IX. Comparaison entre l'élevage et la culture; la lutte
ENTRE les deux INDUSTRIES POUR LA POSSESSION DU SOL. — *
L'élevage est une ressource d'autant plus précieuse qu'à rendement égal il esit moins dispendieux que la culture. Les Anglais l'ont compris depuis longtemps. La constitution des colonies argentines en est un curieux exemple. La plupart d'entre elles présentent trois zones concentriques souvent très distinctes : au milieu, ces centres de population avec leurs commerçants de toutes nationalités; plus loin, les terres semées en blé, orge, maïs par les Italiens surtout; puis, dans la troisième zone, les grands pâturages où des Argentins, des Irlandais et des Anglais font l'élevage. Eh bien, des trois zones ainsi occupées, c'est celle du bétail qui donne à ses exploitants le moins de travail et le plus de bénéfices, avec minimum d'aléas. La raison en est facile à saisir : 500 animaux, de quelque espèce qu'ils soient, n'exigent presque pas plus de personnel que 250. Aux Etats-Unis, on voit couramment les établissements d'aviculture confier la surveillance et l'entretien de 20.000 poules à trois hommes seulement. Il en faudrait autant pour 10.000 poules. Même fait en ce qui concerne le gros bétail.
Il y a donc lieu d'encourager les éleveurs paulistes et ceux des Etats dont Sâo Paulo est le débouché, à accroître leur effectif de reproducteurs sans crainte d'un surcroît de dépenses; au contraire, une petite fazenda risquera de rester audessous de ses affaires en se restreignant à une centaine d'animaux, tandis que le triple ou le quadruple lui eût, sans gros débours, assuré des bénéfices immédiats.
Mais les transports, dira-t-on? Ici éclate encore la supériorité commerciale de l'élevage. Tandis qu'une tonne de blé pourrit forcément sur place, faute de wagons, il est toujours possible d'amener, fût-ce par petites étapes, le bétail comme nous l'avons vu faire aux troupeaux venant du Matto Grosso. Il suffirait, pour cela, que le Gouvernement de Sâo Paulo (le programme du D' Washington Luiz comporte, comme il a été dit, tout un réseau de routes) créât une sorte de réseau d'escales, où les animaux trouveraient, après une journée de marche, du fourrage et de l'eau. Des centaines de kilomètres pourraient être franchis, en cas de nécessité, dans ces conditions, avec des dépenses minimum et un minimum d'amaigrissement.
L'immensité du territoire à exploiter élimine déjà un obstacle qui commence à peser, aux Etais-Unis etdains TArgealine, sur l'industrie du bétail : nous voulons parler de la lutte, pour la possession du sol, entre agriculteurs et éleveurs. Ceux-ci, ayant naturellement besoin d'une superficie plus étendue, se trouvent les premiers gênés par les empiétements du planteur et du semeur. Rien de pareil à craindre pour la région du Brésil qui nous intéresse. Les trois grands Etats pastoraux, Matto Grosso, Groyaz et Minas Geraes, pourvoyeurs naturels des abattoirs et dos ports de Sâo.Paulo, disposent de près de un million et demi de kilomètres carrés de terres à fourrage. Notons que les frais d'hivernage sont, dans ces conditions, beaucoup moindres qu'en Europe. Il suffira, quand l'organisation complète de l'élevage aura été faite, d'instituer un roulement méthodique entre les diverses régions où le bétail trouve, l'hiver, de quoi se suffire; de la sorte, la production bovine et ovine ne dépendra plus que de deux conditions très simples : police sanitaire adéquate et répartition des pâturages. Le temps aidant, les races indigènes se fondront en un type unique qui fera prime à l'étranger.