièces les vitraux enchâssés dans les carreaux des fenêtres, les miroirs ciselés les gobelets de toute forme et de toute espèce, en corne, en cristal en métal, les parures de diamants, les plaques et les colliers semés de pierres précieuses des ordres de chevalerie, les albums et les livres

de prières reliés en or et rehaussés d'émaux, les statues de marbre et de bronze, les lustres aux reflets étincelants, les pendules, les bagues, les bibelots divers, tout ce qui compose, en un mot cet ameublement prodigieux de magnificence est sorti des mains des artistes de leur temps, sinon de leur pays.

En même temps qu'ils nous révèlent l'existence brillante, l'élégance raffinée de la cour danoise pendant la période la plus prospère qu'elle ait connue, on peut dire que la plupart de ces objets fixent une date, rappellent un fait historique. Cette coupe d'argent, où se déroulent en fines ciselures des scènes de chevalerie et des inscriptions en langue allemande et latine, a été gagnée dans un tournoi par Frédéric III, alors qu'il n'était encore qu'archevêque de Brème; cette autre, également montée en argent, a été donnée à l'Hôtel de Ville de la capitale par le ministre Griffenfeld, l'illustre et infortuné fils du marchand de vin Schumacker. Tel globe terrestre a été confectionné pour Christian IV par l'astronome Tycho-Brahé en personne; tel gobelet

Salle d'audience de Christian iV ou appartement de la Reit

château de Roienborg.

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