‹ Au pays d'Hamlet, instantanés scandinavesChapitre 3 sur 29 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

V" es voyages n'ont pas seulement, comme on l'a souvent répété, le mérite g~K de former la jeunesse; ils contribuent encore, quand on a le bonbeur de rencontrer, pour les entreprendre, d'anciens et véritables amis, à resserrer et à fortifier les liens dune mutuelle affection. La communauté de vie qu'ils engendrent ajoute, à l'utilité pratique qu'on en relire, l'attrait qui les rend agréables. Les émotions restent plus vives, les impressions plus nettes, parce qu'on les a partagées; les souvenirs demeurent à la fois plus précis et plus doux, parce qu'on les a recueillis ensemble, et à les remuer plus lard l'esprit et le cœur trouvent un égal profit.

S'instruire et se distraire, tel était donc le but que s'étaient simplement proposé tout d'abord, lorsqu'ils avaient songé à visiter les pays Scandinaves, les deux camarades d'enfance qui livrent aujourd'hui cet ouvrage à la publicité. Nous n'avions cherché qu'un passe-temps; après l'avoir trouvé, nous nous demandâmes pourtant s'il n'y aurait pas de notre part quelque égoïsme à réserver pour nous seuls le plaisir que nous y avions goûté. Grâce au bienveillant appui de M. Edouard Aynari, l'éminent député du Rhône, M. le Ministre de l'Instruction publique

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avait daigné, pour nous aplanir la route, nous accorder la précieuse faveur d'une mission, accompagnée de lettres d'introduction auprès des agents diplomatiques. Il nous parut que le meilleur moyen de justifier peut-être la distinction dont- nous avions été honorés, d'en reconnaître au ■moins tout le prix, consistait à faire part de nos observations à nos compatriotes, quelqu imparfaites qu'elles pussent être.

Les circonstances ont secondé nos desseins. Le retentissement des démonstrations franco-russes, la significative coïncidence de l'arrivée à Toulon de l'amiral Avellan et de la visite du Tsar à bord de nos navires de guerre dans le port de Copenhague, avaient ramené l'attention sur ce royaume de Danemark, où l'empereur Alexandre vient goûter, chaque année, les douceurs d'une paisible retraite, et d'où il avait réglé en personne le programme de ces fêtes. Nous résolûmes de profiter de ce brusque éveil de la curiosité pour faire pénétrer nos concitoyens, à notre suite, dans cet intéressant pays, un des plus petits de l'Europe assurément, soit par sa superficie territoriale, qui mesure à peine 38.000 kilomètres carrés, soit par te chiffre de sa population, qui ne compte guère que 2.000.000 d'habitants, un des plus importants néanmoins par sa situation géographique, par son histoire et surtout par les alliances puissantes qu'il a su contracter.

Le caractère plein de fierté de ses habitants, leur indomptable patriotisme , l'énergie avec laquelle ils ont toujours défendu leur indépendance seraient déjà des titres suffisants pour lui mériter, de notre part, un témoignage tout particulier d'intérêt ; mais nous avons le devoir de lui réserver, dans nos cœurs, une place plus large et plus haute. La France ne saurait oublier qu'il a été, au cours des siècles, dans ta bonne et dans la mauvaise fortune, son allié constant et fidèle. Ne pleure-t-il pas aussi, comme elle, la perte de deux de ses plus belles provinces, arrachées à sa faiblesse par l'arrogante brutalité de ses voisins d'Allemagne ?

Nous n'avons certes pas la prétention de dresser la monographie complète

PRÉFACE xi

du Danemark; un tel travail, outre qu'il dépasserait tes /imites de nos forces et de notre compétence, a été trop bien fait par d'autres, pour que nous songions éi le recommencer . L'accueil si cordial que nous avons rencontré de toutes parts, l'empressement avec lequel notamment M- Pasteur, l'aimable et distingué Chargé d'affaires de France, M. le comte de Serre, le regretté Consul général si brusquement emporté par la mort, il y a quelques semaines, et M. Hast, avocat à Copenhague, se sont mis à notre disposition pour seconder nos efforts, nous ont permis d'enrichir nos notes de précieux renseignements; nous ne nous dissimulons pas néanmoins que l'exiguïté de notre cadre nous condamne à demeurer quelque peu superficiels. Comme l'indique le sous-titre de notre ouvrage, nous nous sommes bornés à fixer d'un trait rapide nos impressions de chaque jour : ce sont des Instantanés et rien déplus.

L'attrait de notre publication, le caractère particulier et bien nouveau qu'elle présente, résident dans tes reproductions de nos vues par ta photocollographie, ce procédé si séduisant dont l'importance grandit de jour eu jour, et qui nous permet de donner exactement, dans notre texte et à sou appui, les délicieuses images de la nature, saisies souvent à la bâte comme des ombres fugitives. Nous n'aurions pas osé entreprendra seuls et les premiers eu, France, comme amateurs, ce travail d'illustration, si, dans l'intérêt de l'art photographique, nous n'y avions été encouragés par MM. Davaune, Léon Vidal, Londe et Bucquet : nous sommes heureux de leur donner ici un témoignage de notre vive et sympathique reconnaissance.

Ce premier et timide essai rccevra-t-il la consécration qui en sera la récompense? Serons-nous autorisés par son succès à publier plus lard la suite de notre relation de voyage eu Suède et eu Norvège, ces deux contrées sœurs, dont les rapports sont demeurés sur plus d'un point si étroits avec le Danemark, que nous avons clé naturellement amenés à leur attribuer, au cours même de ce récit, une place dans nos noies et dans nos vues?

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Quel que soit l'accueil réserve à noire ouvrage, nous le livrons à nos lecteurs avec confiance, non pas que nous pensions, par ce faible tribut, rendre un hommage suffisant au gracieux pays qui nous a donné l'hospitalité pendant quelques semaines : noire ambition, nous l'avons dit, esta la fois moins téméraire et plus vaste . En faisant défiler sous les veux de ' nos concitoyens quelques paysages empruntés à ce coin de terre Scandinave, Au Pays d'Hamlet,«û«s comptons leur en apprendre le

En route pour h Pays d'Hamktt

ebemm, leur communiquer le désir d'aller le contempler eux-mêmes, et, en dérivant peut-être de ce côté le courant des touristes, resserrer lés liens d'amitié séculaires qui unissent les Danois aux Français.

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