CHAPITRE V
Tolérance religieuse décrétée par le Directoire. — Reprise de la persécution. — Garde nationale. — Vente du presbytère. — Rétablissement du culte.
Les « bruits » que des jours meilleurs allaient bientôt se lever pour la religion, avaient pu provoquer, de la part du conseil d'Ozon, une indignation de commande: cette rumeur était néanmoins fondée. Le Directoire substitué à la Convention, avait par sa loi du 3 ventôse an III (21 fév. 1795) décrété la liberté des cultes. Il dut sembler aux populations qu'elles se réveillaient d'un rêve cruel, lorsqu'elles surent qu'il leur était loisible enfin de revenir à la pratique de leur foi. En exécution de la loi du 7 vendémiaire an IV, on dut informer l'administration du district du lieu choisi dans chaque localité pour les assemblées religieuses. A cet effet, tous les citoyens d'Ozon furent convoqués à la maison commune. On leur demanda, pour la forme, de désigner l'immeuble qu'ils entendaient affecter aux cérémonies du culte. « Nous avons interrogé lesdits citoyens indi- « viduellement et leurs avons demandé le choix du « lieu de l'exercice du culte, que leurs pères leur « avaient gravé dans leurs cœurs. Chacun des ci-
« toyens a déclaré choisir l'enceinte de l'édifice ap- « pelé ci-devant église, et tous les citoyens d'une « voix unanime nous ont requis acte et ont signé « tous ceux qui ont su avec nous. »
Fèbre, agent Mpl, Porte adjoint, Porte fils, jeune, Pujo, Bordenave, Lacaze, Porte, Fourtané, Dalier, Saubion, Rébeillé, Servi, Duvieilh, Beguerie, Serres, Caperon, Dupouey, Davant, Davant, Ducasse, Pardon, Gaillon, Noguès, Delhom, Cames, Fuxan.
Notons que plusieurs vandalistes du 20 prairial font acte de réparation en opposant ici leur signature. On y peut remarquer aussi des abstentions significatives.
Ce retour à la tolérance ne fut que de quelques mois. Les curés en profitèrent pour reparaître dans leurs paroisses. Mais dans quelle affreuse nudité allait s'offrir à l'abbé Rébeillé et à ses ouailles l'église, leur chère église, théâtre des exploits révolutionnaires. C'est alors que, cédant au vœu de la population, la municipalité conjure les directeurs du district de Tarbes de restituer à la commune, « s'ils exis- « tent encore, les objets dont on avait précédemment « dépouillé l'église : cloche, vases, croix, lampe, or- « nements, etc. Les lois avaient été très ponctuelle- « ment exécutées à Ozon ; les besoins de la Républi- « que étaient-ils donc si étendus qu'on eût utilisé « tous ces objets. » [Séance du 25 fructidoi an III). Est-il besoin d'observer que les objets précités ne reprirent pas le chemin d'Ozon ?
Mais, dès le mois de janvier 1796, le Directoire demandait l'exécution des lois de persécution léguées par l'Assemblée législative et la Convention et non encore rapportées. On vit donc les ecclésiastiques fidèles à Dieu, mauvais prêtres d'après les persécuteurs, emprisonnés, déportés, tracassés avec plus de violence que jamais. Le nombre de ceux qui furent jetés dans l'île de Rhé monta jusqu'à douze cents ; d'autres, nombreux aussi, furent dirigés surCayenne. Mais l'abbé Rébeillé, en sa qualité de prêtre assermenté, put cette fois rester à son poste. Non cependant que, même à Ozon, tout fût pour le mieux durant cette nouvelle période de persécution. C'est à l'occasion de ces jours troublées, 27 avril 1796, (8 floréal, an IVj qu'est organisée la garde nationale « tant à l'effet du maintien du bon ordre que pour la « cause de la république, auxquels un chacun doit « vivre et mourir. » Elle reçoit aussitôt le mandat « de faire la patrouille sous la direction du capi- « taine, sous peine de répondre en leur propre et « privé nom des événements qui pourraient résul- « ter. » Plus d'un an après cette date, 23 août 1797, (6 fructidor an V) les circonstances exigent encore que la garde nationale soit mise sur pied sous la direction de Bernard Barés, capitaine. « Sur les remontrances » et à la demande de la gendarmerie de Tournay, « douze hommes, dont six d'Ozon-Devant « et six d'Ozon-Derrière, sont tenus de se rassem- « bler chaque soir devant la maison de Jean Gail- « lat, dit Bourtoulet, pour faire leur tournée en si-
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« lence, arrêter ceux qui seraient trouvés en contra- « vention et les garder jusque au lendemain pour « les conduire devant qui de droit. »
Si l'abbé Rébeillé se retrouvait à Ozon, occupant à nouveau le presbytère, cet immeuble déclaré domaine national, avait été vendu à Tarbes par adjudication du 30 juin 1796, (12 messidor an IV), en exécution de la loi du 6 floréal de la même année. A la suite de cette vente, l'adjudicataire « Jacques Valen- « tie, instituteur de Lanespède, devenu propriétaire « de la maison presbytérale, cour, grange, jardin, « demanda à utiliser l'immeuble légitimement ac- « quis et somma la commune d'avoir à lui remettre « ce même jour les clefs dudit immeuble, avec pro- « testation de l'y contraindre par voyes de droit en « cas de refus. » Promesse fut faite audit Valentie par l'agent municipal « de remettre les clefs dans « le délai de huitaine pour pendant ce temps faire « vider différents objets appartenant soit au ci- « toyen Rébeillé ci-devant curé, par qui ledit immeu- « ble est aujourd'hui habité, soit à la commune. » En réalité, l'agent municipal voulait gagner du temps, afin que la commune pût arriver à une transaction avec le citoyen Valentie. L'accord se fit en effet, et le presbytère fut racheté.
Cependant l'heure du divin pardon avait enfin sonné. Celui dont le génie militaire allait doter l'histoire nationale d'une épopée sans égale dans ses
fastes, Bonaparte, fut choisi par la Providence pour relever les autels et concourir à la réorganisation de l'Eglise de France. Ce fut d'ailleurs un long soupir de soulagement, tant à Paris que dans la province, lorsque le premier consul, de concert avec le pape Pie VII, procéda au rétablissement du culte catholique.
Les membres de la municipalité d'Ozon, pour parer aux premières nécessités, demandent à être imposés extraordinairement et au prorata de leur côte « soit foncière, soit mobiliaire, ainsi qu'ils agissaient pour l'ancienne capitation. » Ils sollicitent en même temps l'administration départementale de venir à leur secours, et ils lui exposent en détail l'état lamentable de leur église. « Le plancher et les lam- « bris de la sacristie sont pourris ; l'autel de St-An- « toine est sans marchepied ; les deux confession- «• naux ont été brisés et sont incapables de service ; « le sol de l'Eglise a besoin d'être aplani, et il y en « a sept cannes carrées qui n'est pas carrelé ; les « murs ont besoin d'être blanchis, et le lambris de « de la tribune est entièrement pourri; le vestibule « doit être refait à neuf. » Pas d'ornements pour le service divin. Il faut absolument « un pluvial, un « bourg- garni de tissu jaune, et i'orfroi d'une frange « en soye jaune, une chasuble, étole, manipule et « bourse d'étoffe de la même qualité garnie d'un tissu jaune. » (19 nov 1803). Séance du2j brumaire an XII. Le devis de cette dépense était porté à 646 francs.
Peudejoursaprès, 8 janvier 1804, M. Rébeillé était
nommé desservant d'Ozon par décision de Monseigneur Joseph-Jacques Loison, évêque de Bayonne ; car le diocèse de Tarbes ne se trouvait pas rétabli par le Concordat : il était placé sous la juridicl ion de l'évêque de Bayonne. Le lendemain, 9 janvier 1804, Ie nouveau desservant prêtait serment de fidélité à la nouvelle constitution, la main sur le saint Evangile et en présence de M. Chazal, préfet de Tarbes.
Quant à la municipalité d'Ozon, sitôt cette organisation paroissiale officiellement notifiée, « elle dé- « clare que le gouvernement a usé de bienfaisance « envers la commune en y établissant une succur- « sale, et que, si elle en eût été privée, cela lui au- « rait porté un grand préjudice. »
Ainsi finit cette lugubre tragédie renouvelée des jours de Néron et de Dioclétien, avec cette circonstance aggravante que les sinistres acteurs qui parurent sur la scène, jetant au ciel leur impuissant défi, étaient marqués du sceau du baptême.