VII. Soins donnés aux reproducteurs étrangers; avanta
GES DE LA REPRODUCTION PAR CROISEMENTS, CHIFFRES COMPARA- TIFS. — Grâce au savant personnel des Postes Zk)otechnique et de Nova Odessa, Tépizootie a cessé d'être endémique et le piroplasme bovin, qui frappait les reproducteurs importés d'une mortalité de 70 à 80 %, a presque disparu. Nommons ici le docteur Luiz PicoUo, qui a trouvé et appliqué avec un pareil succès le sérum d'immunisation, couramment employé aujourd'hui d«ans tous les pays d'élevage sud-américains.
Magnifiques résultats, certes, mais qui, il faut le reconnaître, ne sont encore qu'une promesse. Si le troupeau pauliste, à peu près abandonné à lui-même, a pu néanmoins suffire, et au delà, aux besoins d'une population de quelques millions d'habitants, quel ne sera pas son rendement le jour où les méthodes, mises en pratique par les vétérinaires que le Gouvernement s'occupe de recruter, seront connues et suivies par tous les éleveurs? Il n'y a aucune exagération à prédire, pour le futur cheptel du Brésil, le chiffre de 100 millions de bêtes à cornes; 7 à 8 millions peuvent vivre à Sâo Paulo. Une bonne police sanitaire suffira. Le climat, les ressources naturelles des régions pastorales, la vigueur qu'elles communiquent aux races indigènes, importées et acclimatées, en sont les garants.
Car il faut se rappeler que la substitution d'un bétail amélioré à un bétail dépourvu de race n'implique pas une aggravation de dépenses. Bien au contraire. Un animal dégénéré absorbe la même quantité de fourrage, occupe le même personnel et occasionne, en résumé, les mêmes dépenses qiie l'animal vigoureux et sain. Il est même plus coûteux, puisque, au lieu d'atteindre son plein de viande en trois ans, il ne l'atteint qu'au bout de quatre et cinq ans. L'éleveur a donc tout intérêt à améliorer son cheptel par un croisement- intensif. Les 250 à 300 kilogrammes' de viande fournis par le bétail actuel pourront alors être dépassés de beaucoup, puisque les reproducteurs étrangers introduits là-bas donnent facilement un produit offrant 600 à 700 kilogrammes de poids vif, résultat immédiatement obtenu grâce au Garacù, lequel supporte avantageusement la comparaison avec des bouvillons anglais présentés, en Uruguay, à une exposition de bétail et pesant :
Les Shorthom et Durham 642 kilogrammes.
Les Heref ord 650 —
Les Devon 658 —
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Dans TEtat de Sâo Paulo, les exemples ne se comptent plus d'animaux amenés presque à Tétat de perfection.
Les résultats suivants, accusés par la seule sélection das Caracù, au Poste Zooiechnique et de Sél-ection de TEtat, indiquent que le type indigène peut arriver à un grand degré de perfectionnement et tel quel donner un poids égal à celui du bétail de pure race de même âge.
Voici, à cet égard, des chiffres tout à fait suggestifs :
kiiogs
Poids moyen des taureaux caracù acquis par le Poste. 700
— maximum 818
Poids moyen des taureaux nés dans le Poste 940
— maximum 1.005
Poids moyen des vaches acquises par le Poste (6 à
8 ans d'âge) 600
Poids maximum (6 à 8 ans d'âge) 680
Poids moyen des génisses de 2 ans, filles de mères
achetées et de pères nés au Poste 520
Poids maximum 590
Poids moyen des génis.ses de 2 ans 598
— maximum dOd
VIII. Introduction de reproducteurs; le caracù, le limousin ET LE normand FRANÇAIS ; COMPARAISON AVEC LE DURHAM. —
Malgré les résultats indéniablement probants obtenus par une sélection méthodique au point de vue de la précocité du rendement en lait et en viande, de la fécondité, nous estimons, et beaucoup d'autres plus compétents avec nous, que la méthode de sélection est toutefois trop lente et que, pour posséder rapidement le nombre de bons reproducteurs acclimatés qui sont nécessaires, il faut avoir recours aux bonnes races européennes. Le Gouvernement l'a bien compris en ordonnant des mesures pour faciliter l'introduction d'animaux reproducteurs.
Et le oaracù n'est pas le seul bétail indigène qui gagnerait à être métissé; comme nous l'avons vu, il existe au moins cinq ou six autres variétés autochtones que l'application des méthodes de sélection et de croisement mettrait très vite au rang des meilleurs animaux de boucherie.
Nous demandons seulement aux éleveurs paulistcs de ne
pas réserver toute leur attention aux produits de Télevage anglais ou hollandais, -ce dernier semblant avoir les préférences d'un grand nombre. Le sol français, admirable nourrisseur d'hommes, de plantes et d'animaux, a dans les races normande, charolaise et limousine des reproducteurs inégalables. Croisés avec le caracù, ils créeraient un type probablement voisin de 1.100 kilogrammes de poids et capable de fournir 850 kilogrammes de viande environ. Il y a, en effet, entre la race limousine notamment et la race créole caracù, beaucoup plus de caractères, de tempérament, de forme et aptitude pour le travail et la boucherie, et par conséquent d'assimilation d'une race avec l'autre, qu'avec la race durham.
Un fait patent, c'est que la race limousine, soit comme force, soit comme précocité, soit comme facilité d'engraissement, soit comme qualité et finesse de la viande, est supérieure à la durham. Il ne fait aucun doute que, si le hasard fait tomber ces lignes sous les yeux d'éleveurs anglais, ils ne pensent que nous écrivons sans savoir, que notre assertion est une énormité, fîlle d'un chauvinisme exagéré. Il n'en est 'rien; nous nous basons sur des exemples observes en Argentine et en Uruguay, et nous sommes, d'autre part, convaincu que notre opinion ne changera rien à ce qui existe.
Amplifiant quand même notre affirmation avec l'opinion de nos plus illustres agriculteurs-éleveurs et professeurs d'agriculture, nous répétons avec Joigneaux, dans le Livre de la Ferme^ que les bœufs limousins occupent la première place dans l'estime des bouchers qui les paient toujours un prix plus élevé; que leur poids vif dépasse presque toujours 1.000 kilogrammes et n'est jamais inférieur à 900. Les expériences scientifiques faites sur ces animaux, primés à tous les concours, 'expliquent et justifient parfaitement l'appréciation pratique des bouchers et la préférence qu'ils leur accordent sur les durham.
Effectivement, pendant qu'un durham, par exemple, sur 100 kilogrammes net, rend 59, 60 de viande comestible, le limousin, avec lequel nous le comparons, rend 86^50; pendant que le durham rend 40,76 en viande de première et de seconde catégorie, le limousin rend 58,46; pendant que la viande du durham contient 32,95 % de matière sèche, le limousin contient 36,5; pendant que le durham rend 69,80 % de viande nette, le limousin rend 71 %. Sous tous les aspects véritable-
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m^ent pratiques le limousin est donc supérieur au durham. Ce que Ton reproche au limousin est d'être un animal d'étable et par là plus susceptible.
Mais nous avons en France des reproducteurs de premier ordre, supérieurs à tous, auxquels cette critique ne peut s'adresser. Il s'agit de la race bovine normande, race extrêmement pure, possédant toutes les qualités désirables : précocité, extrême rusticité, productivité abondante de lait et de viande. Vivant toute l'année dans les pâturages du Gotentin, dans l'ensemble des départements de l'Orne, du Calvados et de la Manche, les animaux de cette race apportent une résistance indéniable à toutes les maladies bovines et à la tuberculose, quand ils n'y sont pas absolument réfractaires. Il ' existe, dans toute cette zone, des éleveurs de premier ordre qui, indifférents et négligents jusqu'à présent, commencent à s'organiser sérieusement et à former des associations comme en Angleterre.
Le reproducteur normajid est une révélation pour un grand nombre d'éleveurs et surtout parmi les Anglais entichés des races durham, hereford et polled-angus. Beaucoup introduiraient cette bonne race dans leurs pâturages — et nous avons entendu manifester cette opinion par un des plus grands éleveurs bovins de ce pays — n'était l'interdiction d'importation.
Les principales qualités de la race normande résident dans une productivité rapide; elle est laitière abondante et fournit un gros poids de viande excellente.
Une génisse de race normande donne déjà six litres, de lait au premier vêlage et le double au second. Une vache normande donne 20 et jusqu'à 32 litres de lait par jour si elle est bien soignée.
Un bouvillon de trente mois donne déjà 600 kilogrammes de viande. A nourriture égale, un animal de race normande a deux mois d'avance sur le durham. Ce n'est pas un animal d'étable; sa rusticité est prouvée par le fait suivant, tout à fait capital :
« Un troupeau de taureaux et de vaches normandes expédiés dernièrement en Argentine et y arrivant à une période d'interdiction édictée à la suite* de quelque épizootie, dut y pénétrer par les voies détournées d'Uruguyan'a et de l'Uruguay. Débarqué tout d'abord dans les îles de l'estuaire de la
Plata, le troupeau, rembarqué plusieurs fois, traversa le Rio Grande do Sul et, par Uruguayana, passa en Argentine. Le voyage dura quatre mois. Les acheteurs étaient persuadés que pas un animal n'aurait résisté à autant de tribulations. Il n'en fut rien, au contraire. Le troupeau arriva fort augmenté, car plusieurs vaches vêlèrent en route, Tune d'elle eut deux veaux; il n'y eut pas un seul décès et tous les animaux, y compris les veaux nés au cours du voyage, arrivècent en bon état. »
Les éleveurs argentins, autrefois partisans résolus des reproducteurs durham, commencent à se demander s'ils n'ont pas fait fausse route, car si le bétail obtenu est de première qualité et rivalise avec celui des pays d'origine, ils s'aperçoivent que les races perdent peu à peu de leur prophylaxie et acquièrent, avec les générations, les germes d'autres maladies imprévues. De là à craindre une catastrophe plus ou moins lointaine, il n'y a pas loin.
Les éleveurs brésiliens peuvent profiter de cette expérience: ils possèdent, dans la puissante espèce « caracù » et d'autres encore, un point de départ pour le croisement, bien supérieur à celui que possédaient les Argentins avec leur bétail extraordin-airement dégénéré. Ils obtiendront certainement, en peu d'années, les résultats que les éleveurs de l'Argentine mirent vingt-cinq ans à atteindre. Il faut donc se garder de toute décision hâtive et ne faire un choix qu'après des essais répétés.
L'introduction de nos belles races, normande, puis charolaise et limousine, viendra en son temps, après que des expériences concluantes auront été consciencieusement faites. Elles ne pourront être que favorables à la race normande.
Gomme nous l'avons dit, les préférences vont actuellement aux hollandaises comme vaches laitières et aux reproducteurs pour lesquels les éleveurs anglais font une réclame incessante. Gette réclame est nécessaire afin de détourner les éleveurs brésiliens de leur véritable intérêt qui consiste à acheter momentanément en Argentine et en Uruguay les producteurs de race pure nés dans ces deux pays; ils offrent aux éleveurs brésiliens paulistes, à défaut d'autres, l'avantage du prix, de l'acclimatement et de la moindre distance pour le transport maritime, transport qui peut d'ailleurs être opéré par voie ferrée si besoin était.
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