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LA RUSSIE DE BREST-L I TOVS K

Après le minerai, le bois.

Réduite, pendant quatre ans, à négocier laborieusement des fournitures de bois Scandinave, l'Allemagne, plus que jamais, a besoin d'opérer librement dans les fourrés russes, où, en temps de paix, elle trouvait déjà plus de la moitié du bois qui lui était nécessaire. Mais, comme toujours, ce que l'Allemagne cherchait en Russie, c'était la matière naturelle et fruste, des éléments bruts de production industrielle qu'elle renvoyait, plus tard, sous forme d'objets manufacturés. Ainsi, sur le total des objets en bois finis importés en Russie, 50 pour 100 n'étaient que du bois national, transformé et ouvragé par les fabriques allemandes. Le monopole d'exportation, institué par Brest-Litovsk, au profit des commerçants allemands, amplifiera ce procédé sur une échelle encore plus vaste, et, à l'exemple de la métallurgie, ruinera de fond en comble l'industrie de bois manufacturé particulièrement florissante en Russie. En même temps qu'à destination de l'Allemagne, la Russie exportait en Angleterre de grandes quantités de bois, pour 66 miUions de roubles environ, mais — point capital — les exportations anglaises portaient, dans la proportion de 53 pour 100, sur les produits finis. Avec l'application du traité de Brest-Litovsk, il ne restera de ces efforts vers l'autonomie économique qu'un souvenir de statistique défunte. Le moujik russe, aux yeux des aristocraties financières de Berlin et de Vienne, n'est bon que pour des travaux de coolie. Les grands arbres de Perm et de Viatka, dont les koustars (i) modelaient tant de fantaisies exquises, prendront le chemin de l'Allemagne, comme le fer de

(i) Ouvriers ruraux travaillant le bois.

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rOural, le charbon du Donetz, le blé de l'Ukraine, tout, tout.

Que reste-t-il à la Russie? La vérité, c'est que précisément le traité de Brest-Litovsk ne*lui laisse rien. Son expansion à l'Ouest se brisera contre tout un chapelet d'Etats-tampons, depuis les glaces arctiques jusqu'à la Crimée, royaumes fantômes, répubUques bâtardes, grands-duchés \'assaux, pour former, au flanc du géant blessé, sous les auspices de l'Allemagne, un cordon de gendarmes et de douaniers, infranchissable. Le traité de Brest-Litovsk a biffé la Russie du nombre des puissances occidentales. Lui donne-t-il, du moins, la faculté de redevenir une puissance asiatique? Après avoir perdu tout contact avec l'Europe et toute issue sérieuse sur la mer libre, sauf les régions polaires, lui sera-t-il encore permis de réaliser en Orient les destinées modestes de l'antique Ivîoscovie? Implacablement, à l'Est aussi, l'Allemagne victorieuse condamne les portes de sortie, verrouille les fenêtres, aliène les débouchés. Elle obtient l'annulation des articles qui, dans le traité de 1904, réservaient à la Russie des privilèges spéciaux sur les marchés asiatiques. Par la faculté du libre transit et des communications directes avec l'Afghanistan et avec la Perse, elle se substitue à la Russie pour usurper des sphères d'influence économique conquises au prix d'efforts séculaires par les exportateurs russes. La Russie vaincue est vouée au rôle subalterne de canal pour véhiculer la marchandise allemande jusqu'au golfe Persique. Sur les marchés orientaux, où, jusqu'à présent, l'Allemagne se bornait forcément à expédier surtout des colis postaux, les chemins de fer russes déverseront des wagons de bric-à-brac berlinois à l'usage des bazars.

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