‹ Au pays de l'Arros, Ozon; monographie paroissialeChapitre 4 sur 44 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Ozon — Etymologies. — Vestiges d'antiquité — Vieux château.

L'histoire, jusqu'à ce jour, ne nous a rien appris de particulier sur Ozon, antérieurement au XIIe siècle. On ne peut dire si sa dénomination lui vient de la famille de ce nom, ou si c'est Ozon qui a donné son nom à cette famille. Son étymologie n'est pas non plus explicite comme celle de plusieurs communautés voisines. Ainsi Lanespède porte le titre justificatif : de pede lanarum, du pied des landes ; (i) en effet, des landes existent encore aujourd'hui audessus des contreforts qui, au levant, au midi et à l'ouest enserrent le village. Ricaud, Arricau dans les actes des trois derniers siècles, est déduit des deux

(i) Cependant l'expression dcpcdelanarum n'est probablement pas l'étyniologie exacte de Lanespède. Le Censier de Bigorre de 1420 porte lave speda, lande en forme d'épée, spada : fareb. des Basses-Pyrciiit->, ! 558, recto). Elargi en effet du coté d'Ozon, Lanespède se termine en pointe vers le viaduc. Ou bien, l'imagination des ancêtres n'aura-t-elle pas vu se dessiner, en forme d'épée, un des coteaux qui expirent sur les bords de la Lène ? — Dans du Cange, on trouve spedus pour spiculum, laneea venabulum.

« Tout au plus, opine M. G. Balencie, pourrait-on v voir le lieu où l'on payait un cens ou un péage pour entrer dans les landes : lanaspeda. »

termes gascons Arriii C'ait, ruisseau tempéré. Ton nay, d'après l'auteur des Bastides du Sud-Ouest, tirerait son nom des « Tomates » mentionnés dans Pline, et qui durent se fixer en ce lieu ». Cette asseï tion gratuite d'Alcide Curie-Seimbres ne saurait retenir notre attention. Disons, avec M. G. Balencic, que « Tournay est un nom récent, emprunté à la ville de Tournai, sur les bords de l'Escaut. (i)Il l'ut donné, en 1307, à la bastide élevée sur les territoires delà Brossa et de Rensou ». La philologie — in verbo lux — nous renseignera-t-elle aussi sur l'étymologie d'Ozon ? On a voulu le déduire du terme basque osq parfaitement bon, et par extension d'après Monlezun lieu sain, hygiénique, fertile. Je ne m'inscrirai pas en faux contre cette interprétation que semblent légitimer le site, le climat et le sol fertile d'Ozon. Mais on ne saurait non plus oublier que, dans les anciens manuscrits, Ozon est orthographié indistinctement Oson, Auzon, Ouzon. Si donc « la dissertation des mots ouvre singulièrement l'esprit, (2) » je déclare pour ma part n'avoir pu avec son assistance me former sur ce point une entière conviction.

Le rôle particulier des riverains de l'Arros avant et pendant l'occupation romaine ne nous est pas connu. Nos ancêtres, englobés dans les peuplades que mentionnent les Commentaires de César: les Garumni, les Bigerrones, les Tarbelli, en auront suivi

(1) V ou Atlas hisl. de la France depuis César jusqu'à nos jours, par Aug. Lo 11 gnon. — 1" livraison, p. 2, note 2. Hachette, 1885.

(2) Madame de Maintenon.

les destinées. Ils firent donc leur soumission à Crassus, lieutenant de César, l'an 56 avant J. C.

Un écrivain bigourdan assure que « c'est une douce « manie qui sévit sur les lettrés de vouloir trouver les « Romains partout et à toutes les origines. » Quoi qu'il en soit de cette assertion, j'augure que les Romains se fixèrent à Ozon. D'abord le mot Castéra du latin castra, bien qu'il signifie souvent château fort, désigne habituellement un camp militaire. Etablie d'ailleurs sur nos coteaux, l'armée romaine se trouvait en vue de Cieutat, ville importante de cette partie de la Novempopulanie. Il faut noter en outre que non loin de Castéra, au milieu d'un terrain plan existait une proéminence, dont la saillie depuis une trentaine d'années, est allée s'affaissant sous l'action des travaux agricoles. Elle accusait, de l'aveu général, une œuvre faite de main d'homme.

Mais en 1836, dans le quartier St-Martin d'Ozon un témoignage plus expressif jaillissait des entrailles de la terre. Là, à quelques pas seulement de la Halte actuelle d'Ozon-Lanespède, avait existé un monument dont les vieillards ont vu et détruit les derniers vestiges. Non loin de ces ruines, la pioche exhumait en même temps que des cercueils lapidaires plusieurs monnaies romaines, que les paysans vendirent à raison de o fr. 75 la pièce. Or,- le fait de pièces de monnaie mêlées à des débris humains, s'explique fort bien par la légende païenne. Pour arriver aux Elysées, le paradis des anciens, l'âme devait traverser le large fleuve du Styx sur la barque de Caron.

Faute d'avoir acquitté entre les mains du terrible nautonnier le droit de traversée, elle était condamnée à rester errante, durant tout un siècle, sur les sombres rives du fleuve. De là l'usage de placer dans les cercueils, à côté du cadavre, quelques pièces de monnaie nécessaires au défunt pour payer sa rançon. Cette légende n'est d'ailleurs que la corruption du dogme du Purgatoire : « Vous ne sortirez point de là, dit Jésus-Christ dans l'Evangile, que vous n'ayez payé à la Justice divine jusqu'à la dernière obole. » (i)

Nous ne pouvons dire la part de résistance que prit notre pays contre les Vandales qui, en 406, tandis qu'ils gagnent l'Espagne à travers la Novempopulanie, saccagent la ville de Tarbes et, repoussés aux gorges des montagnes, la pillent encore au retour ; — contre les Goths, dont le roi arien Evade fut l'ennemi résolu des catholiques ; — contre les Sarrasins qui pillèrent Tarbes, en 732, et s'en rendirent maîtres jusqu'après leur défaite par Charles Martel; — contre les Normands qui, en 843, s'emparèrent du château de Bigorre et le mirent à sac, ainsi que la ville et les églises.

Convenons plutôt avec Mauran que « ce pays n'a « pas eu d'historiographe ;... qu'il n'est possible d'en « parler que par conjecture, ou bien après les histo- « riens et annalistes des autres pays, ou suivant les « mémoires qui résultent de quelques vieilles char- « tes. » (2)

(1) Non exies inde donec reddas novissimum quadrantem. Math. V. 26.

(2) Copie de Larcher-ç. 138.

Marca dans son Histoire de Béarn parue en 1640, 27 ans après la rédaction du manuscrit de Mauran et l'année même de sa mort, esquisse l'histoire de la Bigorrejusqu'en 1300. Mais n'y a-t-il pas lieu de lui appliquer aussi bien qu'à Mauran, ce jugement critique de Vergez : « ce que je trouve d'embarrassant, c'est « comment cette histoire sera prouvée ». (1)

Il est cependant hors de conteste que les d'Ozon se trouvent cités dans des actes publics du XIIe siècle. On doit ainsi faire remonter à une date fort reculée dans le moyen-âge, le château féodal d'Ozon.

Ce château dont un dernier fragment, tel qu'un bloc erratique, plonge encore dans les eaux de l'Arros, s'éleva sur la rive droite de la rivière, à quelques mètres au nord-ouest du château actuel. Il y a quelque trente ans, il eût été possible, par ce qui restait des fondations, d'en reconstituer le plan. Mais la dynamite s'est acharnée à l'entière destruction de ce témoin des temps passés, vérifiant à la lettre la parole du poëte latin : etiam periere riiinœ. Des jardins anglais, avec des corbeilles de fleurs et des promenades ombragées, ont pris la place du monument que les d'Ozon habitèrent pendant de longs siècles, et que les ancêtres avaient élevé comme un rempart tutélaire.

(1) Lettre inédite de l'abbé de Vergez à J.-B. Larcher, en date du 18 février 1775.

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