CONSEILS AUX DÉBUTANTS ET NOUVEAUX DÉBARQUÉS
do r Atlantique, nombre d'amis ou de parents s'empressent d'aller la rejoindre pour marcher sur ses traces en profitant de son expérience et de ses attaches dans le pays. Quoiqu'on dise que le Français n'a pas le tempérament colonisateur, nous citerons plusieurs exemples à rencontre de cette assertion, pour ne pas être accusé de nous tenir dans le domaine de l'hypothèse; ils sont faciles à contrôler puisqu'ils datent de la première moitié de ce siècle et qu'aujourd'hui encore rémigration se poursuit.
IV. Le' tempérament colonisateur des Français. — Aux environs de 1820, un habitant de Barcelonnette (Basses-Alpes) ayant fait fortune à Mexico, fit venir quelques-uns de ses compatriotes qui en attirèrent d'autres à leur tour. Leurs efforts furent couronnés d'un tel succès que les émigrants affluèrent sans interruption et que la ville de Mexico coriipte actuellement plus de 25.000 Français originaires des Basses- Alpes. Un peu plus tard, vers 1830, -quelques habitants des Hautes- Alpes s'embarquèrent pour la Plata, afin d'y chercher la fortune. Le bruit de leurs succès se répandit et beaucoup allèren-t les rejoindre. Il s'établit ainsi un courant d'émigration de plus en plus important et qui n-e s'est jamais ralenti, puisque chaque année il compte quelques milliers d'émigrants et que la population d'origine française atteint, à la Plata, près de deux cent mille âmes.
Ces chiffres prouvent, avec plus de force que toutes les théories, que notre tempérament national est volontiers migrateur; ils démontrent éloquemment que nous n'avons rien à envier à aucun peuple sous ce rapport et que nous sommes capables, au même titre qu'aucun d'eux, de fonder, d'organiser et de peupler. Or, ce qui s'est passé et se passe encore à Mexico et à la Plata peut également se reproduire au Brésil, le jour où chacun serait assuré d'y rencontrer le même appui fraternel. Le Français est, il est vrai, moins migrateur que l'Anglais, mais ce dernier n'a pas, au même degré, le caractère de sociabilité et de gaieté accommodante qui nous semble une des qualités les plus précieuses de notre race, bien faite pour rayonner à travers le monde et le conquérir en se l'assimilant.
Puis, ne se rappelle-t-on plus quelle fut la prospérité des Antilles françaises au xviii^ siècle, enviée à cette époque, où
n'y sévissaient pas encore la politique et la représentation coloniale, par leurs voisinas les Antilles anglaises? Qn se rappellera aussi les résultats vraiment merveill-eux obtenus par Montcalm et Ghamplain au Canada et par Dupleix aux Indes.
En 1789, notre colonie de Saint-Domingue avait un commerce de 717 millions de livres. Et, plu^ près de nous, ne voyons-nous pas les colons algériens, qui ont planté plus de 100.000 hectares de vignobles? Ne voyons-nous pas un exemple supérieur à tous dans cette rapide transformation du Maroc qui, sous Tadministration et les initiatives françaises, a décuplé sa production et son commerce en moins de dix ans, y compris la période de guerre.
Nous pourrions multiplier les exemples; ceux que nous venons de citer suffisent, car nous croyons avoir démontré que nous ne sommes pas, par tempérament, réfractaires aux entreprises coloniales ou exotiques.
V. Ceux qui peuvent réussir. — Nous arrêterons ici nos 'renseignements sur la colonisation dans l'Etat de Sâo Paulo; il faut savoir se borner, d'autant plus qu'il nous faudra reparler du Brésil, de chaque Etat en particulier et des industries qu'on peut y entreprendre.
Ceux qui peuvent le mieux réussir sont les agriculteurs, les éleveurs de bestiaux, les artisans des divers corps de métiers; ceux-ci trouveront à gagner largement leur vie dans les grands centres. Les commerçants sans position n'ont qu'un seul moyen d'employer leur activité au Brésil : c'est d'entrer dans une maison d'exportation et d'attendre Toccasion de se faire recommander par elle à des correspondants, pour être éventuellement placés chez eux. Même si l'on a des ressources personnelles, il est également prudent de faire un stage dams une maison de commerce. Pour les professions libérales, médecins, professeurs, architectes, pharmaciens, elles sont nécessaires, mais les places sont en petit nombre, et il est prudent de ne partir qu'avec un engagement préalable.
Quant aux déclassés, aux sans-métiers, il vaut mieux qu'ils pestent dans leur pays. Nous le répétons, au Brésil comme partout ailleurs, il n'y a pas place pour l'inactif et l'inutile, mais pour les travailleurs industrieux et persévérants qui ont la ferme volonté de réussir en se livrant au commerce, à l'industrie ou à l'agriculture. On n'a rien sans peine, parfois il