LA RUSSIE UE B REST-L I TOVSK
Le traité de Brest-Litovsk n'est pas qu'une condamnation à la mort politique : c'est un assassinat commercial. Il supprime toute éventualité d'une régénération économique de la Russie. Il réalise un monstrueux prOj^Tamme de ruine S3'stématique, d'étouffement industriel de tout un peuple. Il barre l'avenir d'une nation, comme s'il s'agissait d'une rue à Berlin : à l'Est comme à l'Ouest, au Sud comme au Nord, la Russie voit s'étaler l'écriteau fatidique : Strengst verboten (i).
II î. — Le bilan d'une capitulation.
En apparence, le traité de Brest-Litovsk semble avoir respecté la deuxième partie du programme révolutionnaire : le mot contribution a été soigneusement évité dans le vocabulaire des négociateurs ; il ne figure nulle part dans le texte signé le 3 mars. Matée et bafouée en matière de cessions territoriales et de référendums, la révolution russe peut se targuer, du moins, d'avoir obtenu gain de cause sur un point de haute importance : un échec infligé à la voracité du capitalisme international. Or, en est-il vraiment ainsi?
Les puérilités de la psychologie révolutionnaire, avec son éternelle tendance à transformer des formules en fétiches, n'ont pas échappé à l'attention des plénipotentiaires allemands. Avec la courtoisie distante de médecins en face d'incurables maniaques, ils ont tenu compte des répugnances verbales de leurs adversaires, et se sont adaptés à leur jargon zimmerwaldien. Toutes les annexions, à Brest-Litovsk, ont passé sous le
(i) Rigonreu?ement interdit (de passer).
pavillon du droit des peuples de disposer librement de leurs destinées. Même procédé pour la question des contributions. Le mot a beau être absent : la chose s'étale, brutalement, à peine masquée par un vernis d'amphigourique verbiage. Jamais, depuis Bismarck, la politique de Berlin n'a mieux puisé ses inspirations à une source aussi classiquement allemande : la cynique ironie et la froide cruauté de Méphistophélès.
Sous prétexte d'indemnité pour l'entretien d'une multitude de prisonniers affamés, l'Allemagne s'est assuré le droit de présenter une note dont le chiffre est laissé de parti pris dans le vague. Pratiquement, sous un nom d'emprunt, — un pseudonyme à la mode maximaliste, — c'est bel et bien une formidable contribution de guerre que la Russie est astreinte à payer au vainqueur. Et comme rien, dans un traité qui par ailleurs affecte une tranchante netteté de couteau, n'est prévu ni pour les délais ni pour les modes de payement, il est logique de supposer qu'à Pskov, à Dvinsk, à Xarva, les garnisons allemandes se maintiendront jusqu'au complet amortissement des créances impérialistes.
Ces créances s'augmenteront de trois autres catégories de payements.
Tout d'abord, la Russie est tenue à indemniser les ressortissants allemands pour les dommages qu'ils ont subis à l'occasion des différentes mesures promulguées sous l'ancien régime : liquidation et séquestre des entreprises, suspension de l'action des brevets et des patentes, etc. Par un monstrueux paradoxe juridique, tandis que les préjudices causés à la population dans les régions occupées n'imposent aucune obligation aux Empires Centraux, toutes les pertes éprouvées par les sujets ennemis à l'arrière doivent être réparées sur le