‹ Au pays de l'ombreChapitre 50 sur 71 · DK NOMBREUSES VISITES ^ESPRITS · texte numérisé non relu

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Il éci'il :

« M. Hugues Bitcliffe, un de mes amis les plus estimés, mourut il y a environ un an. Il était très connu à Galeshead,où il prenait une pari active à la cause de la Tempérance, et, pendant quelques années* il fut inspecteur d une école du dimanche. Lui et sa femme étaient Ions deux spiritualistes, mais M ra0 Isabelle Bitcliffe n'avait jamais assisté à une séance telle que je vais la décrire.

« Au moment où la séance allait prendre fin, nous vîmes apparaître, écartant les rideaux, la fine et liaute silhouette d'un homme. Il avait les cheveux et les moustaches noirs et était revêtu d'un long vêlement blanc. Il avait une apparence tout à fait noble et majestueuse.

« En un instant, je reconnus mon ami M. Bitcliffe.

« Le fait remarquable est que, non seulement je le reconnus, mais que sa femme et une autre dame présente le reconnurent immédiatement, dès son apparition. En outre, deux messieurs, qui se trouvaient assis lin peu en arrière, mentionnèrent le nom de mon ami et me demandèrent ensuite s'ils étaient evacts dans leur supposition quant à l’apparence et à l'identité de l’esprit.

« Ainsi quatre personnes le reconnurent sans avoir l’ombre d’un doute, tandis que les deux autres, touL en le reconnaissant, doutèrent quelque peu de la réalité de leur vision.

« Mon ami vint à moi et me serra les mains. Sa main, qui était un peu plus grandequela mienne, était

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chaude, douce cl naturelle. Son étreinte était ferme et vigoureuse : ce qu’elle était pendant sa vie terrestre. Jecoinpris que cette ferventepoignéede mains était l'expression de sa reconnaissance pour les petiLs services que je lui avais rendus pendant sa maladie.

« À une réunion suivante, dix jours plus lard, M mo Bitcliffe revint, cette fois, avec scs deux petites Allés, Agnès, âgée de treize ans, et Sarah, de sept à huit ans.

« Mon ami se montra de nouveau, pour nous convaincre que, bien que son corps reposât dans la tombe, il était, sans l’ombre d’un doute, aussi vivant que nous, et désireux de nous prouver ta non-réalité de la morl.

« Au moment où il apparut, la petite Sarah, une charmante et intelligente enfant, ayant couru à lui; ilia prit dans ses bras et l’embrassa. Elle se pendait à son cou comme si elle ne voulait plus se séparer de lui; mais elle dut faire place à sa sœur aînée, qui voulait aussi sa part de baisers. Les enfants lui posèrent d'innombrables questions, telles (pie cellesci : «< Où avait-il pris les vêtements blancs qu’il portait? — Ce qu’il en faisait lorsqu’il repartait ? — Comment il entrait dans la chambre? — Si je le reconnaissais? »

« Oui, certes, je le reconnaissais? Pense-t-on que je ne reconnaissais pas leur père ? — Que c'est étrange! Il est mort, et cependant il est vivant. Comment cela peut-il avoir lieu? »

Cela et cent autres questions et remarques embar-

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rassantes pour des télés plus sages que les leurs. Jamais ces enfants ne pourront être persuadées qu’elle ir ont pas réellement vu el embrassé leur père, mort depuis plus d’un an. »

Je mentionnerai encore une circonstance de semblable nature, nVayant intéressée parce que je connaissais personnellement les personnes qui yjouèrent un rôle. Un vieux monsieur de ma connaissance était spiritualiste depuis de longues années. Sa femme, qui ne monlraitpas la moindre sympathie pour ses idées, mourut au bout de ce temps. Je n’avais point pour elle l’amitié que j’éprouvais pour lui, car, à l’occasion, les discours tranchants de la femme m’avaient beaucoup froissée, et je me sentais pleine de compassion pour te pauvre mari, qui poursuivait ses études spiritualistes avec des désagréments que je ne connaissais pas, pour ma part.

Klle mourut donc, et je fus un peu surprise en constatant combien celle perte affligeait mon vieil ami. Quelques jours après l’enterrement, ilvinl dans notre sanctuaire, sans l'intention d’assister à une séance, mais une fois là il s’y arrêta. J’avais été très affectée de son chagrin, aussi j’étais toute contente de le voir rester un momentavec nous,espérant qu’il trouverait quelque diversion à sa tristesse actuelle. Je ne me rappelle pas exactement ce qui eut lieu au commencement de la séance, mais je vois encore distinctement les rideaux s’ouvrant dans une secousse, etlaissant la lumière tomheren plein sur la ligure de

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M' ne Miller. Quoique forcément habituée à ces choses incroyables, je fus suffoquée par L'étonnement. Il ne pouvait y avoir erreur ; c’était ses traits, ses gestes : c’était elle, en tout. Elle fut immédiatement reconnue par ceu y qui la connaissaient. Son mari, bouleversé par l’émotion, voulut l’embrasser, mais, faisant un pas en arrière, elle lui dit sévèrement :

« Qu’avez-vous fait de ma bague? »

Un coup de tonnerre ne nous aurait pas surpris davantage.

« Ma chère, je n'ai rien fait de votre bague, répondit Le pauvre homme, n’est-ellc pas à voire doigt? »

Et il éclata en sanglots, tandis que M me Miller rentrait dans le cabinet d’où elle avait apparu. Positivement, j’aurais joui si j’avais pu la secouer ferme.

M. Miller semblait très-angoissé au sujet de la contrariété évidente de sa femme. Il nous dit qu’elle lui avait recommandé avant sa mort de ne pas lui enlever les deux bagues qu elle portait toujours. Il lui avait promis que son désir serait respecté ;il n’en savait pas davantage et ne comprenait pas du tout cette remarque. J’imagine qu’il ne sentit pas bien la dureté de ce procédé ; mais, j’en suis bien sure, la plupart d’entre nous ressentirent plus ou moins d’indignation en voyant ce cœur aimant et affligé dédaigné pour une bague, quelle que fût la valeur de ce bijou.

Plus tard, M. Miller nous dit qu’en rentrant à la maison il avait questionné sa tille au sujet des bagues, Celle-ci, paraît-il, ignorant la demande de $a

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mère, avait enlevé les bagues, précisément avant l'enterrement, pensant que son père serait heureux de les posséder plus tard. La question sévère s'expliquait donc.

M m ° Miller revint plusieurs fois, pour saluer ses amis, mais elle ne sembla jamais vaincre ses préjugés contre le spiritualisme, et ne fit usage de nos réunions que lorsqu’elle avait quelque but à réaliser. En dépit d'elle-méme, cependant, le seul fait de son apparition est un témoignage suffisant en faveur de la queslion qu'elle méprisait Et Ions ceux qui l'avaient connue — et ils n'étaient pas en petit nombre — eurent des preuves convaincantes que M me Miller était tout ce qu’il y a de plus vivante, et pas le moins du monde changée, ni d aspect ni de caractèrô^

Dans l’étude de ces manifestations, les idées orthodoxes que nous avions pu concevoir sur les hululants des sphères célestes ne furent pas sans recevoir de sérieuses atteintes. Autant que je puis en juger, aucun de nos visiteurs spirituels — à l’exception peut-être de Y-Ay-Ali — ne répondait à mes idées préconçues sur l’état angélique. Ils semblaient aussi humains que s’ils fussent réellement en vie. Une longue conversation qui eut lieu, un soir, entre un esprit et un de nos hôtes passagers, me donna pendant longtemps matière à réflexion.

Cela arriva à notre réunion habituelle et bi-hebdomadaire. Deux étrangers, amis de l’un de nos membres, avaient été invités, selon l’avis général, à assister à la séance, lorsqu'un esprit apparut, de laille

élancée, avec des moustaches, une barbe et des cheveux noirs, et le front large et liant. Comme nous ne le connaissions pas, nous lui demandâmes s’il était venu pour quelqu’un de nous, et il nous fit comprendre qu’il connaissait Puri des étrangers présents. Ce monsieur, à cette époque, refusa de laisser publier son nom; ainsi je le désignerai simplement sous la lettre B.

M. B. — Qui êtes-vous ? Êtes-vous Philippe ?

L’esprit. — Non.

M. B. — Êtes-vous Lynch.

L’esprit. — Oui, Emmanuel Lynch.

M. B. — Je n’ai pas pensé à Emmanuel. C’est de Franck que je veux parler, Franck qui est mort eu mer.

L’esprit. —Non, je 11 e suis pas mort en mer. Je suis mort de consomption.

M. B. — Oui, c’esl vrai ; Franck mourut en mer, mais Emmanuel est mort à Hartlepool.

L’esprit. — Oui, dans le vieux Hartlepool. Savez vous si mesparenls sont encore en vie? Et ma femme Ait-elle encore?Quand Franck est-il mort ? Et Ralph, vit-il toujours ? Dans quel bateau me trouvais-je lorsque vous me vîtes pour la dernière fois ?

M. B. — Je ne sais pas le nom du bateau, mais c’était environ en 1807. Je ne puis répondre positivement à vos autres questions, car je n’ai pas été à Hartlepool depuis quelque temps.

L’esprit. — Je voudrais bien revoir toutes ces braves gens, ou tout au moins savoir s'ils ont quitté votre

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monde. Le vieux était assez mauvais avant ma mort; mais ce n’élail pas nouveau. Dire que lui et ma mère étaient si bien portants, si torts, et (pic tous leurs fils — leurs neuf fils — sont morts de la poitrine.

M. R. — l'ai entendu dire qu’il y avait neuf enfants, mais Franck et Emmanuel sont les seuls que j’aie connus.

L’esprit. — Je me demande si Rate, ma femme, s’esl remariée..., mais qu'importe, après tout l Avezvous connu Brough, le commissaire du bord ?

M. B. — Non, je ne connaissais pas le commissaire du bord.

L’esprit. — Avez-vous connu le vieux capitaine Wynn ?

M. B. — Oui, il vit encore. Je lui ai parlé aujourd'hui.

L’esprit. — Je ne parie pas de celui-Hi. L’aulre vivait à Poplar, à Londres. Il est mort beau temps avant moi et se trouve ici à présent, désirant envoyer un message à sa femme. Il voudrait savoir si elle s’esl remariée ou si elle l’a oublié; car, dans ce dernier cas, il ne veut plus s’en préoccuper.

M. B. — Je ne connais pas son adresse.

L’esprit. — Écrivez à John Fennick, 44, Goal Exchange, Londres. Il vous donnera l’adresse de M mc Wynn. Demandez à Emily si elle se rappelle Manny Lynch ; elle désirait m’épouser.

M. B. (s’adressant, au cercle) — Manny Lynch.. Oui, nous avions f habitude de le nommer Manny.

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Il emmena un sculpteur pour modeler son luisle lorsqu’il était sur la Méditerranée.

L’espril. — Oui, Jack Rogcren fil autant et fui remplacé par Garibaldi.

M. B. — Jack Roger vit-il encore?

l/esprit;. — Il me quitta pour monter sur Y Age de Fer; le bateau se perdit, mais ce qu’il devint, lui, je n’en sais rien.

M. B. — Je connais Y Age de Fer , mais je ne savais pas que Jack Roger s’y fût embarqué. Avez-vous vu plus tard le capitaine Wynn?

L’espril. — Non, j’ai entendu parler de lui au moment où je me trouvais si mal, mais je ne puis me s appeler ce qu'on en disait. Est-il mort ?

M. B. — Oui.

L’esprit. — C’était un beau garçon, vraiment... comme M. Faites à celui-ci mes compliments, et dites-lui que je serais content de causer avec lui. Donnez mon amour à Emilv. Je suis fâché de n’avoir pu réconcilier ces deux-là. Venez souvent ici, et nous causerons du vieux temps et du vieux monde d’autrefois.

Je ne vis plus cel étranger, mais je me demande quelles peuvent être devenues ses idées sur le ciel, après cette conversation.

Autant que je puis en juger, Emmanuel Lynch s’intéressait aussi vivement à tout ce qui concernait sa vie passée qu’au temps même où il vivait. Son amj nous dit que « Manny » avait été ingénieur à bord

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