‹ Au pays de l'or rouge: L'état de São Paulo (Brésil) Ses ressources - ses progrés - son avenir. Ètude générale économique et descriptiveChapitre 11 sur 72 · X. L'Institut sérumthérapique de Butantan. Les serpents · texte numérisé non relu

X. L'Institut sérumthérapique de Butantan. Les serpents

ET LE TRAITEMENT DE LEURS MORSURES. — A Ce SUJCt, il ne faut

pas oublier de signaler un établissement qui rend à l'Etat et à tout le Brésil des services immenses, c'est l'Instituto serumtherapico de Butantan, situé dans la banlieue de la ville de Sâo Paulo. Outre ses recherches scientifiques, cet établissement se consacre à la préparation des sérums antidiphtériques et^antipesteux, de la vaociiïe antipesteuse, de la tuberculine, etc. Mais son principal produit fut le sérum antiophidique, inventé par son savant directeur le docteur Vidal Brazil qui, depuis de longues années, étudie avec succès le traitement des morsures des serpents brésiliens. Longtemps directeur de Butantan, l'éminent savant a accepté d'aller créer dans l'Etat de Rio de Janeiro un établissement similaire à celui de Sâo Paulo.

L'Institut prépare trois qualités de sérums antivenimeux : 1** l'anticrotalique, fourni par des animaux immunisés avec du venin de serpents à sonnette et appliqué dans le cas de morsure de ce reptile; 2** l'antibothropique, fourni par des animaux immunisés avec du venin de Lachesis lanceolatus, Lachesis alternatus et Lachesis atrox et appliqué dans les cas de morsures par des serpents Jararaca, Urutù et Lachesis atrox, les plus venimeux des serpents brésiliens; 3" l'antiophidique, fourni par des animaux immunisés par le mélange de tous ces venins. et appliqué pour les morsures de n'importe quel serpent et quand on ignore l'espèce qui produisit l'accident.

Pendant un après-midi de visite à Butantan, nous apprîmes plus sur les serpents, surtout sur ceux du Sud de l'Amérique, que pendant douze années de voyages ; car, même dans les régions où les reptiles sont nombreux, on ne peut guère qu'en entrevoir quelques-uns. Tous s'enfuient au moindre

bruit, et très souvent on soupçonne seulement leur présence, ce qui fait qu'au cas où on surmonterait la répulsion qu'inspirent toujours les reptiles, l'étude en serait difficile. Il y a, dans l'Amérique du Sud, 254 variétés de serpents, dont, malgré leur aspect, 212 ne sont pas venimeux et 42 venimeux. Au Brésil, on a observé 155 variétés, dont 132 non venimeuses et 23 venimeuses. Un reptile sympathique, le Miissurana. découvert par le D*" Vidal Brazil, est un grand destructeur de serpent venimeux. Malgré la terreur qu'inspirent les ophidiens en général, l'imagination exagère beaucoup le danger auquel on est exposé de la part de ces animaux répugnants. Tl y a évidemment péril en cas de morsure, mais celle-ci se produit dans des cas tout à fait déterminés, par exemple lorsque le reptile est surpris, et dans ce cas il l'est seulement pour les indigènes qui marchent nu-pieds; les Européens n'ont rien à redouter, ear ceux qui parcourent les régions où il y a des serpents sont toujours pourvus de guêtres en cuir et puis ils n'y pensent guère. Un fait à noter c'est que les serpents venimeux sont extrêmement paresseux et attaquent peu, le serpent à sonnette, est le plus irritable, mais, comme nous l'avons dit, tous s'enfuient au moindre bruit. Les reptiles non venimeux sont en général plus agressifs; leur morsure, qui est plutôt une égratignure douloureuse, n'est pas dangereuse, mais on n'est pas forcé de le savoir.

XI. La presse. — Sâo Paulo possède une presse influente et digne de considération par sa valeur; c'est dans cet Etat que l'on trouve le plus grand nombre de villes possédant des journaux quotidiens et où le journalisme est le plus développé.

La presse est, en effet, représentée jusque dans les petits centres par 250 journaux et revues, et dans la capitale nous avons pu constater l'existence de 15 journaux quotidiens du matin et du soir, 36 revues, 80 établissements typographiques, dont 28 de grande importance.

Les principaux de ces journaux quotidiens, qui se publient sur 6, 8, 10 -et 12 pages, sont tous aussi bien informés que ceux de Rio.

Le plus ancien parmi les organes locaux est le Correo Paulisiano, journ^al très sérieux et bien informé.

Le journal O Estado de Sâo Paulo, qui publie deux éditions,

nne du matin, une du soir, est néanmoins le journaj du Brésil ayant la plus grande circulation, il passe même avant le respectable Jornal do Commercio de Rio de Janeiro; il vient, comme importance de tirage, immédiatement après les deux grands journaux argentins La Prensa et La Nacion. Dirigé par un journaliste éminent, à la fois un caractère et une belle figure morale, M. le D"" Julio César Fereira de Mesquita, il posisède de bons services de reportage, aussi bien nationaux qu'étrangers, et est servi par des correspondants et associations disséminés dans tous les pays.

Parmi les autres quotidiens il fai^t citer : l'édition pauliste du Jornal do Commercio, Le Diario Popular; A Platea, O Combate, A Gazeta, journaux du soir; Le Diario Officiai, Les colonies étrangères sont servies par des périodiques publiés en italien, français, allemand, syrien, espagnol et autres idiomes.

Parmi les principaux figurent Fanfidla, journal italien; Je Messager de Sào Paulo, journal de langue française; El Diario Espanol^ etc.

Parmi les principales revues illustrées hebdomadaires et mensuelles il faut citer : Vida Moderna, Bevista do Brazil, Bevista Feminina Brazileira, A Cigarra, La Bevista de Commercio e Industria de Sào Paulo est certainement la revue économique la plus utile -et la mieux rédigée de l'Etat et, pourrait-on dire, de tout le Brésil, de même que le Criador Paulista et Chacara e Quinlaes, revues d'élevage et d'agriculture, en sont les plus intéressantes dans ces spécialités.

La presse de Sâo Paulo se distingue d'ailleurs par le nombre de savants et de spécialistes éminents qui collaborent aux feuilles défendant des intérêts scientifiques, artistiques, industriels, commerciaux; elle se fait surtout remarquer par 3on esprit largement libéral et démocratique.

De Rio de Janeiro à S. Paulo. — La capitale de l'Etat et ses progrès. — Les Pauîistes. — La population étrangère.

]. De Rio de Janeiro à Sâo Paulo par voie maritime. — II. DcSantos îi sac Paulo par la « Sâo Paulo Railway ». — III. De Rio de Janeiro à Sâo Paulo par voie de terre. — IV. Sâo Paulo, la ville, ses transformations. — V. I^ centre commercial. — VI. Les places, avenues et parcs. — VII. Les monuments publics. — VIII. Les tramways. — IX. L'hygiène publique, la police militaire. — X. La vie sociale. — XI. Les Pauîistes, le <c caïpira » ou rural. — XII. L'unité morale. — XIII. L'hospitalité.

— XIV. L'activité pauliste. — XV. Le Commissariat général de l'Etat en Europe, —h XVI. L'élément européen à. Sslo Paulo, le péril allemand.

— XVII. La colonie française. — XVIII. Autres nationalités.

I. De Rio de Janeiro a S. Paulo par voie maritime. — Le voyageur qui part d'Europe avec Sâo Paulo pour point de destination n'a pas à débarquer à Rio de Janeiro, sauf pour visiter cette belle ville, mais à Santos, le grand port de l'Etat, le deuxième et bientôt le premier du Brésil pour son trafic. Gelui.qui se trouve déjà dans la capitale fédérale dispose de deux moyens pour se rendre à Sâo Paulo, la voie maritime et la voie ferrée. D'une manière comme de l'autre, la durée du voyage est à peu prè-s la même; douze heures de traversée ou de voyage, soit n'octurne, soit diurne.

Si ïoti préfère la voie maritime, il suffit de prendre l'un des nombreux paquebots étrangers qui, après avoir touché à Rio de Janeiro, se dirigent vers La Plata, ou l'un des vapeurs des compagnies de navigation brésiliennes Lloyd Brazileiro, Martinelli, Costeira, etc. Les navires quittent généralement Rio à la fin du jour pour arriver le matin à Santos.

La voie maritime est certainement agréable si l'on navigue de jour, la côte offrant un aspect plus accidenté que sur toutes

les autres parties du littoral brésilien. Les monts ou « serras » de Jacarépagua et de Bangù, en courant perpendiculairement à la côte, y viennent mourir avec la pointe de Guaratiba, contrefort véritable d^-s chaînes de monts qui entourent Rio de Janeiro et qui a environ 250 mètres de hauteur. Après avoir passé rembou€hure du rio Gabassù, la côte continue droit à l'Ouest, on aperçoit l'île sablonneuse de Marambaia, couverte de palétuviers, son extrémité forme aussi un mont de 200 mètres environ. Puis, Tllha Grande, qui 13 kilomètres plus loin continue presque sur la même ligne, laquelle se termine 20 kilomètres au delà de cette île, à la pointe de Joatinga, contrefort en retour de la Serra do Mar et dont le pic final n'a pas moins de 1091 mètres de hauteur. •

Au dedans de la ligne ainsi déterminée, le continent se creuse et forme l'immense baie d'Angra dos Reis, large d'environ 135 kilomètres, entre Guaratiba et Paraty. L'Ilha Grande est triangulaire et fort élevée. La Serra, qui la traverse de l'Est à l'Ouest, a au moins 1000 mètres. Elle a 17, milles en C6 sens et 7 1/2 du Nord au Sud.

L'Etat de Sâo Paulo commence dès que l'on a dépassé Paraty, dont Teau-de-vie de canne a là-bas la réputation de celle de Cognac en France. Le rivage est constamment serré de près et dominé à une grande hauteur par la Serra do Mar, dont les falaises abruptes sont littéralement baignées par le flot. On longe Ubatuba, joli port dans une anfractuosité de cette serra, puis l'Ilha dos Porcos, dotée d'un bon mouillage et de terres appropriées à diverses cultures, et enfin, quand on se heurte à un contrefort puissant de la serra qui s'avance en cap dans l'Océan, on voit se détacher, séparée par le petit détroit de Toque-Toque, l'île de S. Sebastiào, oblongue ou plutôt carrée, au Nord, avec deux branches divergentes au Sud-Est, de même taille que l'Ilha Grande, couvertes de forêts que leurs montagnes élèvent jusqu'à 130 mètres, remplies de cascades et fort riches par la variété de leurs productions.

La côte devient encore un peu concave, en gardant son même aspect abrupt et verdoyant; puis, de la pointe de 8apituba de l'île de S. Sebastiào, en suivant presque exactement vers rOue§t le 24' parallèle, à la pointe Manduba de l'île de Santo Amaro, on arrive à la barre donnant accès dans la baie de Santos, qui s'étend à l'Ouest jusqu'^ la pointe de Taipù, sur le continent. Cette baie est l'avant-port de Santos; elle

offre aux transatlantiques des fonds de vase avec 16 à 40 mètres d'ieau. Le port n'est que Testuaire de divers rios descendus de la serra et dont le principal est le rio Gubatâo; c'est un repli de ce que Ton nomme le Lagomar ou lac maritime. L'anse autour de laquelle est bâtie Santos appartient à l'île Sâo Vicente; elle occupe la partie Nord-Est de cette île pendant que la vieille cité coloniale de S. Vicente est au Sud- Siid-Ouest. De l'autre côté de la Barra Grande est l'île de Santo Amaro, à l'Est, séparée de la terre ferme par le canal da Bertioga; cette île a 30 kilomètres de long sur 20 de largeur minima, on y trouve l'admirable plage de Guaruja; elle s'appelait jadis Guahyba ou Guaimba, du nom du canal qui la sépare de Santos à l'Ouest et constitue la Serra Grande.

Santos est séparée de la vieille ville de Sâo Vicente par plusieurs collines dont la principale s'appelle Montserrat. L'enseriible forme un vaste entonnoir dont les montagnes délimitent les contours. Dès que l'on pénètre dans le canal qui donne accès au port, on est agréablement impressionné par la beauté et le pittoresque des rives couvertes d'une splendide végétation, au milieu de laquelle se montrent de coquettes villas,

II. De Santos a S. Paulo par la « S. Paulo Railway ». -— Santos faisant l'objet de pages spéciales dans le chapitre consacré aux principales villes et nxunicipes de l'Etat, nous n'en parlerons pas ici et, une fois débarqués, nous nous dirigerons vers la gare de la « Sâo Paulo Railway » qui se trouve au Nord de la ville, à peu de distance du quai, pour gagner la capitale qui se trouve à 80 kilomètres de distance, mais au delà die la chaîne maritime qu'il faut franchir.

Environnée de monts, Santos donne l'impression de n'être accessible que du côté de la mer, mais un chemin de fer, qui en même temps qu'une œuvre des plus admirables et des plus audacieuses est une merveille de mécanique, franchit cette chaîne de monts et met le port en relation avec les fertiles terrains du haut plateau pauliste. Une fois sorti de la gare, le train longe vers l'Ouest la partie marécageuse avoisinant la lagune intérieure, traverse la rivière Gubatâo et se met en devoir de gravir la « serra » ou chaîne qui porte ce nom. Au moment de traversor la rivière, l'altitude est de moins de 4 mètres et la station de Alto da Serra, en haut de la montée,

étant à celle de 800 mètres, cette énorme différenoe d^altitude est donc surmonté-e sur un court espace de 8 kilomètres.

Le système adopté par Tingénieur anglais auteur de ces travaux fut celui des plans inclinés sur lesquels les trains se meuvent à Taide d'un câble métallique. Le câble, enroulé autour d'un cylindre, est mis en mouvement par une machine fixe. La distance est divisée en quatre parties formant autant de plans inclinés .se succédant et constituant ainsi un escalier gigantesque formé de quatre degrés de 4 kilomètres chacun environ. Postérieurement à la première, une deuxième voie a été construite à quelques centaines de mètres au-dessous.

Grâce au système employé, Texploitation est des plus régulières et offre la plus grande sécurité aux voyageurs. Une fois à la station du Alto da Serra, le reste du trajet n'offre plus grand intérêt, mais, lorsque l'atmosphère est dégagée de brouillard, les voyageurs jouissent d'une succession changeante des plus magnifiques panoramas qui soient, le train s'élevant au. milieu d'une végétation réellement exubérante.

Après 79 kilomètres d'un voyage opéré en deux heures sur une ligne entretenue à grands frais comme un jardin, on arrive à Sâo Paulo par la magnifique gare da Luz, Le prix du trajet de Santos à Sâo Paulo est de 6 $500 en première classe et 3 $ 200 en deuxième. Des billets d'excursion aller et retour sont délivrés par la (^lompagnie les samedis, dimanches et veilles de fête, au prix de 8 $800 et de 4 $200 aller et retour.

IlL De Rio de Janeiro a S. Paulo par voie de terre. — La voie de terre offre aussi de grandes facilités. Une distance de 497 kilomètres par voie ferrée sépare Rio de Janeiro de Sâo Paulo; il y a trois trains rapides par jour et un omnibus dans les deux sens : un diurne, partant à 7 heures du matin, et deux nocturnes, dont un dit de luxé, partant à 6 h. 1/2 et à 9 heures du soir; le prix du parcours est de 40 milreis aller et de 60 milreis aller et retour en première classe (27 $500 en 2* classe). Les trains de nuit ont des wagons-lits, d'usage presque général; le prix des couchettes est de 10 ou 20 milreis, suivant qu'on occupe celle du haut ou celle du bas. Ces prix, qui peuvent sembler relativement chers, sont en réalité bien inférieurs à ceux actuellement payés en

France; c'-est une constatation que Ton est obligé de faire lorsqu'on voyage sur toutes les lignes paulistes. Le transport des bagages est plus coûteux en proportion. Ijes trains ne comportent que des premières et deuxièmes classes, mais cette catégorie, bien inférieure a nos troisièmes classes, manque du plus élémentaire confort, n'est utilisée que par le menu peuple, la population pauvre des campagnes, paysans et journ'aliers, etc.

Les premières ne possèdent pas le luxe apparent de leurs similaires européennes, mais elles sont agencées confortablement et conformément aux exigences du climat. Oe sont d'énormes wagons américains pouvant contenir cinquante places; les banquettes ou fauteuils potir une ou deux personnes sont à dossiers mobiles et placées les unes derrière les autres, dans le sens de la longueur du wagon, en laissant un passage au milieu. Ces sièges ne portent pas de coussins, mais sont reeouverts de joncs tressés, cc^qui est plus frais et d'un entretien plus facile. Toute étoffe iserait vite souillée à la suite d'un voyage, car, de jour, la poussière est grande sur cette ligne, surtout pendant la saison sèche.

Bien qu'en nombre d'endroits le paysage soit intéressant, le trajet diurne de Rio à Sâo Paulo ne peut être considéré comme un voyage de plaisir pour celui qui est appelé à le faire fréquemment : il s'opère en 12 et 13 heures. A partir de la station de Belem commencé la partie la plus pittoresque du voyage; dès ce moment on franchit la Serra do Mar, avec ses points de vue variés, ses précipices, ses cascades, ses vallées aux capricieuses ondulations couvertes de belles forêts. Puis le train franchit successivement dix-huit tunnels et, après Barra do Pirahy et Queluz, la nature se dépouille de sa végédiation, les hautes montagnes disparaissent au loin pour faire place à une série de mamelons au milieu desquels serpente le fleuve Parahyba.

La zone traversée est celle dite du Nord de Sâo Paulo, où des régions entières, autrefois couvertes de plantations de café qui produisirent pendant plus d'un demi-siècle, semblent à peu près abandonnées ou en friche. Le rendement étant devenu insignifiant, on se désintéresse de ces plantations; cette campagne, autrefois riche, peut prospérer à nouveau avec un peu d'initiative. La terre qui ne vaut plus rien pour le café, qui a trouvé un autre habitat, est excellente pour

d'autres cultures; ell^ peut donner du maïs et surtout des plantes fourragères qui viennent parfaitement bien pariout. Des pâturagies artiflciels, à même de nourrir de nombreux troupeaux, peuvent donner à cette région une richesse plus grande que Tancienne. On note déjà des essais importante qui ont fourni les meilleurs résultats, et la culture du riz s'implante en grand dans la vallée arrosée par le Parahyba. C'est, comme nous le disons plus loin, l'industrie agricole avec toutes les petites exploitations de la ferme, basse-cour, laiterie, élevage des bêtes à cornes, des porcs, des brebis et des chèvres, en quantité moyenne pour chaque exploitant, qui rendra à ces campagnes, aujourd'hui trop délaissées, la vie et la richesse. Ce ne* sont pas les débouchés qui manquent,, mais la volonté et les bras.

Lorsqu'on s'avance en plein Etat de Sâo Paulo, on aperçoit plus de terrains cultivés, on traverse de jolies villes à l'apparence gaie et prospère, comme Gachoeira, Lorena, Guaratingueta, Apparecida, Pindamonhangaba, Taubaté, Jacarehy^ Mogy das Gruzes, etc. Après avoir traversé la plaine de Piratininga, nous touchons à Sâo Paulo. Les faubourgs de^ « Braz » et de « Mooca », situés* à l'Est de la ville que l'on traverse en venant de Rio ou de Santos, sont les quartiers industriels de la capitale pauliste. Là, en effet, sont concentrés sur une vaste superficie les grands établissements qui font de Sâo Paulo une des grandes cités industrielles de l'Amérique du Sud.

C'est la gare du Nord ou de Braz qui est le terminus du chemin de fer central, mais, comme cette gare est située assez loin du centre de la ville, les trains continuent jusqu'à la magnifique gare da Luz qui appartient à la Sâo Paulo Railway Cy.

IV. S. Paulo, la ville, ses transformations. — Sâo Paulo, la capitale de l'Etat, est, après Rio de Janeiro au Brésil et Buenos Ayres dans la République Argentine, la ville la plus importante de l'Amérique latine, elle étonne par le merveilleux accroissement de sa prospérité et de sa population; celle-ci dépassait à peine 60.000 âmes lors de notre premier séjour en 1890, elle atteignait 310.000 en 1908, pour arriver à 420.000 âmes en 1913 et finalement atteindre ou dépasser peutêtre 600.000 habitants en 1920.

DE RIO DE JANfclRO A S. PAULO. 51

Comme isituation et comme aspect, Sâo Paulo n'a rien de pittoresque; c'est une ville active et vivante, située à un peu moins de 800 mètres d'altitude, sur une série de collines aux pentes douces reliées entre elles par des routes où alternent les viaducs et les jiivelés; mais tout y est doux sans violences abruptes, de manière qu'on peut y circuler sans fatigue. L'ancienne ville se composait de deux parties : l'une, située entre le Tamanduatehy, affluent du fleuve Tiété, et l'Anhangabahù, était composée, comme toutes les villes des temps coloniaux, de rues étroites aux maisons basses et inconfortables, peu ou pas d'égouts. L'autre partie avait déjà une édification meilleure, des rues plus larges et mieux construites. C'est la ville que nous avons connue en 18Q0. Lors d'une autre visite faite dix ans plus tard, la capitale, sauf en son centre, ne montrait déjà plus le même aspect, la superficie urbaine s'étendait rapidement, les maisons s'étendaient sur les collines et les vallées. C'est surtout pendant ces vingt dernières années que Sâo Paulo se transforma de jour en jour sous l'administration de préfets actifs et intelligents, pour devenir la ville moderne, hygiénique et attrayante dont nous avons suivi l'évolution à des intervalles divers.

On nous avait dit que nous trouverions Sâo Paulo bien ;

changée! A notre précédent voyage, des travaux considérables étaient commencés, nous n'avons donc pas été surpris des améliorations notées dans le centre touchant notamment à la vallée de l'Anhangabahù que l'on veut transformer en une longue avenue centraJe et dont une partie 'forme un curieux et original parc-jardin à la végétation exotique. C'est de l'autre côté de cette vallée, qui formait autrefois les limites naturelles de la ville, que se sont édifiées les résidences particulières qui s'étendent aujourd'hui en faubourgs lointains distants de plusieurs kilomètres du centre. C'est dans ces quartiers excentriques que la transformation est la plus complète.

V. Le centre commercial. — Il existe un contraste considérable entre ces quartiers où se sont édifiées les résidences particulières et le centre commercial. Dans les premiers régnent le calme et la tranquillité de la province, malgré le vaet-vient des tramways électriques; dans le second, c'est l'activité ininterrompue d'une fourmilière qui anime les rues

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étroites de ce centre, lequel est resté confiné dans la vieille ville et forme un triangle composé d-e six ou huit rues. La base de ce triangle est formé par la rua DiYeiia, le côté droit par la rua 15 de iiovembro, avec pour sommet la petite place Antonio Prado, longée par la rua Sào Bent,o, côté gauche du triangle et parallèlement à laquelle court une nouvelle et vaâte artère commerciale, la rua Libero Badaro,

C'est dans ce triangle, grand centre commercial des affaires, que se trouvent concentrés toutes^ les banques, les grands magasins et les grandes maisons de commerce paulistes. Il se trouve, en quelque sorte, limité par l'étroite vallée d'Anhangabahù que l'on franchit «ur deux viaducs i; le fond de cette vallée, qui était couvert, il y a peu d'année^ encore, de terrains vagues et de constructions misérables, forme, comme nous l'avons dit, un parc joliment dessiné, agrémenté de statues du plus bel effet.

Sur les bords donnant à la fois «sur le fond de la vallée et sur la rue Libero Badaro sont édifiées de splendides constructions, parmi lesquelles le nou;veau Palais Municipal et celui de l'Automobile-Glub se détachent au premier plan. Dans le triangle, il faut signaler les rues Alvares Penteado, da Quitanda, prolongée de celle de Boa Vista, lesquelles sont, de jour, converties en de véritables bourses de commerce où, parmi les cris et le bruit, négociants et planteurs traitent les affaires l'es plu'S importantes.

VL Les places, avenues et parcs. — Lorsqu'on a franchi la vallée sur le viaduc de Ghà, on se trouve sur line vaste terrasse au milieu de laquelle se dresse le splendi^fie Théâtre municipal, un des plus beaux du Sud-Amérique, le plus vaste du Brésil; de style Renaissance, offrant quelque ressemblance avec notre Opéra et le Théâtre de Rio, il fait à juste titre l'orgueil de Sâo Paulo.

Un peu plus loin vers l'Ouest, oh voit la vaste place de la République couverte d'une splendide végétation tropicale, sur le côté Sud de laquelle est édifié un des temples que l'Etat sait dresser à l'instruction publique : l'Ecole normale, établis-

^ Les viaducs de Chà et de Santa Iphygénià»

sèment de premier ordre et de vsistes dimensions. A l'autre extrémité de la ma Direitay vers l'Est, on trouve le Largo do Palacio ou place du Palais du Gouvernement, formant un groupe à angle droit avec les édifices des Ministères ou Secrétariats de l'Intérieur, de la Justice, de l'Agriculture et des Finances.

C'est de cet endroit, qui se trouve également au centre^ de l'activité commerciale, que partent rues et avenues vers tous les points de la ville et des faubourgs. Sâo Paulo est une cité où abondent les avenues, on en compte 55 très bien arborisées. Partant presque du -centre de la ville, l'avenue Rangel Pestana, prolongée de celle da Intendencia, s'étend rectiligne vers l'Est. LÎ'Avenida Tiradentes va, au Nord, rejoindre le fleuve Tiété. Les grandes rues LibertadeySanta Amaro, Sanio Antonio et Cohsolacào, se dirigeant au Sud, donnent accès direct à la célèbre Avenida Paulista, sans conteste la plus' belle avenue de la capitale; très large, asphaltée, composée de trois allées, elle est bordée d'habitations princières. Un petit plateau, qui se trouve à l'extrémité Nord-Ouest, offre un beau panorama sur le reste de la ville. Les avenues des Bambous, Glette, Barào de Piracicaba sont aussi parmi les plus belles et,* comme les principales artères de la ville, asphaltées; elles sont bien pavées, avec des matériaux divers qui permettent l'emploi de voitures automobiles de toutes catégories dont Sâo Paulo importe chaque année un nombre plus considérable qu'aucune autre' ville du Brésil.

De nombreuses places et de magnifiques parcs donnent une idée des sommes considérables qui ont dû être dépensées pour l'embellissement de la ville. Au premier rang figure le Jardin da Luz, en face de la gare tlu même îiom; e'est un parc d'une grande beauté, réunissant à la fois les attractions d'un jardin des Plantes et d'Acclimatation, car, au milieu des plantes tropicales, des arbres de toutes espèces et des fleurs variées, s'ébattent librement dans les allées, sur les pelouses ou dans des enclos dissimulés par la verdure, nombre d'animaux de la faune de l'Etat. Le Parc Antartica est une création particulière qu'un grand industriel paûliste laisse à la disposition du public, le parc-promenade da Caniareira, etc.

En raison de l'accroissement constant de la ville, les terrains et les propriétés ont décuplé de valeur. Les négociants, les hauts fonctionnaires et les riches fazendaires de l'inté-

rieur qui passent, avec leur famille, une partie de Tannée à Sâo Pàulo, possèdent dans iBs faubourgs des maisons plus ou moins jolies, mais toujours vastes et commodes. A Hyg-ienopolis, faubourg neuf, rendez-vou-s de tout ce que Sâo Paulo et TEtat ont de plus riche et de plus distingué, on admire un grand nombre de maisons somptueuses, des palacettes, corpme on dit là-bas, des villas luxueuses et confortables. A \Tai dire, quelques-unes de ces constructions sont d'un goût tout au moins bizarre; en échange, on ne peut leur refuser un aspect pittoresque qui forme contraste avec l'architecture plus sobre et de meilleur goût du plus grand nombre.

VIL Les monuments publics. — On trouve, à Sâo Paulo, un certain nombre de monuments publics remarquables, en majorité modernes; nous avons déjà signalé le groupe des Ministères, le Théâtre et le Palais Municipal; parmi les autres il faut mentionner : le Palais du Congrès, la résidence présidentielle, les Ecoles Polytechnique, Normale, d'Agriculture, de Commerce, les Académies de Droit et de Médecine, la Bibliothèque publique (la seconde du Brésil), l'hôpital de la Miséricorde, le nouveau Palais des Expositions, la gare do Luz, etc.

A ces édifices il faut ajouter une note particulière à un des plus beaux, le monument d'Ipiranga. C'est un édifice imposant et d'une belle architecture, construit au sommet d'une colline dominant le faubourg du même nom et la ville de Sâo Paulo, à Tcndroit où le premier empereur du Brésil, don Pedro, alors régent, proclama l'indépendance du pays le 7 septembre 1822. C'est pour commémorer ce fait historique que fut construit ce palais superbe élevé de deux étages et dont le frontispice central mesure plus de 30 mètres de haut.

Ipiranga est un lieu de promenade pour les Paulistes, et il n'y a pas d'étrangers qui ne visitent ce monument, d'un facile accès, qui est relié au centre de la ville par un t^ramway électrique qui y conduit en 40 minutes. On en a, fait un Musée d'Hisîoirc naturelle, dirigé par un homme de valeur, M. D'Escragnolle-Taun-ay; il contient de bonnes collections ethnographiques et zoologiques et une collection d'objets historiques." Quoiqrie inférieur à beaucoup de. musées d'Europe, c'est un des meilleurs sinon le meilleur du Brésil. Ipiranga offre donc un double intérêt aux 75.000 Panlistes et étrangers qui le visitent annuellement.

I/Etat de Sâo Paulo qui, à l'exemple du Gouvernement Fédéral, a formé le projet de grandioses manifestations de divers ordres, pour commémorer brillamment, en septembre 1922, le premier centenaire de Tlndépendance, avait mis au concours le projet d'un monument allégorique, qui devra être inauguré devant le palais d'Ipiranga à cette occasion. C'est le projet d'un architecte italien qui a été adopté, nos compatriotes, indifférents ou prévenus trop tard, n'ayant pas figuré, croyons-nous.

Sâo Paulo est une ville religieuse, aussi renferme-t-elle un certain noonbre d'églises comme aussi quelques couvents et monastères; parmi ces derniers figure celui de Sâo Bento, dont l'église et l'édifice monumental dominent la place de 'ce nom, en plein cœur de la ville. Malgré qu'il y ait séparation entre l'Eglise et l'Etat^ la religion catholique est la religion de la majorité, et les fêtes rituelles et les processions sont fréquentes. L'exercice des autres cultes est permis et il existe, à Sâo Paulo, plusieurs temples appartenant aux diverses sectes protestantes, église grecque orthodoxe et synagogue. Une cathédrale, qui devra être le plus beau monument de ce genre de toute l'Amérique du Sud, est en construction sur la place da Se.

VIII. Les tramways. — La ville est admirablement desservie par un grand nombre de lignes de tramways électriques, 55 au minimum; ces « bondes », comme on les nomme là-bas, permettent l'accès facile et rapide des rues les plus lointaines et des faubourgs les plus écartés. C'est là un fait appréciable, étant donné la grande étendue couverte par la capitale. Deux grandes compagnies fournissent actuellement la force motrice dont se servent les services de locomotion, de force et d'éclairage électrique. La plus importante est « The Sâo Paulo Tramways Light and Power » ; cette compagnie, dont les lignes urbaines atteignent une extension, s'accroissant chaque jour, de 300 kilomètres, dispose de 480 tramways pour ses 55 lignes; comme son homonyme de Rio de Janeiro, cette entreprise est une filiale de la « Braziliam Traction Light and Power » qui a son siège au Canada. Le service do ces lignes est bon et le prix de chaque trajet, souvent très long, 43st seulement de 200 reis, tarif inférieur à relui de Rio pour un parcours égal.

Sâo Paulo partage avec Rio la réputation d'être une ville extrêmement bien éclairée : pour Téclairage électrique de ses rues, places et jardins, elle dispose de plus de 500 lampei^ à arcs voltaïques et de 350.000 lampes à incandescence.

Il existe dans la ville un nombre considérable d'automobiles, la grande majorité appartenant a des particuhers, le reste est formé de taxis et de voitures de louage. Il y a aussi une bonne quantité de voitures découvertes à chevaux.

La guerre a arrêté certains progrès, lesquels étaient dus au continuel accroissement des bras amenés par un courant d'immigration spontanée, et la régularité relative des transports qui assuraient l'arrivée de& machines et du matériel industriel. La rareté des transports a amené la presque paralysation des constructions; jusqu'en 1914, il se construisait environ 4.000 maisons par an à Sâo Paulo, ce chiffre est tombé de près des deux tiers pendant les années de guerre, si bien que le nombre des immeubles, qui peut être évalué à 58.000, d'une valeur locative de 190 millions de francs, est insuffisant, eeda ne correspond plus à l'accroissement de la popul-ation qui, comme les affaires, se développe par bonds soudains et puissants.

IX. L'hygiène publique, la police militaire. — Les pouvoips publics et l'administration locale ont toujours apporté la plus grande attention aux questions d'hygiène; aussi la ville possède-t-elle une excellente canalisation d'eau et un système d'égouts à l'abri de toute critique. Aucun effort n'est épargné pour que la ville ne devienne un centre de salubrité garantie. Il existe un Institut Pasteur, un Institut bactériologique, un Institut sérumthérapique (Butantan), ces derniers sont chargés de préparer des sérums immunisateurs. On peut affirmer que les toutes dernières découvertes scientifiques pouvant être appliquées à l'usage et l'utilité publique sont, à Sâo Paulo, généralement adoptées et exécutées sans hésitation ni retard; des sommes considérables sont ainsi dépensées chaque année pour l'amélioration de l'hygiène publique. Sâo Paulo est, de tout le Brésil, la ville qui offre la plus grande proportion de nuptialité.

Pour le maintien de l'ordre public, Sâo Paulo dispose d'un des corps de police les mieux organisés de tout le pays. Cette force de police, qui constitue une petite armée de 6.500 hom-

mes environ et 190 officiers, possède une organisation de premier ordre reçue sous le gouvernement de M. AlLuquerqu-e Lins. Complétée par rinstruction technique reçue de la mission militaire française, cette organisation a fait du corps de la police une troupe rigoureusement disciplinée et dotée d'une excellente instruction niilitaire. Gomme l'exprimait le prési- \ dent Albuquerque Lins, le désir du Gouvernement de Sâo Paulo éîtait d'élever le niveau moral et intellectuel de la force publique et de lui donner en niême temps une instruction militaire d'accord avec les méthodes les. plus modernes, de façon à en faire un élément de défense social réel, prêt à l'action et aussi puissant que possible.

A ce point de vue, l'interv-ention de la mission française a été d'une évidente efficacité; l'organisation qu'elle a donnée à l'instruction de la troupe a été éminemm-ent intelligente et pratique; les résultats sont là, qui montrent la parfaite maîtrise des instructeurs. Gomposé à'infanterie, d'artillerie -et de cavalerie, ce corps est complété par un-e compagnie de pompiers. En dehors de cette force militairement organisée, Sâo Paulo possède encore une police ou garde civile, composée de 2.000 hommes divisés en huit compagnies. L'assistance publique et un excellent service d'ambulance sont toujours à la disposition de la police pour secourir promptement et efficacement les malades et les blessés.

X. La vie sociale. — On a dit que malgré ses belles avenues, ses monuments, ses jardins, Sâo Paulo était une ville triste et sans distraction, que lorsque 6 heures ont sonné et que le monde des affaires quitte le travail, une pesante solitude s'abat '.sur les rues commerçantes et que le silence devient si profond que la ville paraît abandonnée. Gette opinion peut paraître motivée par le calme qui règne généralement dans les quartiers excentriques et faubourgs de résidences particulières, et plus particulièrement l'été où chacun, grâce aux faciles communications, regagne en hâte le confortable de son home: Gette assertion est toutefois exagérée en ce qui concerne les rues centrales de la vieille ville, qui, plus cosmopolites, restent des plus animées jusqu'à, une heure relativement avancée. Les tramways électriques passent chargés de voyageurs; les salles de cinématographe, très nombreuses, regorgent de public, même dans les faubourgs.

Il est certain que la vie nocturne est moins intense à Sâo Paulo, ainsi d'ailleurs que dans toutes les grandes villes du Brésil, que dans nos grandes cités européennes; on y mène une vie plus familiale, et les salles de spectacles une fois fermées, le calme devient à peu près complet, sauf en de rares points toujours vivants.

Malgré tout, comme la tâche ardue des affaires exige des plaisirs ou des distractions, celles-ci ne font pas défaut dans cette métropole du Brésil méridional. Outre le magnifique Théâtre municipal, il y a encore à Sâo Paulo plusieurs salles de spectacles; le théâtre Santa Anna, qui a vu sur sa scène les plus grandes célébrités mondiales du drame et de l'opéra, le Politheama, le Sâo José, lequel est malheureusement un édifice sans cachet, œuvre d'une entrepri-se particulière, qui fait le plus mauvais effet à côté du Théâtre municipal, en face duquel il est situé. Ces théâtres et quelques autres ne fonctionnent guère que l'hiver, saison où les troupes italiennes, françaises et portugaises attirent le public élégant

La vie sociale est loin d'être inexistante si l'on s'en rapporte à l'animation des clubs, aux sports et autres diversions publiques qui occupent une partie du temps dont disposenl; les Paulistes. Pour les riches planteurs, dont beaucoup possèdent de magnifiques résidences à Sâo Paulo en dehors des habitations de la fazenda, la Sociedad Paulista, le Centro Agricola, le Club Auioinohil et le Jockcy-Clûh sont les points de réunion et de distraction. Il existe, en outre, de nombreux centres sociaux tels que le Club Intcrnacional, le plus ancien de Sâo Paulo, le Club Sâo Pauloy le Club Athletico, le Club de Regatas, etc., etc., tous plus ou moins fréquentés et dans de nombreux cas installés dans des édifices ou terrains qui accusent de grandes mises de fonds. Les propriétés du Club Athletico sont situées sur une des collines des environ^ de la ville, endroits qui en certaines périodes de l'année attirent une grande assistance d'amateurs de jeux et exercices athlétiqucs. Le Club des Régates, qui possède une jolie propriété à quelque distance de la ville, est particulièrement frécpjent^ par les jeunes commerçants et par des étudiants qui prennent une part active aux régates, exercices de natation et autres j concours athlétique's.

Parmi les ascociations scientifiques les plus importantes figurent VInstitut Historico e Geografico et la Sociedad de

€ivilisaçào dos Indios, lesquelles .comptent de nombreux menabres et correspondent av-ec les principales institutions de ce genre en Europe et en Amérique.

XI. Les Pauustes, le « gaïpira » ou rural. — La merveilleuse prospérité de TEtat de Sâx> Paulo ne doit pas être surtout attribuée à la bonté de son climat et à la fertilité de son sol, — car d'autres Etats se trouvent dans des conditions presque aussi bonnes, sinon tout autant, — mais uniquement au caractère de ses habitants. Les Paulistes se sont, en effet, toujours distingués par leur caractère bouillant, énergique, leur esprit d'entreprise, la passion de la liberté. L'histoire du Brésil est pleine de leurs prouesses; ce sont eux qui, par leurs courses aventureuses à la recherche (Je mines ou à la chasse aux Indiens, contribuèrent puissamment à faire connaître et h ouvrir les régions les plus lointaines et les plus sauvages du pays. Ce n'est pas seulement au climat plus frais de l'Etat de Sâo Pajulo que les Paulistes doivent d'être des gens de détermination, mais à un métissage particulier et à une vie active.

Les Portugais installés à Sâo Vicentc, puis sur le haut plateau, à Piratininga, avaient épousé des femmes indiennes; de ces unions est issue la race métisse des Mamelucos, bouillante, énergique, entreprenante et indomptable, ce sont ces métis, nous Pavons dit déjà, qui se. sont créé, dans l'histoire du Brésil, une placé légendaire quand leurs expéditions ou bandeiras se répandirent dans tout l'intérieur du pays qu'ils soumirent à l'autorité du Portugal.

Le vocable de Mmneluco, tombé depuis longtemps en désuétude, est remplacé par celui de Caboclo, ce dernier type forme le vrai fond de la population de l'intérieur; il n'est autre chose que celui que les bandeirantes ont créé et dont ils ont fait un groupe elhnique spécial. Les Paulistes de nos jours sont fiers de descendre de ces rudes bandeirantes mamelucos, leur chauvinisme en tire quelque orgueil; ils ont prouvé par leurs actes qu'ils étaient resti3S les dignes descendants de ces intrépides lutteurs.

On donne le nom de « caïpira » ou caboclo au paysan de rintérieur de l'Elat, où il forme le fond çle la population rurale. Le caïpira s'occupe de petite culture; on le représente comme méfiant, timide, m.ais matois (astuto), il est superstitieux et de mœurs simples. Gomme la nature est riche et

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qu'il vit sans ambition, le caïpira, livré à lui-même, a une tendance à se laisser aller à l'indolence et à ne donner que Teffort indispensable pour prpduire ce qui lui est nécessaire, c'est ainsi qu'il vit très souvent sans confort, pauvre et misérable à côté de richesses dont il néglige de tirer parti. Ce qui lui manque pour le transformer, ce sont des chefs énergiques et souples à la fois, des conseils, des guides autorisés, ayant su par l'exemple prendre sur lui l'autorité suffisante pour le mettre dans le chemin et l'y maintenir.

Chaque fois que, dans une région quelconque, le caïpîra a trouvé un chef et un guide, il y a eu transformation; l'être indolent, indifférent à tout parce que faible et souvent en proie à l'ankylostomase qui ne sont que les conséquences de la misère physiologique, s'est mué, grâce à une meilleure alimentation, en un homme plein de vigueur, ayant plus de goût au travail et l'ambition d'améliorer sa situation et son confort. L'œuvre réalisée dans le municipe de Taubaté par les trappistes de Trémembé, que' nous signalons plus loin, est un exemple probant de ce qui peut être obtenu dans cet ordre d'idées.

Ce qui manque surtout dans cette partie de la population, c'est une certaine éducation ou instruction élémentaire plutôt, car, par la faute des familles, l'assistance scolaire n'est pas soutenue et un trop grand nombre d'enfants évitent encore de fréquenter les écoles que l'Etat édifie pour eux à grands frais jusque dans les régions les plus reculées.

XII. L'unité morale. — Nous avons dit ailleurs ^ combien la population brésilienne était facilement assimilable, docile et ennemie de toute violence; le caractère pauliste ne diffère pas de l'ensemble sur ce point, mais il apparaît moins mélancolique et réservé que dans les autres Etats du Nord. La politesse la plu^ grande est une des caractéristiques de la population, dans toutes les sphères sociales en général, mais le bon ion, la courtoisie la plus délicate sont naturellement plus raffinés dans les classes cultivées.

Dans aucun pays de l'Amérique du Sud on n'est plus démo-

^ Au Brésil : De l'Uruguay au Rio Sâo Francisco. Challamel, éditeur.

e géiiérolo de la gare da Lm.

- Hue Liborii Daiiaro.

crate qu'au Brésil, et dans le Brésil que dans l'Etat de Sâo Paulo; les castes et les classes sociales y sont inconnue» malgré qu'il existe encore dans le pays de vieilles familles d'origine lusitanienne qui représentent les souvenirs et les traditions du passé. Un fait digne de remarque, c'est l'unité morale qui existe dans les diverses classes de la' population pauliste; aussi bien chez le caïpira de l'intérieur que chez le colon d'origine italienne, que parmi l'aristocratie politique, agricole ou commerciale, tous se trouvent toujours unis quand il s'agit de faire valoir les progrès et le développement de leur Etat.

A Sâo Paulo, comme dans toutes les grandes villes du Brésil et à l'instar de nos vieilles cités, la politique prend une place certainement plus grande qu'il ne conviendrait, mais, au fond de cette agitation et de ce bruit apparents, il y a une chose que l'observateur étranger démêle bien vite : c'est l'amour ardent que les Paulistes professent pour leur petite patrie, il y a là ufn sentiment national que nous n'avons retrouvé aussi intense que dans le Rio Grande do SuL Ce sentiment fait qu-e les Paulistes ne veulent être distancés par personne sui* aucun point; ils aspirent à conserver la supériorité économique et intellectuelle... ce à quoi ils panâennent facileiîient, tout en obtenant souvent aussi la prépondérance politique.

XIII. L'hospitalité. — On nous a reproché plusieurs fois d'avoir surfait l'hospitalité brésilienne, d'en avoir parlé dans des termes qui ne répondent pas à la réalité. Nous, n'avons pas eu de peine à faire avouer à nos contradicteurs qu'ils n'avaient jamais pénétré dans l'iiltérieur et qu'ils ne connaissaient du Brésil que les grandes villes comme Rio et Sâo Paulo où ils retrouvaient forcément les mêmes usages et préoccupations que dans les métropoles européennes, et il ne peut' en être différemment.

L'hospitalité telle que nous l'avons décrite est encore aujourd'hui, comme elle l'a toujours été, une vertu des habitants des campagnes. Etant donné la diversité des éléments qui composent la population des grandes villes comme Sâo Paulo, il ne faut pas s'étonner si l'hospitalité, au sens complet que l'on donne à ce mot, n'y est plus aussi cordiale, aussi simple, si les foyers y sont moins accessibles qu'autrefois; c'est la raison du progrès, une résultante de l'activité et du

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travail collectif et particulier dans la lutte pour la vie, l'aisance ou la fortune.

Les progrès et les embellissements de leur capitale n'ont encore apporté aucun changement a la manière de vivre 'des Paulistes; celle-ci est toujours aussi patriarcale, on vit strictement en familles, et celles-ci sont généralement nombreuses. Sauf des exceptions qui se feront sans doute de plus en plus nombreuses, les intérieurs sont en général peu accessibles; en dehors des réunions de groupements, on n'y observe pas ces agapes familiales ou aanicales qui sont chez nous des occasions de resserrer ou de développer les liens de l'amitié ou de la famille. En dehors de cette réserve, on est toujours assuré de trouver chez les Paulistes le même accueil chaudement cordial, bienveillant et courtois, et pour peu que l'on possède quelque recommandation, une grande serviabilité.

XIV. L'activité pauliste. — Les Paulistes concentrent avec acharnement leur activité slir le développement de leur pays, et c'est là maintenant qu'ils sont les initiateurs des autres Etats, par leur esprit de décision et surtout leur grand sens pratique. C'est dans ces qualités, nous le répétons, qu'il faut voir les raisons des énormes progrès réalisés 'par cet Eîtat. On Ta bien vu, lorsqu'il s'est agi de remédier à la crise due à l'énorme accroissement de la culture du café, ils abandonnèrent alors avec décision les erreurs de la monoculture pour se lanôer avec la même énergie dans la culture rationnelle des différents produits. Ils en donnèrent encore un exemple au cours de 1918, quand des gelées anormales ayant détruit des millions de caféiers, ils se lancèrent avec résolution dans la culture du coton.

Le Paulisite est tout aussi fier, chauvin même et plein d'amour-propre que ses compatriotes de tous les Etats du Brésil ; maigre eela, le fait qu'il ne craint pas de placer à la tête ou dans les services techniques de ses établissements scientifiques pratiques des savants, des spécialistes ou des professeurs étrangers qui forment des élèves, prêchent d'exemple et rendent de grands services, démontre son jugement sain et son sens pratique. Il a la force de caractère de faire plier son amour-propre et sa susceptibilité devant l'intérêt général et s'en trouve très bien. Ce fait ne serait plus aujourd'hui possible à Rio, où, la politique et un peu de vanité

aidant, r'adiïiis&ion d'étrangers, môme et surtout dans les emploies secondaires des établissements scieni,ifîques ou d'administration publi<jue, est souvent vue d'un mauvais œil.

Les progrès maitériels et moraux, les améliorations dans toutes les brtajiches, le dévelo/ppem^ent merveilleux de leur Etat, les Paulistes n'en sont 'redevables qu'à eux-mêmes; avec raison ils peuvent dire, avec orgueil, qu'ils ne doivent rien, ou peu, au Gouvernement central, mais tout à leur propre énergie et à leur initiative.

Sâo Paulo éveille l'envie des autres Etats qui ne connaissent pas enooire très bien les raisons de sa prospérité, son mjécanism'e économique. Pour quelques-ups, Sâo Paulo est un Etat ^^liançard, qui a su recevoir beaucoup de l'Union; ceux-là ne sont pas bien loin de le croire une charge pour la Pédéraution. On se demande en quoi Sâo Paulo a eu recours à l'Union, en dehors peut-être des avantages spéciaux qu'il a recueillis d'un courant d'immigration qui, en vingt ans, lui a amené près de 1.300.000 hommes pour son agriculture intense et primordiale. Mais d'autres Etats n'ont-ils pas bénéficié, dans une certaine mesure, de ce même courant et aussi de quelque faveur spéciale ou contribution favorable de l'Union? Sâo Paixlo «est-il coupable, parce qu'il est' devenu le cenlxre de prédilecutâon de l'élément qui le recherche de préférence? Cette préf éarence est un titre honorable de conquête propre, la récon3.i>ense de son mérite et de ses efforts. C'est simplement question de climat, ajoutent quelques superficiels! Non, car le Parana, Santa Oatharina et Rio Grande do Sul sont dans d'identiques et même dans de supérieures conditions de climait, et ces Etats ont également reçu un important courant d'immigrï'atioii également aux dépens de l'Union.

XV. LiE Commissariat général de l'Etat en Europe. — Si Sâo Paulo a ressenti plus fortement l'effet bienfaisant de ce courant migratoire, c'est parce qu'il fut prévoyant et politique, -et qu'il sut donner des garanties suffisantes pour fixer chez lui les nouveaux éléments qui lui venaient du dehors, Ge n'est pas là une œuvre fortuite, mais une question de préparatian politique sociale, économique et morale. Recevoir des immigrants, ce n'est pas acheter du bétail et clôturer un champ c'est tracer une route et préparer un système d'échange et àc production, assurer l'ordre et garantir le

mieux-être et la sécurité du milieu qu'on tient à faire progresser. Sâo Paulo a coii^ime un prolongement rationnel et moral dans le Commissariat général- d'information qu'il a créé et entretient à Brux-elles ^ depuis de nombreuses années. Ce Commissariat est une délégation officielle du Secrétariat de l'Agriculture et du Commerce; il a principalement pour but, en dehors d'autres attributions, officielles, de fournir aux intéressés les renseignements de toute nature pouvant servir au déveloippement des relations économiques et financières entre l'Etat de Sâb Paulo, la Belgique et la France.

L'Etat possède près de 7.000 kilomètres de voies ferrées pour ses 252.880 kilomètres carrés de superficie. Si tous ceux qui envient ou jalousent Sâo Paulo en avaient autant!

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