V. Evolution de la production par périodes espacées
Production agricole.
1894-95 1900-01 1904-05 191 Or 11 1914-15
Café- sacs 4.107.486 8.933.500 9.088.957 8.524.245 9.206.507
Coton — arrobes.. 245.466 511.504 568.554 1.466.378 869.888
Sucre — sacs 96 . 600 232 . 200 ^381 . 366 398 . 583 540 289
Eau-de-vie et alcool
— hectolitres 225.000 672.195 1.229.8.5 1.226.348 1.137.657
Tabac — arrobes.. 1.S4.660 124.560 136.183 130.118 119.980
Riz -> sacs 78.780 742.2«iO 1.014.248 1.049.827 1.007.044
Haricots — sacs... 330.000 822.176 1.334.013 1.367.440 2.599.550
Maïs — sacs 2.600.000 5.641.590 8.915.873 9.556.760 10.917.720
Entre 1895 et 1901, la production de céréales et de sucre était insuffisante pour satisfaire la consommation de l'Etat. Des milliers de tonnes de maïs étaient importés de TArgentine, de riz de l'Inde, de haricots du Qhili et de Rio Grande do Sul, de pommes de terre de France et de Portugal, de sucre de Pernanbuco et d'Alagoas. Pour ne vouloir produire que du café, les Pau'listes dépendaient de l'étranger pour des denrées qu'ils pouvaient produire eux-mêmes. Mais, à partir de 1905 et surtout après 1907, la situation se transforma; les produits alimentaires, cultivés sur une grande échelle, commencèrent à être obtenus en quantités suffisantes, non seulement pour alimenter la population, mais aussi pour figurer à l'exportation pour des chiffres importants.
VI. La CULTURE « REINE », LE GAFÉ. — EtudioDS maintenant les différentes cultures et leur rendement en commençant par le café, « l'or rouge », comme on pourrait nommer, à juste titre, la précieuse rubiacée, dont les fruits, d'une belle couleur vermeille une fois arrivés à maturité, tranchent sur le vert sombre des arbustes qui s'étendent à Tinfîni dans des plantalions couvrant parfois des milliers d'hectares.
Il ne saurait être question d'entreprendre ici 'l'historique du café au Brésil et dans l'Etat de Sâo Paulo ; sa culture avant fait l'objet de livres et de travaux très détaillés et des plus complets, nous nous bornerons à donner un aperçu général et quelques renseignements pratiques sur cette culture qui est la base d'une prospérité telle que peu de régions du globe en ont connu de pareilles.
Introduit au Brésil vers 1723, c'est dans les Etats de l'extrême Nord, Para et Maranhâo, que commença la culture du café, en 1767; l'Amazonie en exportait quelque peu, mais ce n'était pas là la terre de prédilection du café. Il descendit vers le Sud et prit, pied, en 1792, dans l'ancienne province de Rio de Janeiro; au commencement du xix* siècle, il finit par trouver son habitat définitif dans les terres, toutes rouges d'oxyde de fer, du Nord de Sâo Paulo, aujourd'hui traversées par le chemin de fer central du Brésil ; elle s'y propage, puis gagne les régions de l'Ouest, encore couvertes, dans leur plus grande étendue, de majestueuses forêts, zone actuellement desservie par plusieurs lignes ferrées et diverses ramifications dont les nœuds sont Gainpinas et Jundiahy. La culture du café ne tarde pas à se généraliser et à absorber toute l'activité agricole de l'Etat.
Les résultats obtenus grâce aux conditions exceptionnelles du climat et du sol ^attirèrent les planteurs, les travailleurs créoles d'abord, puis l'immigratioYi italienne, qui fut la plus abondante. C'est grâce à eux que s'étendit l'aire des cafezals, qui poussèrent de plus en plus vers le Nord-Ouest leur pacifique invasion; elle gagne la frontière de l'Etat de Minas qu'elle traverse, elle trouve encore des terrains favorables à l'Ouest et au Sud-Ouest, vers l'Etat de Parana dont elle franchit aussi les limites. Aujourd'hui, il existe dans l'Etat de Sâo Paulo environ 930 millions de pieds de café, couvrant une superficie de 481.033 alqueires, soit 954.470 hectares.
Parmi les municipes ou communes de plus grande pro-
dliction, il faut citer ceux de Ribeiraûo Preto, Gampinas, Amp«aro, Jahù, S. Ganlos do PinhaJ, DescMvado, S. Simâo, Araraquara, Cravinhos, Sertâosinho, 8. Manoel, Biragança, Rio Clara, Pranea, Limeira, etc.
VIL Progression de la production. — La progression de la production est curieuse : il suffira de dire qu'en 1825 Texportation par le port de Santos était de 3.335 sacs. En 1840,. Sâo Paulo ne fournissait encore que 36.000 sacs; en 1850, il en produisait 115.360; en 1870, 546.975. En 1891, deux ans après la proclamation de la République, l'exportation atteignait le chiffre déjà formidable de 2.052.322 sacs. La marée montante ne s'arrêta pas là : en 1902, ce fut 10.172.000 sacs, pour arriver, en 1907, à da production record de 15.392.000 sacs. Cette surproduction amena une perturbation telle sur les marchés qu'il se produisit un afTaissement des prix, si bien que, pour maintenir les cours et sauver l'agriculture, le Grouvernemetit de Sâo Paulo dut faire l'opération dite de la « valorisation », opération économique qui passionila longtemps les milieux économiques et financiers, qu'elle étonna par sa réussite.
En 1914, la récolte du café était ramenée à 11.072.367 sacs et, an 1918, à 12.210.150. La campagne 1919 donna une récolte de 7.253.250 sacs, presque moitié moindre, en raison de gelées anormales qui occasionnèrent de graves préjudices aux plantations. Sauf cette exception, la production semble, depuis 1910, s'être stabilisée autour de 12 millions de sacs. Etant donné que la production mondiale du café peut être évaluée à 19 millions de sacs, et comme la production de l'ensemble du Brésiil est de 15 millions de sacs, il résulte que l'Etat de Sâo Paulo fournit à lui seul plus de la moitié de la production mondiaile.
Suivons maintenant le eafé, depuis sa naissance jusqu'au moment où il est rendu à Santos prêt à être exporté.
VIIL Le caféier, sa plantation, l'arbuste en fleur. — Le caféier, avec ses baies d'un rouge foncé contrastant avec le feuillage vert sombre, est une fort belle plante et de 4 à 5 mètres de hauteur quand il croît à l'état sauvage. Dans les plantations, on ne lui permet guère de s'élever au-dessus de
UE DU CAFÉIE
r LA CUEILLETTE
3 mèbres; des racines, très fines, descendent profondément sous terre; au centre du faisceau, une racine pivotante s'enfonce, en droite ligne, à une profondeur proportionnée a la hauteur de Tarbusie.
Les plantations se font soit directement, avec la semence logée dès le début dans sa fosse définitive pour y germer, naître et produire, soit par la transplantation • de plants de caféier de un à deux ans obtenus dans les pépinières situées à l'ombre de grands arbres spéciaux.
Dans presque toutes les régions caféières du Brésil, sauf à Sâo Pauào, on se borne à arracher les plants qui croissent spontanément à l'ombre des caféiers adultes, issus de la germination de graines (perdues pendant la cueillette. C'est une habitude détestable, mais très généralisée.
A Sâo Paulo, la grande majorité des plantations nouvelles s'effectuent au moyen de semences plantées d'une seule fois. On les recouvre ensuite de terre légère, non sans les protéger contre les gelées et les écoulements d'eau par une petite banquette de terre. Hâtons-nous de dire que les planteurs expérimentés préfèrent, avec raison, choisir leurs plants dans des pépinières très soignées, mais ces novateurs sont encore en petit nombre.
Les arbustes sont plantés en quinconce, c'est-à-dire à intervalle de 3 à 4 mètres enia:'e chaque pied, chaque file étant également séparée de la file parallèle pvar le même intervalle.
Le caféier n'atteint guère son plein développement que vers l'âge de six ans. A quatre ans, il donne une petite récolte, et il y a des eas où, à trois ans, il produit déjà, dans les bonnes terres de Sâo Paulo.
Rien de plus joli qu'un caféier en fleur, mais la beauté d'une plantation de café est très passagère; aujourd'hui, les arbustes sont en pleine floraison; deux jours après, le sol est jonché de petites fleurettes blanches. L'arbuste fleurit trois fois par an, en septembre, octobre et novembre, avant que la fève soit complètement arrivée à maturité. Les fleurs sèchent et brunissent en deux ou trois jours. Un temps sec est préférable dans les commencements, mais dès que les bourgeons prennent un peu de consistance, la pluie est regardée comme un bienfait, en ce sens qu'elle lave les pétales et découvre dans les pistils de nombreux germes. L'expérience a démontré que lorsque le pistil reste frais et blanc on peut s'attendre
à une récalte approximativement proportionnée au nombre des fleurs.
IX. Variétés cultivées, durée de la production, rendement, MÉTHODES de TRAVAIL. — Les neuf dixièmes des caféiers plantés appartiennent à trois variétés du type Arabica, dites Crioulo, Commune, Bourbon.
Mais il en existe d'autres ; à Sâo Paulo, c'est la culture du café bourbon qui domine; vient ensuite le Creoulo, surtout dans les vieilles zones caféières.
On prétend — mais rien n'est moins prouvé — que le bourbon produit davantage que le Creoulo, mais ne vit pas longtemps.
On n'a pas encore constaté, au Brésil, de maladies du -café comparables, pour leur effet meurtrier, à celles qui ravagent la vigne. Le terrible Hemileia, qui exerce de tels ravages sur les cafés d'Orient, n'a pas encore — et fort heureusement — fait son ap/parition au Brésil.
La durée productive du caféier est beaucoup plus longue qu'on serait tenté de le croire. Sa vitalité est de trente, quarante ans et même davantage, selon les soins reçus. Le seul ennemi du café pauliste est, à vrai dire, la gelée. Mais il est très rare qu'elle atteigne les proportions qui, chez nous, causent souvent la complète destruction de 40 à 50 % de nos arbres fruitiers. Le maximum observé jusqu'ici l'a été en juin 1918, où la gelée brûla 18 à 20 % des caféiers de Sâo Paulo.
Le rendement d'une plantation en pleine production s'éiève à 150 arrobes de 15 kilogrammes par 1.000 pieds, dans les meilleurs terrains de Sâo Paulo; mais, dans les cafezals voisins de l'Etat de Rio de Janeiro, die descend parfois à moins de 30 arrobes ^ La moyenne, «pour tout l'Etat de Sâo Paulo, est de 50 à 60 arrobes par d.OOO pieds.
Dans les autres Etats, l'écart est plus considérable. D'un
^ Parmi les municipes où la production moyenne est la plus intensive il faut citer, classés par quantité décroissante, Agudos, 105,7 arrobes de 35 kilos par 1.000 pieds; SSo Manoel, 104,0 arrobes; Sâo Joâo da Boa Vista, 102,2 arrobes; Orlandia, 99,8 arrobes; Jardinopolisl 96,3 arrobes; Xbitinga, 94,0 arrobes; Mogy Guassù, 90,9 arrobes; Franca, 90^4 arrobes; Espirito Santo do Pinhal, 89,2 arrobes.
maximum de 60 arrobes, le rendement y descend parfois à iO arrobes, avec moyenne habituelle ne dépassant pas 20 arrobes. Il est vrai que dans ces régions on a pris l'habitude de ne pas dépasser, pour Tintervalile entre les pieds, la distance de 2 m. 50 à 3 m. 50. Or, il résulte des expériences très concluantes, faites à Grignon et ailleurs au sujet de Tinfluence de la densité des semailles ou plantations quelconques, que le rend-ement est toujours inversement proportionnel à cette densité. Les plantations de caoutchouc de Java et de Malaisie en peuvent témoigner. Us croyaient bien faire, au début, en plantant 800 et 1.200 Hévéas par acre; sur les conseils des agronomes, ils se décidèrent à ramener ces chiffres à 400.pieds par acre, et obtinrent des résultats deux fois supérieurs. La même 'piseuve a été faite en France pour le blé. Il conviendrait que les fazendeirôs brésiliens fissent aussi leurs profits de cette importante constatation.
Les méthodes de travail sur les plantations sont assez variées. A Sâo Paulo, où presque tous les travailleurs sont étrangers ou fils d'étrangers, la plantation et l'entretien des caféiers s'exécutent, jusqu'à la quatrième année, presque toujours par entreprifie à forfait. Le forfaitaire est ordinairement un colon de la fazenda qui, outre son salaire habituel, a droit à un certain pourcentage du produit do la quatrième année, avantage qui stimule son activité et permet au fazendeiro de compter sur une plantation bien entretenue.
Le colon peut aussi s'engager pour cinq ans, sous condition de ne rien toucher comme argent, mais avec droit dq garder pour lui la récolte qu'il aura pu faire pendant cette période où le caféier n'a pas encore atteint son plein régime de production.
En général, cependant, le travailleur n'a, en dehors de son salaire, qu'un privilège, mais il est important, celui de faire, entre les files de jeunes caféiers, et pour son propre compte, des cultures diverses : maïs, coton, haricots, légumes, etc. Il lui est aûloué, en outre, des lopins de terrains qu'il peut cultiver à sa convenance.
La très grande partie des travailleurs des cafezals sont des Italiens, sans lesquels les fazendeirôs n'eussent jamais pu, faute de main-d'œuvre, réussir comme ils l'ont fait à planter, entretenir et exploiter les 930 millions de caféiers qui prospèrent aujourd'hui dans les terres paulistes.
X.- La cueillette, le séchage et la préparation. — La cueillette est le plus intéressant spectacle du travail d'une f azenda, les cerises vertes d'abord, puis rouges et presque noires lorsqu'elles ont dépassé la maturité sur l'arbre, se pressent serrées sur les branches. La eueillette normale s'effectue de mai à septembre, mais il arrive que, faute de personnel ou pour d'autres motifs, elle commence parfois en avril et se prodonge jusqu'en octobre. Méthode tout à fait intempestive^ car, en avril, les fruits ne sont pas eneore suffisamment mûrs, et, en octobre, les pluies rendent non seulement le travail difficile, mais elles portent préjudice au produit en abattant les fleurs et les bourgeons.
Dans les terrains accidentés, la récolte se fait dans des corbeilles que les travailleurs -portent à la hauteur de la ceinture, horizontalement, et suspendues à l'épaule par des courroies ou des cordes. De ses deux mains, restées libres, le récolteur arrache les bois de café qui tombent dans la corbeille qui, une fois pleine, est vidée dans un sac.
Dans les terres de faible inclinaison, les corbeilles sont souvent remplacées par un drap de coton de 4 à 5 mètres de long sur 2 à 2 m. 50 de large, que l'on étend dessous chaque ou chaque deux caféiers, de manière que les grains arrachés tombent sur le drap d'où ils glissent dans les sacs.
La cueillette est le travail le plus lucratif pour les coloQS, car tout le monde, femmes et enfants, peut y eoUaborer, et chaque alqueire ou boisseau de 50 litres est payé de 400 reis à 2 milreis, sans résidus ni pierres.
Le café récolté est mis en sacs et>ehargé sur des charrettes traînées à bœufs ou à mules. Arrivé à la fazenda, le café est jeté dans des canaux-lavoirs qui le nettoient de toute impureté, après quoi il est étendu sur d'immenses terrasses-séchoirs (terreiros), où il reste un certain nombre de jours exposé à l'action du soleil, étendu en couches minces qui sont ramenées en tas le soir, si la pluie menace. Une fois que la pellicule qui préserve le grain devient complètement noire et parfaitement sèche, ce qui fait éclater son éxîorce, le café est prêt pour rentrer à la machine. Les fèves sont alors conduites dans un vaste dépôt à l'aide de wagonnets courant sur rails Decauville ou avec des brouettes, suivant les fazendas. Une chaîne à godets, sorte de drague mue par la vapeur, vient saisir les fèves dans ce. dépôt pour les faire passer dans une ma-
chine qui les débarrasse des pellicules qui les recouvrent encore, puis elles sont passées aux vans mécaniques. Les grains sont ensuite placés dans une naaehinc qui les répartit par dimension; d'aucuns sont classés à la maiïi sur de petites machines spéciales par les jeunes filles et les vieilles femmes. Le café est alors mis dans un double sac de toile et prêt à être livré à la consommation.
La récolte et les divers procédés mécaniques pour préparer le café jusqu'au moment où il est embarqué ont été si souvent décrits qu'il serait fastidieux de les résumer plus long^uement. Toutefois, il y aurait li^eu d'attirer l'atteiition sur les besoins des planteurs en ce qui concerne le matériel; les machines pour le traitement du café ont déjà atteint un degré élevé de perfection, mais des machines qui se substitueraient à la main-d'œuvre trouveraient un débouché immédiat. La machina réclamée avec plus d'insistance est celle destinée à la cueillette du café. Déjà on aurait pu introduire des machines dans la culture des arbustes, si l'on ne s'était pas trouvé dans la nécessité de conserver un grand nombre d'ouvriers toute l'année, de façon à avoir une main-d'oeuvre abondante. L'Etat de Sâo Paulo se propose de décerner une prime aux inventeurs d'une cueilleuse qui donnerait des résultats satisfaisants.
XI. Petites et grandes propriétés, l'hospitalité dans les FAZENDAS. — Il n'y a pas que les grands propriétaires qui cultivent le café ; sur les 17.200 plantations de café, 17.000 environ appartiennent à de petits et moyens cultivateurs, anciens colons. Le café des premiers est mieux préparé, les autres exploitants se bornant à faire sécher les cerises, puis à les battre. Dans certaines contrées caféières, on trouve des engenhos centraes, usines centrales qui se chargent de traiter le café des petits cultivateurs et qui, te plus généralement, achètent leur récolte.
Parmi les grandes fazendas ou exploitations agricoles caféières de l'Etat de Sâo Paulo, quelques-unes sont à signaler parleur grande proportion et leur organisation ultra-moderne, ce sont : les fazendas de Francisco Schmidl, fazenda Dumont, à une société anglaise ; la fazenda Santa Veridiana, à M. Antonio Prado, dans la région de Ribeirâo Preto; la fazenda Santa Gértrudes, au comte de Prates, située à. quelque dis-
lance de la gare du même nom, sur la ligne Paulista; les plantations de la raison Prado, Chaves et G*, les unes près de Brotas, sur la ligne Paulista, les autres dans la région de Dourado, etc., etc.
Sur le réseau de la Paulista, nous visitâmes la fazenda de Santa Veridiana, appartenant à M. Antonio Prado, le grand administrateur de Sâo Paulo. C'est un établissement où l'industrie caféière atteint un grand degré de perfection. Puis, en nous rendant vers l'Etat de Goyaz, par le chemin de fer de la Mogyana qui dessert toute la zone des grandes cultures caféières, nous ^reçûmes encore l'hospitalité dans la fazenda Dumont et celle du «. roi du café », M. Francisco Schmidt. Cette hospitalité, partout large et cordiale, est ce qui séduit le plus dans un voyage à l'intérieur du Brésil. On ne peut rêver accueil plus simple et plus affaible; après l'offre d'une tasse de café, chacun s'empresse de vous conduire à la chambre qui vous est réservée. Ensuite, c'est la visite des plantations, visite qui peut durer plusieurs jours, à cheval ou en troly, voiture spéciale au pays; c'est une sorte de cabriolet nordaméricain, comiposé de deux paires de roues réunies par deux planches qui servent de support à deux sièges sommaires. Avec cette invention yankee, simple, légère et solide, on passe partout, dans les chemins primitifs et pleins d'obstacles de l'intérieur, et l'on s'étonne de ne pas voir le véhicule se partager en deux dans les ornières très profondes.
Au retour, qui a lieu à la tombée de la nuit, un repas confortable réunit la famille du fazendaire et ses hôtes; le repas dure assez longtemps; comme on se couche, en temps ordinaire, de bonne heure à la fazenda, on aime, chaque fois que l'occasion s'en présente, causer longuement sur les conditions dans lesquelles s'opère la récolte et sur les événements qui se déroulent en Europe.
La principale fazenda de M. Schmidt, qui est la plus importante de tout le Brésil, se trouve à quelques kilomètres de Ribeirâo Preto^ La maison d'habitation est entourée, sur deux côtés, d'un beau parc-jardin, et, quoique n'ayant pas l'apparence luxueuse et l'aspect imposant de quelques cons-
^ La plus grande partie des immenses propriétés du colonel Scliinidt sont aujourd'hui administrées par une société anonyme.
Cueille Ile du café.
Cueillelle du tafii.
tructions, en forme de palais ou de forteresse, d-e certains planteurs, elle est très spacieuse, bien comprise et extrêmement confortable. En face, se trouvent les séchoirs ou terreiros, les usines ei divers ateliers, car la fazenda doit pouvoir construire et réparer tout ou presque tout le matériel et Toutillage dont edle a besoin ; nous y avons vu construire et installer toutes les pièces de machines modernes.
La fazenda, ou plutôt les fazendas du colonel Schmidt, car le roi du café d'aujourd'hui, arrivé au Brésil à l'âge de neuf ans, comme immigrant, ce dont il est très fier, est colonel de la milice, comme tous ou presque tous les grands fazendaires; les fazendas, disons-nous, occupent une superficie de 35.000 hectares. Elles possèdent 8.000 colons, répartis en 1.026 maisons à travers les iplantations; ces colons cultivent et soignent les 8.000.000 de pieds de café des fazendas, qui produisent annuellement une récolte de 250.000 sacs les années fortes et 200.000 les années moyennes. Le roi du café possède encore plusieurs sucreries et distilleries.
Nous avons visité cette fazenda et celle voisine (à 20 kilomètres) de Dumont, guidé avec une cordiale bonne volonté à travers toutes les installations; les plantations de cannes et les innombrables allées des cafezals, coupées de loin en loin par de larges avenues, parcourues à cheval ou en troly; partout l'œil n'embrasse que des collines où ondulent des forêts de caféiers bien alignés. Dans toute la région, on ne voit que ces arbustes, hauts de 3 à 4 mètres. Depuis Casa Branca jusqu'à Indaia, au delà de Franca, c'est-à-dire sur plusieurs centaines de kilomètres, ce ne sont que collines et vallées, couvertes de caféiers. C'est une mer, un océan de café. A la fin, la multitude de ces arbustes au feuillage luisant et d'un vert foncé finit par rendre le paysage monotone. Rien que dans la seule région environnant Ribeirâo Preto, il y a approximativement 29 millions de pieds de café; 12 millions dans celle de Gravinhos et 14 millions dans celle do Sertâosinho.
Dans ces excursions à travers les plantations, ailn de nous documenter sans perdre de temps, nous allions déjeuner dans l'une des fazendas la plus rapprochée, pour revenir dîner à l'habitation, où attendaient toujours quelques invités. Dans l'intervalle, il nous fallait souvent pénétrer dans les maisons des administrateurs, chefs de service ou surveillants des diverses fazendas; chaque fois la tasse de café, obligatoire dans
tout rintérieur, nous était offerte, si bien qu'en une seule journée il nous est arrivé de savourer vingt et une tasses du breuvage populaire. Ceci tout à fait impunément, car il semble qia« dans oe pays, en raison du climat sans doute, le café ne produise sur les nerfs auctin effet sensible; cette boisson, qu'on s'^ocoutume très vite à boire à toute heure du jour, semble plutôt agréable- et nécessaire.
XII. Glassipigatiots des diïtf'érents types de café. — Le café qui sort des « cngenhos » beneficiado, c'est-à-dire préparé ou bonifié, est tout d'abord soumis à une classification basée sur la dimension des grains; ils forment deux types bien distincts : le chaio, ou plat, et le redondo, ou rond; ce dernier est connu dans i'C commerce comme moka. Le café chato se subdivise en chato grande et chato miudo; 16 moka en moka grande et mockinho. Le café chato est la graine parvenue à son plein développement; le café moka est constitué par les grains situés aux extrémités des ramilles de l'arbuste et qui se sont mal développés. C'est ainsi que ces types sont généralement remis aux ports d'embarquement. Là, cependant, les remises, à l'exception des types de café fins, sont à nouveau manipulés de manière à produire les types courants du marché américain, qui est le principal consommateur du café brésilien.
Au point de vue qualité, les eafés de Sâo Paulo se classent en types stipérieur, bon, régulier et ordinaire. Au-dessus, se trouve le type fin, coté de 10 à 25 % de plus que le type supérieur. Mais, depuis fin 1906, c'est la classification américaine qui a été adoptée; elle comprend 10 types. De i à 10, le café est chaque fois moins fin; les types 9 et 10 étant généralement constitués par des graines cassées ou noircies, des détritus d'enveloppes et autres impuretés dont le^ classement se fait d'après l'aspect du lot. Presque tout le café de type supérieur à 6 est envoyé aux Etats-Unis, qui reçoivent aussi quelques types meilileurs. Les types fins ne sont pas manipulés, ils sont destinés à l'Europe où ils obtiennent un bon prix. La majeure partie des cafés embarqués à Santos appartiennent aux types 4, 5, 6. A Rio, c'est le type 7 qui domine.
XIII. DÉPENSES d'une fazenda gaféière, évaluation du prix DE revient d'une UNITÉ DE 15 KILOGRAMMES. — Etant donné les
frais et multiples charges qai grèvent le café depuis la plan^ tation jusqu'au vapeur où il est embarqué, les bénéflces des planteurs ne sont pas aussi considérables qu'on serait tenté de le croire.
A titre d'exemple, prenons les' dépenses d'une fazenda de 170.000 pieds de café; admettons qu'elle produise 60 arrobes de 15 kilogrammes par 1.000 pieds, chiffre modéré, puisqu'il est des plantations qui peuvent arriver, dans les bonnes a,nnées, à plus de 200 arrobes. Nous aurons une récolte totale de 10.200 aiTobes, qui sera vendue au cours de 6 à 7 milreis par 10 kilogrammes, soit 9 à 10 milreis par arrobè.
Entretien de 170.000 pieds, à 300 reis par pied 51 : ÔOO $ 000 Cueillette et traitement d-e 10.200 arrobes. ..... 10: 200$ 000
Total 61: 200 $000
A ce chiffre s'ajoutent 1 milreis de transport, 360 reis de commission -et 100 reis de camionnage, soit au total 1 $ 460 par arrobe et 17:812 milreis pour les 10.200 arrobes.
Frais de production pour 10.200 arrobes 61 : 200 $ 000
Transports et commissions 17: 812 $ 000
Dépenses totales à charge du fazendeiro 79: 012 $ 000
Soit 510 reis de dépense moyenne par kilogramme. Ce qui ne comprend ni les frais de douane, d'embarquement, de fret, de débarquement, d'emmagasinage, de tarifs à l'entrée en France et de courtages divers.
Mais ce dernier calcul comporte des dérogations suivant la région considérée, étant donné l'inégalité des salaires.
A Sâo Paulo, par exemple, les salaires sont souvent doubles de ceux du Para. Au lieu de 2 à 3 milreis par jour touchés par le travailleur pauliste, le colon d'Espirito Sanfo et de Bahia ne reçoit que 1$ 200 reis; à Rio, il reçoit à peine 1 $600 reis.
Il s'établit, malgré cela, une sorte d'équilibre entre les diverses régions caf éières, grâce aux différences de , productivité, moindre dans le Nord, où la main-d'œuvre est, par contre, moins chère.
M. Augusto Ramos, qui fait autorité en la matière, évalue comme suit le prix de revient, à l'arrobe de 15 kilogrammes, du café de Sâo Paulo, prix d'avant-guerre :
Entretien de la plantation (pour 15 kg. de café) 1 $ 300 reis.
Cueillette 1$000 »
Transfport au terreiro 100 »
Traitement au terreiro 280 »
Bonifloation en usine * 350 »
Transport à la gare , 150 »
Fret jusqu'à Santos \ 1 $ 250 »
Dépense à Santos 350 »
Perte et usure des sacs 50 »
Frais d'administration 650 »
Réparations 650 »
Imprévus 210 »
Soit 6 $ 340, non compris les frais d'amortissement ni les intérêts du capital employé.
On voit donc que le café, pris sur plantation, ne dépasse guère, en admettant un bénéfice de 20 % pour le f azendairo, 5 $500 reis, c'est-à-dire, au change d'avant-guerre, 9 fr. 24 les 10 kilogrammes, soit 0 fr. 024 le kilogramme.
XIV. Pourquoi le café est cher en Europe, les intermédiaires. — Comment se fait-il qu'il soit impossible de l'acheter, en Europe, à moins de 10 à 12 francs le kilogramme (avant la baisse importante qui s'est produite fin 1920).
C'est qu'il n'y à peut-être pas de produit au monde qui ait à payer une dîme plus élevée aux intermédiaires, dont voici, pour le café, l'ordre de succession :
1° Le commissionnaire de Santos, qui prend livraison, paie et emmagasine le café;
2** L'exportatevr de Santos, à qui le commissionnaire vend à son tour la cargaison, et qui l'envoie à New- York, au Havre ou à Anvers ;
3** L'importateur du Havre, qui reçoit le café, l'emmagasine et le revend à des commissionnaires en gros de Paris et autres grandes villes;
4"* Ces mêmes com,missionnaires en gros, qui revendent le café à des commissionnaires de détail ou directement à des maisons de gros;
5** Les divers intermédiaires, courtiers, manipulateurs et
Iransformateurs, qui ne livrent enfin le café au consommateur qu'après avoir prélevé, eux aussi, leur dîme ^.
Total : six intermédiaires au moins.
Quoi d'étonnant à ce que le producteur brésilien soit si mal rémunéré relativement, et que le consommateur soit luimême exploité.
Cette situation mériteraift une attention spéciale de la part des gouvernements d'Amérique et d'Europe. Le nombre des intermédiaires du café pourrait, sans aucun inconvénient, être réduit à trois : VexportcUeur, Vimportateur et le commis^ sionnaire vendeur et répartiteur. On dit le commissionnaire de Santos parfaitement inutile. C'est lui qui serait à la source du mal. Il faut croire qu'il représente une force, puisqu'il a résisté jusqu'ici. Quant aux courtiers de bas étage, malaxeurs, revendeurs de troisième et quatrième catégorie qui gravitent autour des vendeurs en gros, ils devraient être supprimés impitoyablement. Il serait temps, en un mot, d'organiser, pour le -café et beaucoup d'autres articles de grande consommation, ce qu'on pourrait appeler la police commerciale. A la vérité, elle n'existe pas. Quelques- jurisprudences, très incohérentes d'ailleurs, voilà tout ce que les tribunaux de commerce peuvent et savent faire pour maintenir dans les voies du commerce licite la foule des' agioteurs.
La question est d'ailleurs infiniment grave pour le Brésil. On a dit avec raison que l'industrie du café était, pour ce pays, la base même de sa politique. Qu'attend-on pour la soustraire, par une législation nationale et internationale vraiment rationnelle, au régime aélatoire que nous venons de décrire?
^ Un exemple. Les cours scandaleux réalisés par certains spéculateurs ont amené la Chambre des Députés & constituer une Commission d'enquête, chargée de rechercher les profiteurs, comme suite ft la loi sur les spéculateurs.
En dehors d'autres plaintes, la Commission a reçu de M. François Marsal, alors Ministre des Finances, communication d'une lettre du Maire du Havre dénonçant des faits de spéculation sur les cotons et les cafés. Les commerçants du Havre auraient gagné 500 millions du l**' au 15 avril 1920. La Commission a entendu et confronté le Maire du Havre, le Président et le Vice-Président de la Chambre de commerce, les Présidents de syndicats de courtiers en coton, en café. Après une enquête qui a duré plusieurs séances, la Commission a décidé de renvoyer le dossier au Garde des Sceaux, à toutes fîns utiles.
XV. Echelle de la production et de l'exportation. — Nous avons vu que la production du café pauliste suivait à nouveau une marche asicendante lorsqu'elle fut amoindrie pour quelques années par les gelées de juin 1918. La consommation, elle aussi, suivait une progression croissante, mais avec une régularité, un isochronisme parallèle à la marche de toutes les autres consommations, tandis que la production procédait par bonds désordonnés, sauf celle des pays producteurs de café non brésilien, laquelle s'est toujours maintenue sans grands écarts entre 4 et 4 millions et demi de sacs.
Voici d'ailleurs l'échelle de la production pauliste comparée avec celle du Brésil dans son ensemble, pour les campagnes allant du T' juillet au 30 juin, et en sacs dé 60 kilogrammes :
Cafés Total
Années de S. Paulo pour le Brésil
1915-19lè 11.747.000 15.960.000
Les exportations présentent, elles aussi, des alternatives très variables, mais ne correspondant pas du tout avec la production ; c'est ainsi qu'en 1919, Sâo Paulo exporta plus de 2 millions de sacs qu'il n'en produisit. Voici les quantités et valeurs avec lesquelles le café contribua à l'exportation au cours des six dernières années :
Années Sacs Valeurs
1920 8.480.487 jOTl . 363 : 457$
Quelle est, dans ces chiffres, la part de la France? Cette part ne peut être exactement indiquée poup le café pauliste seul, qui comprend près des 9/10 de notre importation, mais nous savons que la France, dont la consommation s'accroît d'année
Santos. — Embnrqiiement du café.
en année de 1911 à 1&Î8, a importé, en 1919, 2.707.551 quintaux métriques de café du Brésil. Sur ce total, 2.074.642 quintaux ont été livrés à la consommation et 347.424 réexportés.
XVI. Le VRAI CAFÉ ET LES sucoÉDANÉs. — Si, commc café, il n'était «consommé dans le mofide que du café, aucune surproduction ne serait à craindre et l'Etat de Sâo Paulo pourrait augmenter ses plajitations, la production ne suffirait pas pour satisfaire aux exigences ; mais, par combien de drogues ne le rempïace-t-en pas dans notre vieux monde, qui reste quand même le ^principal consommateur.
Qu'on- en juge! Avant la guerre, il existait, en Italie, 27 manufactures de substituts de café; en Autriche-Hongrie, il n'existait pas moins de 415 manufactures de café de flgues, 142 de eafé-chî<îorée et 14 d'orties. La Confédération autrichienne n'existe plus, mais le nombre de ces fabriques s'est pdutôt abocru. En Allemagne, il en existait 724; ce chiffre a iriplé pendant la guerre, les « ersatz » du café s'étant multipliés; en France, on comptait 176 fabriques, la majorité produisant de la chicorée, les autres des préparations de glands, de figues, de haricots, de pois chiches, etc. La Belgique à elle seule, bien que le café y entre en franchise, produisait 70.000 tonnes d'imitations diverses. L'Angleterre, l'Espagne, le Portugal n'échappent pas à l'emprise générale des fraudeurs et des inventeurs des succédanés et ont aussi leurs fabriques d'imitations. Aux Etats-Unis, où le café ignore aussi les droits de douane, n'a-t-on pas vu une grosse entreprise tirer des bénéfices énormes d'une imitation sans valeur?
En France, en dehors de la fabrication et de la vente de la «hicorée, qui, elle, se présente à visage découvert, n'assistonsnous pas, non sans quelque surprise, aux agissements d'un industriel qui, par une publicité insidieuse, tend à discréditer le café en suggérant aux esprits inquiets et crédules, aux tempéraments faibles, faciles à troubler, que peut-être les malaises dont ils peuvent être l'objet sont dus à l'usage du café, ohose qui, naturellement, sera évitée par l'emploi de la drogue recommandée. Celle-ci. n'a, heureusement, avec le déli- -cieux et réconfortant breuvage qu'est le véritable café, que le rapport insuffisant de la couleur; aussi les amateurs trompés, les égarés reviennent-ils vite au vrai produit brésilien dont l'éloge n'est plus à faire.
Il faut ajouter aussi, pour être complet, que le café bu aussi bien dans les établissements publics qu'en famille a rarement la saveur de ceilui que nous buvions au Brésil; c'est qu'en général, on le prépare mail et qu'iil y est adjoint quelque mélange, chicorée ou autres. Nous ne savons pas faire de café!
La chicorée ne contient ni caféine ni acide caféotannique; elle n'a de commun avec le café que la couleur. C'est peutêtre parce qu'on ne sait pas préparer le café en Europe qu'on a recours à la poudre de chicorée, qui donne une certaine consistance à la boisson. Pour boire du bon café, il faut d'abord que le grain soit moulu de façon à le réduire en poudre très légèrement granuleuse, où il n'existe pas de fragments de grain; il est évident que l'eau bouillante devant extraire de cette poudre tous ses principes nutritifs, aromatiques et agréables au goût, la poudre doit être complètement pénétrée pour pouvoir abandonner ce qu'elle contient. Si la poudre de café n'est pas assez fine pour se laisser pénétrer par l'eau, celle-ci fera l'effet d'un lavage et non d'une décoction : elle entraînera bien quelques principes de la surface de la poudre, mais aucun de sa profondeur. L'eau doit toujours être versée lorsqu'elle commence à bouillir, car en bouillant trop elle perd l'air qu'elle contient et le café s'affadit.
Donc, s'il n'était bu que du café au lieu des ineptes décoctions noirâtres dont on abreuve trop souvent le consommateur, si, d'autre part, on maintenait par une propagande incessante en faveur de la consommation du café la demande mondiale au-dessus de l'offre, la production actuelle, déjà juste, serait insuffisante.
Ce résultat pourra être aussi atteint en diminuant le prix de production du café; il serait urgent que l'ensemble des charges qui frappent le sac de café de 60 kilogrammes, rendu à Santos, fût ramené à 25 milreis au maximum. Le prix de revient relativement élevé, qui rend le café cher quand il pourrait être bon marché, relève de différentes causes et abus. Il y a tout d'abord l'usure, dont les planteurs sont plus ou moins victimes; déjà le Gouvernement de l'Etat a atténué ce mal par la création de caisses agricoles, mais il y a encore des lacunes; il faudrait développer ce système d'avances, bien organisé et à taux raisonnable, en faveur des planteurs. L'attention des capitalistes étrangers est déjà attirée par les bénéfices que produiraient ces placements fonciers très rémuné-
rateurs. Il faudrait aussi combaitre le manque de main-d'œuvre et son prix élevé par une plus grande utilisation des machines de tous ordres que la technique agricole moderne met à la disposition de ragriculture.
Ainsi garantis contre toute crainte de surproduction, les planteurs n'hésiteraient plulS à étendre les cafezals jusqu'aux vastes ondulations, si riches en oxyde de fer, qui séparent le Tiété du rio Feio et le Feio du Peixe, le Peixe et le Paranapanema, ce qui élèverait à plus d'un milliard d'arbustes l'incomparable domaine caféier de l'Etat.
GHAPITftE XI
Autre» pultures : Coton. — Canne à sucre. — Tabac. — Riz.
Haricots. — Maïs, etc.
J. Le coton dans l'Etat de SSô Paulo, principales zones productrices. — IL Procédés de culture, rendement, frais. — II I. Dépenses d'établissement, progression de la culture cotoniêre, valeur de la production.
— IV. Avantages et facilités de la culture du coton, son avenir. — V. La canne à sucre à Sao Paulo, variétés cultivées. — VI. Rendement â, l'hectare, conditions du travail dans les plantations, rendement en sucre et alcool. — VII. Fabrication des grandes usines^ centrales, évolution progressive de la production. — VIII. Production de l'alcooL
— IX. Une ancienne culture le tabac, les zones productrices. — X. Epoque des plantations, frais de cultures, rendement, production annuelle.
— XI. Le riz, zones de cultures, variétés. — XII. Dépenses de cultures et rendement. L'Etat d'importateur devient exportateur. Production. — XIII. Les haricots du Brésil en Europe. Variétés. Les différentes récoltes. — XIV. Rendement à l'hectare. Dépenses. — XV. Production et exportation. — XVI. La céréale la pltts cultivée, le maïs. Variétés, ensemencement, récolte. — XVII. Rendement et production. — XVIII. Le manioc et sa farine, le tapioca, les diverses racines. — XIX. Rendement, frais et production. L'arrow-root. — XX. Pommes de terre. — XXI. Doit-on craindre la surproduction ?
I. Le coton dans l'Etat de S. Paulo, principales zones productrices. — Le café n'est plus, comme il y a peu d'années encore, le seul produit d'exportation de l'Etat, qui est devenu exportateur de quantités énormes de certains produits qu'il importait peu auparavant. Le coton est de C/CS derniers, et sa culture, si la main-d'œuvre devenait suffisante, ne tarderait pas à rivaliser avec celle du café.
Le Brésil est, dans l'Amérique du Sud, le pays producteur •par excellence du coton, dont la fibre fut utilisée par les habitants longliemps même avant la colonisation. On y cultivait,
Sao Paulo. — Récolte du Ht.
AUTRES CULTURES. COTON, GANi^E A SUCRE, ETC. 187
«n parïiculier, une espèce spéciale donnant plusieurs récoltes a Tannée, dont le coton « Sea laland » paraît être le type le plus rapproché. Trajisplantée dans la région aux^ hivers plus rigoureaix, ^lle s'«st transformée çn plante naturelle. Cette plante a donné le G&ssypium, la plante-mère d'aujourd'hui, que l'on trouve au Brésil dans tous les Etats du Nord, jusqjti'à Bahia, sous la forme arborescente. Dans le Sud, dans l'Etat de Sâo Paulo, c'est Iç « Gossypium herbaceum », originaire de l'Amérique du Nord, type annuel ou bisannuel à filaments ' courts» qui iprévaut. Le coton pauliste, d'une blancheur éclatante, d'un effet soyeux et d'une grande résistance, est des plus recherchés.
Ce produit est considéré "Comme supérieur à celui de l'Inde, quoique inférieur à celui du Nord du ^Brésil. La fibre de ce coton mesure en moyenne 28 millimètres de long et 0,018 à 0,019 de diamètre, et présente une résistance de 4 à 5 grammes. Les capsules 'contiennent de 30 à 36 % de fibres nettes, aya*nt 1 1/2 à 2 pouces de long lorsque la culture est bien faite, les semences de bonne qualité, etc.
Ce sont les cotonniers annuels du type « UpJand » ou « Big- Ball » qui conviennent le mieux à l'Etat de Sâo Paulo; ils y produisent dans un délai d€ six mois, et par conséquent avant que l'abaissement de la température s'accentue et avant l'arrivée des gelées qui apparaissent fin mai.
La culture du coton dans le territoire de Sâo Paulo date des premiers temps coloniaux. Déjà, en 1600, on y récoltait suffisamment de coton pour y fabriquer des tissus grossiers dont se servaient les icolons pour confectionner leurs vêtements. Après la guerre de Sécession, dans les Etats-Unis de l'Amerique du Nord, la -culture cotonnière atteignit une certaine importance dans l'Etat, puisque, entre 1870 et 1880, il exportait 7 à 8.000 tonnes de coton en branches. Cette culture fut négligée pour celle du café, puis reprise ces dernières années quand, à la suite de la leçon donnée par la crise de 1907, l'Et^-t s'adonna à nouveau à la polyculture. L'essor des manufactures locales, qui exigent toujours des quantités plus considérables de coton, fut encore un encouragement, toute la production de l'Etat étant absorbée par les fabriques qui, pour certaines qualités de tissus, devaient encore importer du Nord' du Brésil de fortes quantités de fibres longues.
La principale zone productrice du coton dans l'Etat de Sâo
Paulo est celle qui est desservie par le chemin de fer Sorocabana. Les centres de production des plus importants de cette zone sont : Tatuhy, Porto Pelix, Itapetininga, Tiété, etc., mais cette culture peut être entreprise dans bien d'autres endroits, comme il a été démontré par des expériences récentes faites sur une grande échelle.
II. Procédés de cultIjre, rendement, frais. — A Sâo Paulo, on ensemence le coton alors que commence la saison des pluies, c'est-à-dire pendant les mois de septembre et octobre. La plante exige de cinq à sept mois pour mûrir toutes ses capsules. La récolte a lieu à partir de février, suivant l'époque des semis. Le rendement est de 150 à 250 arrobes de 15 kilogrammes par alqueire (2 hect. 42).
Un alqueire de terrain produit en moyenne 3.000 kilogrammes de coton brut qui rend 1.000 kilogrammes, c'est-à-dire le tiers, de coton en branche ou égrené. Ces 3.000 kilogrammes, suivant la cotation moyenne de 11 milreis en vigueur ces derniers temps, cotation que nous devons adopter, car les prix du précieux textile ne semblent pas devoir baisser sensiblement de longtemps S valent 2 contos 200. Les frais d'une plantation s'élèvent à 480 milreis environ par alqueire.
Voici d'ailleurs un exemple donnant les frais et le rendement d'une plantation de coton dans l'Etat de Sâo Paulo, l'expérience a été faite à Piracicaba, en domaine privé et au point de vue strictement commercial. Terres assez bonnes.
Un alqueire de 24.200 mètres carrés, planté de coton de la variété « Upland », a produit :
Coton brut 200 arrobes de 15 kilogrammes.
Coton égrené 60 » »
Ce qui donne une production à l'hectare de 82 arrobes de coton brut et 27 arrobes de coton égrené ou en branche. La distance entre les plants de coton est de 1 mètre en tous sens.
Le prix de vente a varié de 11 à 14 milreis. *
* La cotation moyenne du coton étant, en temps normal, de 4 $ 050 reis, le bénéfice net par alqueire serait de 330 milreis, il semble, étant donné la baisse accentuée qui s'est produite dès fin 1920, que Ton doive se rapprocher peu à peu des anciens cours normaux.
IIÏ. DÉPENSES D'ÉTABLISSEMENT, PROGRESSION DE LA CULTURE OOTONNIÈRE, VALEUR DE LA PRODUCTION :
Dépenses d'établissement,
Défoncement du terrain 40 $ 000 reis.
Labourag'e 50 $ 000 »
Plantation 25 $ 000 »
Trois nettoyages à 40 milreis 120 $ 000 »
Révolte (trois récoltes à 500 reis l'arrobe) ... 100 $ 000 »
Transport de la récolte : 2t) $ 000 »
Total 355 $000 »
Un alqueiré de 24.200 mètres exige 100 litres de semences.
Un seul homme peut s'occuper facilement de trois hectares plantés de coton et en même temps des céréales qui peuvent être -cultivées dans «les intervalles.
Après une long^ue période de décadence, la culture cotonnière progressait peu à peu, mais la production ne suffisait pas à la demande des manufactures; en 1904-05, la superflcie cultivée en coton n'était encore que de 3.462 alqueires.' L'augmentation de la surface cultivée devient sensible à partir de 1912, s'atténue quelque temps à la suite de la dépréciation du produit, puis fait un bon prodigieux qui porte l'extension cultivée à 61.151 alqueires en 1919.
Le tableau suivant, montrant la production et la valeur locale du coton, 'indique l'évolution et l'importance de cette culture au cours de neuf années.
Années Production Valeur . Prix moyen
agricoles en arrobes de la récolte par arrobe
lÔO CHAPITRE XI.
En 1916-17, les prix extrêmes du coton en graines se sont élevés à 8 et 13 milreis Tarrobe, ce qui a servi à encourager le développement de la culture de ce textile, qui s'est répandue dans beaucoup de régions où elle n'existait pas.
La production de* 1917-18 avait battu le record avec 3.685.182 arrobes en graines et une valeur s'élevant à 70.018 contos. Les prix, variant entre 15 et 23 milreis Parrobe de coton en graine, ont donné une moyenne de 19 milreis pour tout l'Etat. Cette production équivalant à 16.583.334 kilogrammes de coton en branche, fut néanmoins insuffisante à la consommation ilocale, et plus de 8 millions de kilogrammes durent encore être importés du Nord du Brésil.
IV. Avantages et jf'acilités de la culture du goton, son AVETSiR. — Devant les résultats obtenus, et aussi poussés par la volonté de récupérer les pertes occasionnées par les gelées de 1918, il y eut bientôt, parmi les planteurs, un grand enthousiasme pour la culture de la riche malvacée qui, à Sâo Paulo mieux que partout ailleurs peut-être, produit économiquement parce qu'on y dispose de bras et de plus grandes facilités de transport. Les bras sont, en effet, déjà localisés par le café, le travail peut être facilement organisé, car la cueillette du café ne concordant pas avec celle, du coton, cette culture peut être entreprise parallèlement avec celle-ci, diminuant ainsi certaines dépenses d'entretien. Les bras étant sur place, quoique encore en nombre insuffisant pour tout fce qu'il serait possible d'entreprendre, il est évident que la culture du coton, qui a eu des débuts prometteurs, aura, dans l'Etat de 8âo Paulo, un double avantage : rendre plus stable l'exploitation du café en en diminuant le prix, et simultanément écarter une possible concurrence d'autres pays tropicaux. Les bénéfices réalisés par le fazendeiro rendent celui-ci plus apte à donner une plus grande extension à ses cultures, contribuant ainsi à augmenter la production exportable, ce qui est d'importance pour les finances de l'Etat.
Les Etats du Nord sont peut-être plus favorisés i>our produire un coton à fibres plus longues, mais là-bas, cette culture est uniquement entreprise par de petits cultivateurs qui n'apportent pas aux récoltes tous les soins nécessaires, A Sâo Paulo, au contraire, où il existe des capitaux suffisants, ce softt précisément les grands fazendeiros qui se mirent à
l'œuvre et plantèrent du coton, non seulement dans les alléesdes caféiers gelés, mais ils en couvrirent d'énormes superficies. Ils eurent à vaincre quelques difficultés, notamment celle du transport, à cause du volume du produit, mais cette question est aujourd'hui résolue par l'introduction de presses spéciales.
Malgré différents fléaux^, dont les sauterelles, la culture cotonnière est en merveilleux accroissement dans les terres pau-listes si favorables à la culture de cet indispensable textile. En 1918-19, la récolte pauliste, dépassant celle des autres Eîtats brésiliens, atteignit un total jamais obtenu de ±1.025.980 arrobes en capsules, soit 165.382.700 kilogrammes^ contre 55.277.730 kilogrammes en 1917-18. Au prix moyen de 11 niilreis l'arrobe en graines, la valeur totale de la production s'éleva à la belle somme de 121.285 contos, les prix extrêmes dans l'intérieur ayant été de 7 à 15 milreis pour l'arrobe de coton en graines..
Ladite cueillette de 1918-19 équivaut à 49.616.910 kilogrammes de -coton en branche, qui suffirent à la consommation des fabriques locales, lesquelles n'eurent besoin d'importer que 1.280.857 kilogrammes de fibres longues de Pernambuco, Paraliyba, etc.
Etant donné les exigences des manufactures, l'exportation du coton resta longtemps précaire; aujourd'hui, la situation est changée, ce produit, dont la récolte s'accroît, recommence à figurer sur le tableau de l'exportation par Santos, après une interruption de près de quarante ans. Cette e?:portation passa de 13.897 kilogrammes en 1918 à 6.002.732 kilogrammes, d'une valeur de 17.655 contos, en 1919. La valeur de l'exportatioA de coton en branche s'éleva^ en 1920, à 38.689 contos.
Ce qui précède donne une idée du vaste champ d'action oiîert par la culture du coton. 11 est évident que l'exploitation de ce textile sur une grande échelle réclame des capitaux, car
* I/e Gouvernement se préoccupe beaucoup des soins à donner au cotonnier, et principalement de le défendre contre ses ennemis; le « Upland », cultivé dans l'Etat, risque aussi d'être attaqué par la « Lagarta rosada » (chenille rosée) , qui, habitant dans les plantes sauvages, peut de génération en génération s'approcher et finalement arriver ft. la zone cotonnière, ce qui serait un grand malheur.
d92 CHAPITRE XI.
ceux-ci doivent être employés non seulement en terres et dans le labour de celles-ci, mais aussi c^ans les usines d'égrenage ou de bonification du produit par les procédés industrie-ls modernes. Ces usines sont indispensables aux petits et moyens agriculteurs. Ces derniers devraient être aidés et encouragés par des comptoirs cotonniers qui accorderaient des avances aux petits cultivateurs et, le cas échéant, achèteraient les récoltes au prix fixé par les planteurs.
Aucune surproduction n'est à craindre de bien longtemps, Tindustrie pauliste seule offre déjà des débouchés assurés; puis, étant donné les énormes besoins des marchés et la prétention des Etats-Unis de ne vendre leur coton que manufacturé, les usines d'Europe sont là pour absorber à un bon prix toutes les offres qui leur seront faites.
V. La canne a sucre a S. Paulo, variétés cultivées. — La canne à sucre ne prospère pas seulement dans les Etats de Pernambuco, de Bahia, de Rio, etc., elle est aussi très développée dans l'Etat de Sâo Paulo, où cette culture occupa la première -place jusque vers 1840. Entre les années 1870 et 1900, les plantations déclinèrent considérablement avec le développement de la culture caféière. Un revirement s'est produit devant les bénéfices que permettait d'escompter la consommation locale, et une reprise s'est manifestée ces quinze dernières années, grâce à la fondation, en territoire pauliste, de quelques usines qui comptent parmi les meilleures de la Confédération.
Les progrès sont notables : en 1904-05, la superficie cultivée en canne à sucre mesurait 20.132 alqueires seulement, soit 48.719 hectares; pendant la campagne agricole 1918-19, l'extension couverte par les plantations de canne s'élevait à 33.194 alqueires ou 80.329 hectares.
Plusieurs variétés de canne à sucre sont cultivées dans l'Etat de Sâo Paulo, où les plantations couvrent plus de 80.000 hectares de terres. Les principales variétés cultivées sont : la canne rose, la canne violette, la canne rayée, la canne Bourbon, la canne Gayenne et la canne taquara. Cette dernière, qui s'accommode de tous les terrains et que l'on peut couper à toute époque, ne s'emploie que pour l'alimentation du bétail pour lequel elle constitue un excellent fourrage. Les autres cannes cultivées ont, en moyenne, 10** à 15*5. La canne
rose est considérée comme d'un plus fort rendement en eaude-vie. Les grandes usines donnent la préférence aux trois premières variétés, plus faciles à traiter dans ces établissements, tandis que, dans les petits engenhos ou engenhocas, la canne Bourbon est la plus appréciée parce qu'elle est tendre et juteuse et d'un plus grand rendement en alcool.
On cultive la canne à su<îre dans la très grande majorité des municipes de l'Etat.
Les frais de culture d'un champ de canne dépend des salaires payés aux ouvriers et de l'état de la terre, si l'on travaille en terrain boisé ou déboisé. Ils sont en général de 80O à 900 milreis par alqueire la première année et d'un peu plus de la moitié les 'années suivantes où J'on récolte l-es rejetons de cannes. Ces secondes récoltes s'obtiennent pendant une période qui varie de trois à douze et même vingt ans, selon les endroits. La canne à sucre' plantée dans l'Etat de Sâo Paulo est de la variété dite annuelle ou de la variété de quinze à dix-huit mois. La première se plante de septembre à décem^ bre; la récolte a lieu l'année suivante. La seconde se plante de novembre à février. Le point essentiel est de ne procéder à l'opération qu'après une pluie copieuse et répétée. La récolte se fait à partir de mai ou juin.
VL Rendement a l'hectare, conditions du travail dans les
PLANTATIONS, RENDEMENT EN SUCRE ET ALCOOL. — La produCtiOU
de 24.200 mètres carrés de terre de bonne qualité, l'entretien et le temps ayant été bons, peut s'élever à 200 chars de 1.500 kilogrammes, soit 300 tonnes, cela jusqu'à la quatrième ou cinquième coupe, ce qui dpnne près de 123 tonnes à l'hectare. En cas de sécheresse ou de gelée, la production couvre difficilement les dépenses. En terre assez bonne, plantée de cannes de différents âges, temps et traitement normaux, on peut considérer comme une bonne moyenne une récolte de 120 chars, soit 180 tonnes par alqueire ou 74 tonnes en chiffres ronds à l'hectare.
Dans les grandes plantations, la culture est faite par des colons, répartis souvent au nombre de plus de 1.000 sur le domaine, où ils occupent des maisonnettes plus ou moins confortables, suivant les régions. Ghsuïue colon a un certain nombre d'hectaxes à cultiver, un homme actif pouvant s'occuper d'un alqueire; la canne à sucre leur est payée à raison
de 12 à 15 milreis la tonne. Chaque famille peut en fournir en moyenne 600 tonnes et tire parti des céréales, haricots ou maïs, qu'on planta dans les intervalles et qui y viennent parfaitement. Il «existe, d'autre part, de nombreux petits propriétaires qui vendent leur récolte aux engenhos ou grandes sucreries.
Pendant la récolte de la canne, les feuilles des tiges sont coupées et laissées sur place; une fois desséchées, on y met le. feu et les cendres servent d'engrais. Ces feux sont allumés de préférence la nuit, car ils sont plus faciles à surveiller et ils ont encore l'avantage de brûler les insectes qui se sont posés. Ces feux, vus de loin la nuit, offrent un spectacle magnifique et impressionnant.
Un char de canne à suqre de 1.500 kilogrammes produit, en moyenne, deux isacs de 60 kilogrammes de sucre de premier, deuxième et troisième jets, de fa>çon que 300 tonnes de canne produisent 400 sacs de sucre de 60 kilogrammes chacun, ce qui donnef 247 sacs à l'hectare. Le rendement en sucre dépend de la teneur en saccharose, du matériel employé, etc. Dans les grandes usines, le rendement est de 7,5 % ; dans les autres, il n'est que de 4 à 5 %. Il faut ajouter la production d*eau-devie, obtenue avec les résidus de canne, qui est de l^S à 2* dans les grandes usines. Dans les moulins ordinaires, on obtient de 20 à 32 pipas de 480 litres d'eau-de-vie par alqueire.
A Piracioaba, par exemple, .100 chars de oanne produisent 5.000 litres d'alcool à 40% ce qui donne 2.066 litres à l'hectare ou 10.000 litres d'eau-de-vie (pinga ou ca>chaça) à 20% soit 4,32 litres à l'hectare.
VIL Fabrication des grandes usines centrales, évolution PROGRESSIVE DE LA PRODUCTION. — En 1900, il existait dans l'Etat 10 usines à sucre seulement, lesquelles produisaient 15.305.000 kilogrammes de sucre, c'est-à-dire 255,091 sacs de ^0 kilogrammes. Pendant cette même année, la production de l'eau-de-vie et de l'alcool, pour tout l'Etat, fut de 67.219.5GO litres. Ces quantités ne suffisaient pas à la consommation interne de l'Etat puisque, cette même année, l'importation, par le port de Santos, atteignait 329.691 sacs de sucre et 994 pipes d'alcool.
Encouragée par les hauts prix atteints par le sucre au cours de ces cinq dernières années, la culture sucrière prit un grand
AUTRES CULTURES, COTON, CANNE A SUCRE. ETC. d95
développement et devint très prospère. Il existe actuellement, dans l'Etat de Sâo Paulo, 16 engenhos ou usines centrales, lesquelles broient et convertissent en sucre toute la canne d'une région. Parmi les plus importantes, il faut citer Santa Barbara, Piracicaba, Villa-Raffard, Porto Félix, Lorena (ces quatre dernières appartiennent aux Sucreries Brésiliennes, société franç^aise), Sâo Simâo, Usina Esther, etc.
Les plantations de canne à sucre s'étant en grande partie rétablies des dommages occasionnés par les gelées de 1918, la récolte 1918-lQ rendit 489.425 sacs, soit le double des 238.141 produits par la saison 1917-18. Pourtant, les 16 grandes Sucreries n'eurent encore qu'une production inférieure à la normale. C'est ainsi quïl fallut importer 82.839 tonnes du Nord,, afm de satisfaire à la consommation interne.
Montant toujours:, les prix du sucre pauliste, qui étaient de 25 miireis en 1914, oscillèrent, en 1919, entre 52 et 68 milreis par sac de la qualité cristal, 31 à 36 milreis par sac de mascaVo et 40 à 54 mîlreis par sac de sucre dit rond.
Le tableau suivant montre les évolutions de la production •du sucre, quantité et valeur, au cours de ces neuf, dernières années :
Années " . 8acs Valeur»
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