I/ÉLEVAGE ET L'INDUSTRIE FRIGORIFIQUE
et 2.000 raoutons. Ceci porte donc à quatre le fiombre des compagriies qui opèrent dans TEtat de Sâo Paulo. Il en résulte, pour les éleveurs paudistes et ceux des Etats voisins, la certitude d'un débouché assuré pour des quantités de bétail presque illimitées.
Reste maintenant Texportation en Europe; celle-ci semble assurée, car maintenant la viande frigorifiée a pris droit de cité, même en France, place récalcitrante s'il en fût. La viande brésilienne, moins grasse que celle de l'Argentine, y a été très appréciée et convient mieux au goût français.
Avant la guerre, la viande frigorifiée ne s'était pas encore imposée aux consommateurs européens en dehors de l'Angleterre. Un préjugé, soigneusement entretenu, régnait à son sujet. Le public, mal renseigné, s'obstinait à lui refuser les qualités d'une vraie viande de boucherie. A grands frais, les commissionnaires en gros préféraient importer du bétail sur pied, sujet à toutes sortes d'accidents et arrivant toujours en mauvais état.
Mais la guerre a fait justice de la défaveur qui s'attachait
si injustement aux produits de l'élevage étranger. Nécessité
fait loi. Il fallut goûter le frigorifique, le frigo, comme dit le
populaire, et on s'en trouve bien. Malgré la guerre acharnée
faite aux promoteurs du mouvement par les bouchers de gros
et de détail, la consommation de la viande congelée devient
familière au public dés grandes villes. Une organisation bien .
entendue, une propagande assurée et surtout suivie aurait
raison de la résistance des intéressés, au grand profit du con^
sommateur, que les prix croissants 'de la viande fraîche finit
par rendre végétarien.
On peut affirmer sans exagération que l'Europe est prête à absorber 2 ou 300.000 tonnes au moins de viande brésilienne congelée. Il est facile d'en conclure le bénéfice qui en résulterait pour l'Etat de Sâo Paulo en particulier. Ce qui serait la récompense, bien légitime d'ailleurs, des efforts qu'il a faits.
XVIII. Avenir de l'industrie pastorale. — Cet exposé de l'avenir très proche réservé aux richesses naturelles pastorales de l'Etat de Sâo Paulo fait prévoir des conséquences d'une portée considérable. La lentepr et l'indolence que l'on reproche aux Brésiliens de l'intérieur, et qui apparaît comme
nne cause d'infériorité, deviendront, quand la prospérité matérielle du pays sera en pleine marche, des qualités qui assureront au grand peuple sud-américain un avantage définitif sur d'Américain du Nord. Le loisir est la condition de la haute culture intelle-ctuelle. Il n'y a pas de méditation possible ni de création scientifique ou artistique vraiment féconde chez les hommes absorbés par l'intérêt immédiat. Prodigieux par leur activité matérielle, les Etats-Unis nous étonnent toujours par je ne sais quelle puérilité d'idées qui les fait ressembler à d'éternels enfants. La méditation est fille de la glace, disait Emerson, allégu-ant par là que les pays tropicaux annihilent le travail cérébral. Il se trompait. Si l'Amérique latine a été moins prompte que les Etats-Unis à naître à la vie civilisée, c'est que la chaleur rend en effet plus difficile l'exercice des muscles et retarde par conséquent l'amélioration matérielle de l'habitat humain. Mais le bien-être une fois conquis, les privations définitivement écartées, l'homme qui jouit d'un beau climat devient méditatif. Ce n'est pas en Russie que s'est faite, au xvi* siècle, la renaissance de la pensée humaine; c'est dans la péninsule italienne, où les richesses acquises par les hardis commerçants vénitiens, génois et lombards avaient enfin fourni à la science et aux arts le moyen de prospérer.
L'Amérique du Sud obéit, èîans son développement, à la même loi. Qu'un Etat comme celui de Sâo Paulo arrive à devenir un des grands centres de la richesse mondiale, il apparaîtra des générations de travailleurs intellectuels, d'artistes, de savants qui auront dû deurs nobles et utiles loisirs aux succès des entreprises dont nous venons d'analyser la genèse. La prospérité pauliste n'a-t-elle pas déjà engendré des intellectualités supérieures dans toutes les branches? Ne blâmons donc pas l'indifférence que paraît avoir le Brésilien pour des •choses qui passionneraient un hahitant de New- York ou de Chicago. Ce calme apparent, cette inertie cachent une pensée qui attend, pour donner ses fruits, l'éclosion d'un milieu rendu enfin plus confortable au monde qui se prépare à naître. Le Brésil, et dans le Brésil l'Etat de Sâo Paulo en particulier, sont les creusets où s'élabore une humanité mise -en mesure de se développer, avec 'une méthode basée sur l'expérience européenne, dans toutes les directions de l'esprit.
Immigration et colouisation.
1. Evolution de rimmigration ; sombre des immigrants entrés dans Tfîtat,
— II. Qui est immigrant ? Comment il est reçu a F Hôtel des Immigrants. III. L'Agence officielle de placement et le patronat agricole. — IV. Remboursement des passages et rapatriements. — V. I^es colonies : valeur et étendue des lots. — VI. Dispositions légales relatives à la concession des lots de terrains ; conditions de paiement ; faveurs accordées aux colons. — VII. Les perspectives d'une famille de colon. — VIII. I^es colonies officielles; la colonisation japonaise. — IX. Comment se fixe l'immigrant.
— X. Les conditions de travail et les avantages du colon de fazenda. — XI. De colon à propriétaire ; les citadins et la vie agricole ; un exemple de courage. — XII. La leçon de la Trappe de Trémembé.
Conseils aux débutants et aux nouveaux débarqués.
I. Evolution de l'immigbation ; nombre des immigrants entrés DANS l'Etat. — Dans les pays neufs, à côté de l'entrée des capitaux, c'est Timmigration qui représente le premier élément de progrès. En cette matière, comme en beaucoup d'autres, l'Etat de Sâo Paulo semble, par les mesures adoptées dès les temps coloniaux, avoir servi d'exemple et de guide à une grande partie de la Confédération. Se rendant compte de la nécessité absolue de donner des bras à l'agriculture, il a favorisé par tous les moyens l'immigration étrangère. C'est de tous les Etats celui qui a consacré les plus grands efforts à la solution du problème de la main-d'œuvre, au peuplement du sol et au développement de ses colonies. A chaque moment, le Gouvernement de l'Etat améliore son organisation coloniale et ses méthodes de colonisation.
Toifs les efforts possibles sont employés pour assurer le bin-être des nouveau-venus; la législation pauliste est accueillante et prodigue en ce qui concerne les terres de la pro-
priété de TEtat. Tous les immigrants sont assurés de trouver du travail, soit dans les fazendas, dans les centres coloniaux ou dans les industries installées dans la capitale et l'intérieur. Partout ils sonj, suivis avec sollicitude ; dans les centres coloniaux ils disposent de coopératives, d'écoles, de secours médicaux et pharmaceutiques en dehors d'autres mesures utiles. Le travail ne manque pas dans tout l-Etat, car il existe plutôt une constante et croissante recherche de main-d'œuvre.
L'histoire de l'immigration à Sâo Paulo peut se diviser en trois phases. La première, la moins importante, qui est marquée par l'introduction d'un certain nombre d'immigrants allemands, peut s'appeler la période germano-portugaise et va de 1827 à 1875. A cette dernière date se dessine le courant d'immigration italienne qui ne cesse de grandir de 1875 à
La troisième phase s'étend de 1895 à 1905 et 1907. C'est une période de transition. Toujours abondante, l'immigration italienne ne croît plus avec la même rapidité, soit qu'elle soit sollicitée par d'autres objectifs et déviée vers d'autres routes, soit qu'elle subisse la pression du Gouvernement italien, désireux de restreindre ce vaste exode de sujets nationaux.
La quatrième période part de 1905 ou 1907 et a maintenant cours. Elle marque l'accroissement de l'immigration espagnole et portugaise qui égale et dépasse maintenant l'immigration italienlie avec laquelle elle contraste par un peu plus d'ingéniosité.
L'Etat de Sâo Paulo était donc quelque .peu outillé en fait de main-d'œuvre quand l'abolition de l'esclavage, promulguée en 1886, vint jeter la perturbation dans le pays, qui offrait un champ de plus en plus vaste à l'immigration européenne. Le Gouvernement pauliste, sagement prévoyant, se hâta, en septembre 1900, d'instituer le régime des subventions sans contrat qui attira des centaines de mille de colons.
L'Etat de Sâo Paulo conquit ainsi la première place dans l'histoire de l'immigration européenne. Si l'on consulte les statistiques du Département Estadoal du Travail, qui ne montrent des chiffres intéressants qu'à partir de 1875, on trouve que 1.854.454 immigrants entrèrent dans l'Etat de Sâo Paulo de 1827 à 1920. Sur ce total, 138.226, venus à leurs frais, de 1894 à 1900, n'ont pas été classés par nationalités. Le reste se classant comme suit :
Italiens, 864.575; Espagnols, 324.086; Portugais, 287.794; Brésiliens, 68.291; Autrichiens, 28.696; divers, 142.786, ce qui, avec les 138.226 non classés, donqe le total de 1.854.454.
Parmi les immigrants entrés de 1889 à 1920, 699.020 vinrent spontanément, c'est-à-dire à leurs frais, et 977.719 arrivèrent pourvus d'un passage gratuit; jusqu'à ces dernières années, l'élément dominant de l'immigration pauliste fut l'Italien, mais dans les dernières années précédant la guerre, le courant immigratoirè comprenait surtout des Espagnols et aussi des Autrichiens, des Russes et des Allemands.
Jusqu'au moment où la guerre est venue entraver et tarir presque cet afflux de population, l'Etat de Sâo Paulo recevait en moyenne 40.000 immigrants par an. Ce chiffre tomba à 15.071 en 1918, pour remonter à 21.812 en 1919.
Au cours de la période de 1894 à 1920, il est entré par le port de Santos 223.276 passagers de première et seconde classes, non considérés comme immigrants par la législation estadoale en vigueur.
Additionnant les deux totaux mentionnés plus haut, 1.854.-454 immigrants, c'est-à-dire passagers de troisième classe, et 223.276 passagers de première et seconde classes, on obtient le chiffre de 2.077.730 personnes dont l'entrée dans l'Etat de Sâo Paulo fut enregislrée par la statistique officielle.
En ce qui concerne l'immigration de 1920 prise en particulier, on a relevé l'entrée dans l'Etat de Sâo Paulo de 44.553 immigrants, desquels 32.484 débarquèrent dans le port de Santos et 12.069 arrivèrent par voies ferrées.
Parmi ceux qui arrivèrent par voie maritime, les Portugais prédominent avec 11.800 immigrants; viennent ensuite les Espagnols avec 7.243; puis les Italiens avec 5.476; les Brésiliens (venus d'autres Etats) avec 2.606; les Turcs avec 1.713 et les Allemands avec 1.123 personnes.
De ceux qui parvinrent par voie ferrée, 10.094, c'est-à-dire presque tous, étaient Brésiliens.
Le nombre des immigrants sortis s'éleva à 16.748, ce qui permet d'enregistrer un solde de 15.736 immigrants, le plus important vérifié depuis 1914.
L'entrée des immigrants par le port de Santos représente presque le double de celle de 1919; elle se rapproche de celle des années 1908, 1909 et 1910.
On compte qu'il est sorti 6.177 personnes de Sâo Paulo-
h'it*.
lu »-
'il"- H'
os
- ij
■fV-
ville, dirigées vers Tintérieur par Tintermédiaire du Département Estadoal du Travail, ce qui élève à 59.290 le nombre des personnes acheminées vers Tagriculture par le service de désurbanisation au cours des huit dernières années, de 1913 à 1920.
II. Qui est immigrant? Gomment il est reçu a l'Hôtel des Immigrants. — Sont considérés comme immigrants et à même de bénéficier des avantages et faveurs qui sont accordés par la législation pauliste les passagers de deuxième et troisième classes,, voyageant à leurs frais, qui se seront fait inscrire sur une liste dressée par le commissaire du bord. Cette liste doit être remise à l'inspecteur de l'immigration aussitôt que le navire entre dans le port de Santos; ce fonctionnaire fait l'appel des immigrants et -les conduit à l'établissement destiné à les hospitaliser avant leur départ pour l'Hôtel des Immigrants,de Sâo Paulo.
En dehors de ces immigrants spontanés venus à leurs frais^ le Gouvernement de l'Etat peut passer des contrats avec des agences d'immigration pour l'introduction, voyage payé, d'un certain nombre de familles d'agriculteurs composées d'au moins trois membres aptes à travailler. Après un examen médical, les immigrants, sont amenés à 1' « Hôtel des Immigrants » de Sao Paulo, modèle du genre le plus vaste et le mieux outillé du Brésil. Outre des réfectoires et dortoirs nombreux, vastes, bien aérés et pourvus de lavabos, cet établissement posèède trois infirmeries, une agence postale et télégraphique, un bureau de banque et un office de placement officiel.
Les immigrants sont bien reçus, ils trouvent là des interprètes et une agence de renseignements pour les guider et les conseiller; ils ont droit au logement et à la nourriture dans cet établissement pendant les six jours qui suivent leur arrivée. En cas de maladie les mettant dans l'impossibilité de se rendre à leur destination, les immigrants continueront à être logés et nourris aux frais de l'Etat, tant que durera la maladie, et tous les soins médicaux et médicaments leur seront donnés. En dehors de ce cas, les immigrants ne pourront demeurer dans les hôtelleries pour plus de six jours qu'avec une autorisation spéciale et en payant leur nourriture suivant un tarif déterminé.
Toutefois, les immigrants destinés aux centres coloniaux de l'Etat ou des municipalités, ainsi que ceux engagés par des particuliers, moyennant oontrat avec le Gouvernement, auront rhospitolité gratuite jusqu^à leur dépwirt.
IIL L'Agence officielle de placement et le patronat agricole. — En vue de protéger l'immigrant nouvellement débarqué contre les entreprises de racoleurs de colons ou d'ouvriers agricoles, ou même contre de simples exploiteurs, et de lui venir en aide jusqu'à son premier établissement, le Grouvernement a créé l'Agence Officielle de Colonisation et de Travail. Cet organe facilite le placement de tout immigrant ou travailleur dans, l'agriculture ou dans les industries, ainsi que son installation sur les terres du domaine public ou des domaines particuliers, soit comme propriétaire, soit comme travailleur, fermier et métayer.
Il est plus que certain que, dès les premiers jours de son entrée à l'Hôtel des Immigrants, le nouvel arrivé trouvera plus d'offres de placement à des conditions satisfaisantes qu'il n'est nécessaire pour faire un choix parmi les plus avantageux. Personne n'a le droit d'obliger l'immigrant à accepter d'aller à un endroit ou chez un fazendaire donné; il peut et doit choisir la localité et le patron qui lui plaisent le mieux; il a la liberté la plus illimitée. De même, s'il lui convient mieux d'accepter un emploi dans la ville, il n'a qu'à en faire la déclaration au Directeur.
Malgré que le délai d'hébergement soit de six jours, l'immigrant,, une fois placé, reste à l'hôtellerie jusqu'à ce qu'il soit mis en route pour sa destination. Il a droit au transport gratuit pour lui, sa famille et ses bagages, depuis THôtel jusqu'à la station la plus proche de la localité ou de la fazenda à laquelle il se destine. Le propriétaire est prévenu par un télégramme, de façon qu'à son arrivée à la gare l'immigrant trouve quelqu'un pour le recevoir.
En même temps que cette Agence de Placement (qui fonctionne à l'Hôtel d'Immigration de Sâo Paulo) guide et dirige l'immigrant, celui-ci est encore protégé contre l'arbitraire possible de la part des employeurs par une autre section ou institution créée par l'Etat, sous le nom de -Patronat Agricole. Cet organisme sert d'intermédiaire entre les patrons et les travailleurs, au moyen du jugement arbitral auquel se sou-
' 244 CHAPITRE XlII.
metteot tous ceux qui passent des contrats par son entren ou celui de rAgen«e de Placement. A chaque travailleur colon d'une fazenda il est remis un carnet où doit flgu l'état de son compte, ainsi que chaque règlement, ceci pi éviter toute contestation avec les planteurs. Ces derniers servent en général fidèlement les clauses du contrat, car grande question pour eux est de fixer sur leurs domaine; travailleur qui doit soigner la plantation pendant l'année lui apporter le secours de ses bras pendant l'époque red table de la récolte.
Quoique le nombre des agriculteurs inscrits au Patro s'élève à plus de 20.000, cette institution n'a reçu qu'une p portion infime de réclamations de la part des ouvriers, ce démontre l'aménité et la correction du fazendaire pauli Chaque fois que le Patronat est intervenu auprès des agric • leurs pour des réclamations fondées, il a obtenu satisfact pour les ouvriers.