CHAPITRE III
Situation géographique. — Délimitation territoriale. — Etendue et ressorts de la Bigorre. — Archiprêtré de Tournay.
Ozon, paroisse frontière, appartenait à la Bigorre : nul doute à cet égard. Mais au point de vue des pays limitrophes, on ne saurait avec la même certitude préciser sa situation géographique.
Le diocèse de Tarbes, à la veille de la Révolution, conserve encore les limites qui lui furent attribuées dès l'origine, c'est-à-dire vers le quatrième siècle ; mais il n'en va pas ainsi de la Bigorre civile. Par le fait de circonstances diverses, les siècles ont vu se détacher d'elle des portions notables de territoire : le Montanérés, la vicomte de Labarthe, la viguerie de Mauvezin, le Pays des Fittes et Reffittes, une partie du comté de Pardiac et le Pays de Rivière- Basse (i). Or. l'un de ces démembrements avait retranché de la Bigorre les populations au nord et au midi d'Ozon. En sorte que si, à l'occident, Ozon confronte au Nébouzan par Poumarous, Cieutat, Chelle et Spou, il est moins aisé de dire à quels pays il confine par Tourna)7 au nord, et au midi par
( i ) Marca. Hist. de Bèarn et Bigorre.
Lanespède. L'abbé Dulac, à la recherche de cette solution, avait, en 1881, consulté maints documents et fait appel au savoir archéologique de M. G. Balencie et de M. de Carsalade du Pont, aujourd'hui évêque de Perpignan. De ses patientes investigations, de cette consultation savante résultèrent des réponses précieuses, mais non complètes (i). A une date plus rapprochée, en 1892, un manuscrit de Froidour, Mémoire du Pays et des Etats de Bigorre, (2) édité par M. Jean Bourdette est venu nous enseigner que Tournay, avec Lanespède et Esparros, se trouvait englobé dans le pays des Fittes et Reffittes. De fait, cette assertion semble corroborée par les actes notariés des xvie, xvne et xviir3 siècles, qui presque invariablement portent cette mention : « dans la ville de Tournay-en-Rivière. » Sans doute ils ne désignent pas nommément les Reffittes ; mais ce pays se trouvait compris dans la judicature de Rivière. — A l'encontre de ce témoignage plusieurs fois séculaire, signalons de la part de la communauté de Tourna}^ à la date du 22 novembre 1778, une délibération dont les termes précis attestent que la ville de Tournay « a droit d'entrée et de séance » dans les Etats généraux du Nébcuzan ; — que « la « ville est enclavée et dépendante dudit païs... ; — que, « malgré l'évidence de l'asseste de cette ville « dans le Nébouzan, établie par un très grand nom-
(1) Souvenir de la Bigorre, I. 1. 268-270.
(2) Louis de Froidour, Grand-Maitre de-* Baux et Forêts du Département de Toulouse vivait au XVII0 siècle.
« bre de titres et par les rolles des vocables et au- « très propres documents du païs, ladite ville a été « mal à propos incorporée dans l'Election d'Astarac, « et doit rentrer libre dans son païs naturel auquel « elle n'a jamais cessé de dépendre (i). » Ces affirmations peuvent de prime abord ne paraître qu'intéressées. Mais on les jugera plus dignes d'attention, en observant qu'à cette date Tournay pouvait encore se trouver en possession des vieux titres de la bastide. On n'avait à déplorer alors ni l'incendie de l'ancienne maison commune survenu à la fin du xviii6 siècle, ni la destruction des archives par le vandalisme révolutionnaire. En 1 88 1 , on présenta à M. Ch. Laffitte, afin qu'il en fît la transcription une des rares épaves du vieux chartrier de Tournay. Cette pièce : titre de la reine Catherine pour la communauté de Tournay, en date du 20 août 1490, porte d'abord au-dessous du titre l'énumération d'autres pièces, parmi lesquelles un catJialogue des villes et lieux qui ont entrée aux estais de Nebousan. Puis, dans le corps même de la pièce, il est dit, au sujet d'un affièvement du bois de Tournay, que le tresaurer de Nebouzan est appelé à en apprécier les conditions : ayan coumetut et aperat noste tresaurer de Nebouzan (2).
Inutilement, pour faire la pleine lumière, nous invoquerions le témoignage de la communauté de Lanespède. « Les habitants déclarèrent, lors du
(1) Et. Gabarrot. reg. 1778 f° 913.
(2) Souvenir de laUigorre, T. 1. p. 134-136.
censier de Bigorre, qu'ils ne savaient pas certainement s'ils dépendaient de Bigorre, de Gomenge, de Nebouzan, d'Astarac ou du domaine du roy (i). »
Le rapprochement d'affirmations si diverses peut donner une idée des vicissitudes que durent subir les pays circonvoisins. (2)
Quant à la délimitation territoriale d'Ozon, elle est ainsi rapportée dans le censier de Bigorre de l'an 1429 : « Lou dit loc et son terratori confronte per « la part d'orient à lo terratori de Lanespède, de « Bure, d'Arricaii et de Tornay, et dure entro a la « part de lo Riû deii fore (3) d'Arrenso ; per la part « de dessus, ab lo terratori d'Espoos, que es en la « Bégaria de Mauvezin et dure entro à lo riii deu « Cunhau, et ab lo terratori de Tarissa que es en la « dite Begaria ; et ab lo terratori de Pomaros que dure
(1) Mss. Larcher 377 et Censier de Bigorre i* 904.
(2) « Rien n'est plus changeant que la géographie politique. En 1429, Tournay ne figure pas sur les rôles des lieux de Bigorre. Mais le testament de Centulle, comte d'Astarac — année 1230 — prouve que le territoire sur lequel fut fondée plus tard la bastide, était situé partie en tAstarac, partie en Bigorre: a doni à Centol, mon fil, Arenso, ab « tant cum è de terra al comtad de Begorre... » Je donne à Centulle, mon fils, Rensou, avec autant de terre que j'en possède au comté de Bigorre. (Hist. de la Gascogne, par Monlezun, tome sixième, p. 316),
En 1307, au moment où se fit la bastide, c'est un puîné d'Astarac, Boémond, qui cède le terrain nécessaire. » jV. de M. G. Balencie.
(3) La contiguïté de la Causserie et de Hourc de Rensou, deux quartiers de Tournay, et aussi le sens exprimé par les deux termes patois de même prononciation, bour, caouserie ont fait croire à l'existence d'un ancien four à chaux sur les hauteurs de Hourc de Rensou. Il ne faut pas oublier que Hourc de T^ensou, fore d'Arenso d'après le texte original du censier, désigne un bois de chênes. — Causserie, caouserie signifie chaussée : c'était un chemin royal, (voir du Cange: cosserias.
« entre l'aiguë aperat l'Aredos ; per la part de darrè « et débat ab lou terador de Tornay que dure entro « lou dit arriii. » Ces limites du territoire d'Ozon n'ont pas varié dans la suite.
On n'en peut dire autant de la Bigorre qui incorporait notre communauté . La Bigorre confrontait à l'Aragon par le midi, au pays de Rivière-Basse par le Nord ; du Sud-Ouest à la vallée d'Aure ; du Levant au pays de Nébouzan, des Fittes et Refittes, Pardiac, Astarac ; au Béarn par le couchant. En formant plus tard le département des Hautes-Pyrénées, elle s'est donc enrichie des dépouilles de plusieurs pays voisins, ne laissant intactes que les frontières du Béarn. Au total, la Bigorre avait 8r kil. de long sur 40 kil. de large. Sa longueur allait des ports d'Espagne à Maubourguet, et sa largeur de Luquet à Montastruc.
Par ses diverts ressorts, la Bigorre, d'après Froidour, était « du gouvernement delà Guyenne pour le fait des armes, du ressort de Toulouse pour la justice ; du ressort de la Chambre de Pau pour le domaine ; du ressort de la Cour des Aides de Montauban pour les tailles et impositions ; du département de l'Intendance et de la Généralité deBordeaux pour les Finances (1).
L'histoire de la Bigorre elle-même tient dans ce résumé de huit lignes que j'emprunte à Froidour :
(1) « Elle a appartenu depuis 1716a l'Intendance et Généralité d'Auch; en 1784, à l'Intendance et Généralité de Pau et Bayonne ; en 1787, à l'Intendance et Généralité d'Auch et Pau. )) N. de M. l'abbé Ricaud .
« La Bigorre est un ancien fief portant titre de « comté, mouvant du roi, qui ayant été possédé « longtemps par les comtes de Bigorre, est passée par « alliance dans la maison de Béarn : de celle-ci en « celle de Foix, en celle d'Albret et de Bourbon- « Vendôme, et aété enfin réunie au Domaine deFrance « par l'avènement de Henry le Grand à la couce ronne. »
Ozon, pour le religieux, dépendait de l'archiprêtré de Tournay, qui lui-même appartenait au diocèse de Tarbes. L'archiprêtré de Tournay avait été érigé en 1342 par Raymond de Monbrun, évêque de Tarbes depuis 1340, et classé dans i'archidiaconé de Rustang(i). Il se pourrait néanmoins que, à cette date, les archiprêtrés eussent été réorganisés simplement et non érigés. C'est ce qui paraît résulter d'une charte de 1280 conservée aux archives des Hautes-P}rrénées: série G. 1166 (2).
Dix paroisses se rattachèrent à l'archiprêtré de Tournay, savoir : du Nébouzan, Gourgue (Péré annexe); du pays des Fittes et Reffittes, Lanespède et Tournay ; de la Bigorre : Ozon, Bernadets-Dessus (Orieux annexe), Bordes^ Clarac (Peyraube annexe), Goudon (Peyriguère annexe), Moulédous (Gonés annexe), Sinzo (Liiez annexe) ; Ricaud, annexe de Lanespède.
(1) Colomeç, p. 166-167.
(2) cf. {Mémoire de Froidour p. 351-352.