DE NOMBREUSES VISITES D’ESPRITS
d’an navire, el qu’il im avait pas le moindre doute que ce fût lui, en esprit, et non un autre.
L’esprit et l’invité m’étaient tous les deux entièrement étrangers et l’étaient également à la plupart de mes amis; cette conversation, qui eût paru toute naturelle entre des amis se revoyant après quelques années de séparation, nous frappa comme quelque chose de tout à fait étrange et incompréhensible. Nous étions persuadés que les esprits n’avaient pas besoin de poser des questions comme celles d’Emmanuel Lynch. On aurait cru cet esprit de retour d’un long voyage et pressé d’apprendre tous les changements qui s’étaient produits en son absence.
Un soir, tandis gue j’étais tranquillement assise dans le cabinet, écoutant les remarques qui circulaient au dehors, j’entendis quelques mots prononcés à mon oreille qui me firent tressaillir et prendre une position favorable pour écouter attentivement, .l’entendais quelqu’un parler français tout près du cabinet, et je compris que ces paroles étaient adressées à un esprit qui se tenait debout entre les rideaux ouverts. Je l’avais vu sortir, s’en aller vers la lumière, mais la particulière lassitude que je ressens toujours tandis que ces formes se matérialisent m’avait empêchée d’en suivre avec attention les mou. vements. Lorsque j’entendis un langage étranger je me réveillai, comme si quelque chose de nouveau allait se produire, et les mots « ma petite, ma fille » excitèrent en moi une telle curiosité que je voulus absolument voir l’esprit en question.
J'obtins la permission de quitter mon siège dans le cabinet, et je m’en vins lentement et avec difficulté du coté des rideaux, là où se tenait une figure blanche. O surprise ! je me trouvai face à face avec... moi-môme ; du moins il me parut ainsi.
l/esprit matérialisé était un peu plus grand que moi et de complexion plus forte : il avait les cheveux plus longs, les traits plus gros et les yeux plus grands; mais, en regardant ce visage, je croyais me voir dans un miroir, tant était grande la ressemblance.
L’esprit me posa les mains sur les épaules, et, me regardant attentivement, murmura : « Mignonne, ma petite î »
Toute contente que j’étais de me trouver vis-à-vis d’une parente, môme inconnue, une sensation d’effroi étonné prévalut sur toute autre sensation. Je ne pouvais dire que je reconnusse cette parente, car mes yeux ne l’avaient jamais rencontrée encore; cependant, son identité ne faisait aucun doute pour moi, et son étrange ressemblance fut une révélation. Je n’avais jamais entendu dire que je lui ressemblais, et je ne connaissais pas d’ôlre vivant Tayaut connue et auprès de qui j’eusse pu prendre des informations.
La dame française— ainsi que nous prîmes 1 habitude de l’appeler — était une de nos rares visiteuses do Tau Ire monde capable de s’exprimer par In parole, te plus grand nombre des esprits se faisant comprendre par signes ou par gestes lorsqu’il leur fallait
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répondre aux questions posées. Elle était aussi mon amie particulière, ainsi que nous le savions tous et venait pour moi, quoiqu'elle fit beaucoup moins attention à moi qu’aux autres membres de la société. Le rôle particulier que j’avais à jouer dans les séances l’empêchait peut-être de me montrer son affection, car elle put remarquer que tout ce qui occupait spécialement mon esprit, ou éveillait mon intérêt, causait un affaiblissement, une décroissance noLable de son pouvoir au milieu de nous; toujours est-il qu’elle témoignait beaucoup plus d’égard aux autres, notamment à M. F., le seul pouvant parler avec elle dans sa langue natale.
Elle revint souvent nous voir, paraissant se plaire dans notre société. Cela est curieux à dire, mais elle remarqua très vile les quelques personnes de notre cercle qui étaient de religion catholique romaine, et sembla plus à son aise avec celles-ci qu’avec les autres. Un jour, l’une de ces dames catholiques présenta à notre « daine française » un rosaire où une petite médaille était attachée, en lui disant, si je me le 'rappelle bien, que celle médaillé avait été bénie par le Pape. La dame française prit le chapelet, et, détachant promptement la petite médaille, elle alla vers la cheminée, où le feu était allumé, et délibérément y jeta la petite médaille, à la grande horreur de la dame catholique. A nos questions sur celte étrange manière d’agir, elle répondit froidement que la médaille avait besoin d'être purifiée.
Lorsque, plusieurs heures après, la médaille fut
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retrouvée dans les cendres, elle était claire et brillante. Lorsque la « dame française » revint, à la séance suivante, on la lui offrit, et, après qu’elle l'eut examinée soigneusement, elle nous permit de rattacher de nouveau au rosaire qu’elle conserva, et auquel elle semblait tenir beaucoup.
Pendant longtemps elle ne manqua pas de venir à nos séances ; sa grande ressemblance avec moi était toujours une source d’étonnement et de commentaires. Séparément, on nous prenait très souvent Lune pour l’autre. Lorsque nous nous trouvions ensemble, les petites différences dont j'ai parlé étaient apparentes et dignes d’élre remarquées.
Un jour, cependant, un clergyman de l'église anglaise se trouvait à notre réunion. La dame française était assise à côté de moi, et elle lui tendit la main pour échanger un shake-hand. Il nous regarda l’une après l'autre, parut dérouté et nerveux lorsqu’il nous vil une telle ressemblance, ne sachant plus laquelle était l’esprit eL laquelle était la femme. Et, au lieu de prendre la main qu elle lui tendait, dans son embarras il saisit et serra celle de son voisin le plus proche.