DES TÉNÈBRES VERS LA LUMIÈRE
Au-dessus du sombre océan de la mort Apparaît la noble vie qui doit exister,
Uu pays de nuages et de mystère,
Un mirage obscur avec des ombres d'hommes,
Morts depuis longtemps, et qui passent dans l'éloignement.
Longfellow
Pendant plusieurs mois après mes expériences de Norvège, je me rongeais de soucis, en réfléchissant aux phénomènes spirites; d'autant plus que j’avais lu quelques ouvrages les concernant, et qui maintenaient toujours celle question en haleine. Bien des fois je passai en revue toutes les circonstances inexpliquées, tous les arguments apportés à l’appui de l’origine de ces manifestations, et je les posai, mettant sur la balance, mes propres expériences comme contrepoids.
Ces manifestations étaient véritables, sans nul doute, mais d'où provenaient-elles ? Voilà la question. Ces formes matérialisées auxquelles je m’intéressais tan l étaient-elles ma «conscience subliminale »
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agissant indépendamment de ma volonté ? — ou bien éfail-il possible qu’elles fussent le diable, ce vieil ennemi si redouté de l'humanité, lequel aurait pris l'apparence d’amis perdus pour me tromper et me plonger dans un abîme d’iniquité et de déceptions ? L’avais-je servi toutes ces dernières années, entraînant d'autres à mal agir ? Ma vie avait-elle été une suite d’erreurs ? Ceux à qui j’avais essayé d’ouvrir les yeux sur des faits vivants allaient-ils m’accuser de les avoir détournés du bon chemin ?
Cette pensée était terrible et hantait mon cerveau, mais j’avais peur d’apprendre la vérité. Je n’avais pas assez de courage pour fixer ces terribles choses dussent-elles être vraies. Rien mieux l’incertitude que la confirmation de cette crainte.
.Te me rappelai la foi de mon enfance et de ma jeunesse dans la bonté et l’amour de Dieu ; mais je me rappelai également avoir invoqué vainement cet aide promis aux croyants. J’avais alors bâti mes espérances sur le sable, et n’avais pas eu de terrain solide pour y reconstruire l’édifice écroulé. Ceci me manquait encore maintenant. C’était la même triste expérience à refaire; je ne savais où poser le pied. La vie était une ennemie, et la mort le terme effrayant d’une existence sans but, pleine d’épreuves et de souffrances.
Je pouvais comprendre, aujourd’hui, comment un médium connu confessa que les manifestations spirites u'étaient que tromperies et déceptions. Si mes doutes el mes craintes se voyaient confirmés, c’était
AU PAYS l>E r/OMBUE
pour moi la seule ligne de conduite honorable à suivre, et je devais faire, moi aussi, ce que d'au 1 res avaient fait avant moi. Mais cela serait pire que la mort; c'est pourquoi j'attendrais, pour être certaine de la vérité avant de résoudre, à ce prix, mes terribles doutes. Et si réellement j'avais été trompée, et si j’avais trompé les autres, je ne mourrais pas sans avoir essayé de réparer le mal que j'avais fait, par tous les moyens qui se trouveraient en mon pouvoir.
Cette résolution prise, j’avais au moins un but pour vivre; et je commençai immédiatement à faire de nouveaux plans pour l’expérimentation. J’ignorerais le fait que j’étais médium, j’agirais comme si ma personnalité devait être suspecte, je douterais de moimême. Des expériences seraient organisées pour démontrer la part que je jouais dans la production de ces phénomènes ; je ne me fierais pas à mes pensées, à mes sentiments, à mes propres sens. Si j’avais quelque rôle dans la matérialisation des esprits, il fallait que je le susse.
J avais toujours prétendu n’v avoir aucune paî t, ni consciemment ni inconsciemment, quoique leur prêtant de ma force. Cela 11e pouvait être, puisque je gardais toute ma conscience. Mais le diable a bien des ressources; il pouvait me faire croire que je n’avais pas perdu le pouvoir de raisonner. C’est ainsi que j’argumentais avec moi-même.
M’étant cependant décidée à résoudre ce qui me semblait une question d’importance vitale, je sentis mon courage revenir; et après avoir désiré le repos,