‹ Au pays de l'ombreChapitre 7 sur 71 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

mes troubles commencent

Nombreuses étaient mes idées quant à ces tigmes silencieuses, et nombreuses les histoires que je leur imaginais. Rien des fois je m’étais demande avec inquiétude ce que tout ceci voulait dire, et pourquoi d’autres ne voyaient pas mes « ombres »; mais, après avoir été punie pour avoir inventé ce que je racontais d’elles, je devins prudente, et je n’cn parlai plus à personne, .le n’aimais pas à être radiée, et encore moins à être soupçonnée de mensonges.

Au moment du renouvellement de la chambre, ce dont j’ai déjà parlé, une bonne me raconta une série d'histoires de revenants et m’effraya à un tel point que je n’osais plus entrer seule dans une chambre, si die était sombre; et même de jour ou au clair de lune, j’étais terrifiée à l’idée que quelque esprit souifranl put y être visible.

Nuit après nuit, après savoir écouté sans respirer ces histoires terribles, j’enfonçais la tête dans mes draps, mourant de crainte à la pensée qu un ha-

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hiUint des tombes pouvait soudain m’apparaîlre.

Cependant, cela est étrange à dire, jamais dans mes pensées je n associais mes amis les fantômes avec les esprits des morts. Jamais ils ne m’inspirèrent aucune crainte. Je pouvais les rencontrer à tout moment du jour et de la nuit, leur envoyer un regard amical lorsqu’ils passaient ou les examiner curieusement s’ils ne prenaient pas garde à moi. Je n’avais même pas peur des esprits, si je savais ces amis auprès de moi. J’avais un sentiment de protection et de sécurité en leur présence; et jamais je ne /ne regimbai de rester seule au lit et sans lumière lorsque je sentais l’un de mes amis ou plusieurs d'entre eux dans la chambre.

bien souvent, dans les années suivantes, j’ai trouvé éLrange que celte sorte de vie, si peu naturelle en apparence* n'eut pas excité plus de curiosité et plus de commentaires autour de moi ; mais, comme je l’ai déjà dit, la santé de ma mère élait délicate, et elle vivait dans les soucis causés par l’arrivée successive et rapide dé plusieurs bébés. Pendantee temps j’étais laissée à mes petites affaires, et, quoique grande fille, maintenant, on me demandait rarement de m’occuper d’autre chose que de mes leçons quotidiennes, sauf quelquefois d’un peu de coulure de ménage.

Je n'étais, du reste, pas plus éprise de couture que de tout autre travail, exceplé le dessin ; mais, quant à cette occupation . j’en avais rarement l’occasion, car ina mère la considérait comme une

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,»erle de teni|)s. J’avais toujours un ouvrage à la main, mais comme je n'y touchais pas; quelqu’un de nous, impatienté de sa durée, finissait par l'achever en me reprochant mes habitudes paresseuses. Je supportais ces reproches avec une parfaite lionne humeur, aussi longtemps que j’avais le loisir de poursuivre mon passe-temps favori, c’est-àdire de surveiller, en rêvant, mes amis-fantômes, et de m’imaginer leur histoire.

Un jour enfin, ma mère, ennuyée de ma fainéantise, m’ordonna de m’asseoir dans sa chambre et de faire une coulure qui me sembla interminable.

Ma mère méprisait l’emploi de la machine à coudre et déclarait qu elle ne voulait pas une telle abomination dans sa maison. Aussi la couture du ménage était un travail sans tin et un obstacle à toute occupation raisonnable, sauf pour ma mère, qui semblait y trouver à la fois un soulagement et un plaisir.

Je m'assis donc à côté d’elle, auprès de la grande table de travail, et je commençai ma couture. La chambre avait un aspect très différent depuis les changements qu’elle avait subits, et je me demandais les opinions de ma vieille dame-fantôme à ce sujet.

Tandis que je regardais l'endroit où j’avais eu l habilude de la voir, je fus tout à la fois surprise et enchantée d’apercevoir la chère figure familière dans le coin, près de la cheminée. Elle tenait quelque chose entre les mains, et ses doigts s’agi-

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